La Revue

Le travail d'équipe en institution
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°49 - Page 20-21 Auteur(s) : Jean-Marc Talpin
Article gratuit
Livre concerné
Le travail d'équipe en institution
Clinique de l'institution médico-sociale et psychiatrique

Les psychologues, mais aussi tous les professionnels du champ sanitaire et social, le savent : il n'est pas simple, et souvent pas facile, de travailler en institution, lieu et cadre d'enjeux multiples, de l'économique au social en passant par l'inconscient et l'organisationnel. Si les auteurs ayant écrit sur l'institution se font de plus en plus nombreux, rares sont ceux qui ont su se faire aussi clairs, pédagogiques en même temps qu'ouverts, documentés et vivants. Le travail d'équipe en institution ne prétend pas à une pensée totale sur l'institution ; en revanche, il se donne trois grands axes qui structurent remarquablement bien son propos.

Dans un premier temps est étudiée la part mythique de l'institution, telle qu'elle renvoie en particulier à la fondation et telle qu'elle est construite par les équipes institutionnelles. En appui sur l'anthropologie, en particulier religieuse, P. Fustier montre que cette part mythique dit une histoire non-historique de l'institution, une histoire qui révèle les soubassements inconscients de celle-ci. Au moyen d'exemples toujours éclairants, cet auteur fait ressortir que le mythe peut aussi bien être aliénant, lorsque chacun (et tous ensemble) y adhèrent, que structurant, fonctionnant alors comme référence commune, comme lien mais aussi, de même que le projet, comme plus value de sens par rapport aux pratiques.

Le second temps de l'ouvrage est centré sur la relation des équipes à la population accueillie, et, le cas échéant, aux familles. Pour qui pratique en institution cette partie est troublante (on croit y être) en même temps qu'extrêmement éclairante dans la mesure où P. Fustier fait ressortir les grandes configurations et les grands enjeux psychiques de ces situations. Il y a quelque chose de structuraliste dans sa démarche : elle dégage des logiques en s'appuyant sur une pratique issue de milieux fort différents, de l'enfance inadaptée à la maison de retraite en passant, entre autres, par les services de psychiatrie.

En relayant à sa façon I. Goffman, P. Fustier rend compte de la manière dont bien des équipes disqualifient les patients dont ils ont à s'occuper ou les familles de ceux-ci : ainsi semble-t-il bien difficile aux professionnels de penser l'adulte handicapé et comme adulte (et non comme enfant) et comme handicapé ; de même les parents d'enfants en difficulté sont eux-mêmes vécus comme des enfants, ce qui permet aux professionnels d'inhiber l'agressivité à leur égard et de contenir le fantasme de rapt de l'enfant placé en institution. Cette partie est particulièrement forte lorsque P. Fustier aborde la manière dont certaines équipes recourent à des représentations de non-humain afin de supporter certaines populations (autistes, déments.).

Le troisième temps de l'ouvrage est lui centré sur l'écart entre l'individu (le professionnel) et l'équipe. P. Fustier en fait un indicateur du fonctionnement de l'institution. Le recours à cet écart permet à l'individu de se dégager de fantasmes groupaux (D. Anzieu ou R. Kaes sont ici des références importantes) ou institutionnels menaçants. Cependant P. Fustier fait aussi ressortir (en appui sur le P. Bourdieu de La distinction) l'importance de la différenciation entre le professionnel et l'usager, mais aussi au sein de l'ensemble des professionnels d'un établissement.

Si P. Fustier clôt son ouvrage sur une intéressante synthèse, il n'en reste pas moins à espérer qu'après cet ouvrage consacré aux fonctionnements des institutions, il nous en offrira un autre, centré cette fois sur la pratique de l'intervention, qui reste ici peu visible, sinon, in fine, dans les réflexions sur l'élaboration de projets institutionnels et sur les groupes de supervision et autres analyses de la pratique. Un livre donc à conseiller aussi bien aux étudiants qu'aux professionnels aguerris à l'institution, aux psychologues qu'aux éducateurs, soignants.