La Revue

Entretiens des sages-femmes
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°49 - Page 29-30 Auteur(s) : Marie-Pierre Garand
Article gratuit

Entretiens de Bichat, entretiens des sages-femmes, Paris, 14 septembre 1999.

800 sages-femmes étaient réunies à la Maison de la Chimie, pour les Entretiens de Bichat des sages-femmes. Le thème général en était : la sage-femme au croisement de la physiologie et de la pathologie. C'était souligner toute l'ambiguïté qui peut exister pour une profession dévolue à la prise en charge de patients par définition en bonne santé, patients vivant un processus par essence physiologique, mais dans un contexte sociologique et médico-légal pour lequel "toute femme enceinte est potentiellement à risque". Les différentes interventions de cette journée tendaient à déterminer les obstacles ou les ressources possibles pour (re)faire de la naissance un moment de plénitude pour le couple de nouveaux parents et leur enfant, et non une étape de leur vie médicale.

Introduite par F. Caumel-Dauphin, qui nous livrait ses réflexions sur l'évolution de la prise en charge de la naissance depuis trente ans, la première table ronde était plus particulièrement axée sur la prévention et le travail conduit dans la durée avec les couples (W. Belhassen), voire avec les pères (E. Raoul). Nous nous sommes également intéressés aux besoins nutritionnels spécifiques de la femme enceinte (A.F. Sachet et C. Rio). De cette table ronde, je retiendrai comme fil conducteur ce souci que les sages-femmes doivent avoir, à travers des exercices différents, d'un travail avec le temps, concept antinomique avec la tendance actuelle à l'accélération constante des processus, mais essentiel pour le respect d'un phénomène que toute la technique actuelle ne pourra jamais empêcher de durer neuf mois.

La deuxième table ronde s'intéressait aux structures. Après une illustration du bénéfice en termes d'indicateurs périnataux d'une bonne coordination des services d'obstétrique et de néonatalogie (O. Kremp et M.C. Blanchard), furent successivement présentées une maternité de niveau 1 nouvellement créée (O. Moreau), et une maison de la naissance en Allemagne (B. Nousse et S. Klarck), deux lieux où les sages-femmes peuvent jouer à plein ce rôle d'accompagnantes pour lequel elles sont faites. C'était ensuite à une sage-femme anglaise (M. Brown) de porter sur les pratiques françaises son regard, et de transmettre avec humour son étonnement devant des comportements si différents entre deux pays, pourtant voisins et dotés de moyens comparables. Elle concluait par un appel au bon sens et à la mesure pour le bien-être de la mère et de l'enfant.

Nous retrouvions cette idée forte en début d'après-midi, avec un exposé à deux voix (C. Lacombe et J.M. Cheynier) sur la nécessaire coopération entre sages-femmes et obstétriciens, malgré -ou à cause de- l'évolution de la demande de la population en matière de soins et, entre autres, le poids du médico-légal, malgré -ou à cause de- les évolutions de la technique et des possibilités diagnostiques, malgré -ou à cause de- la prospective actuelle en matière de démographie de chacune des deux professions.

Toujours si présents, le médico-légal et l'éthique étaient au centre de la troisième table ronde. A travers diverses formes d'exercice ou situations (échographie obstétricale par R. Fender-Zimmermann et I. Hamant ; consultation obstétricale par M. Galy ; le déclenchement du travail "de convenance" par I. Vaast) les orateurs nous transmettaient leur vision des enjeux qui se jouent dans la définition des actes autorisés aux sages-femmes, dont beaucoup se situent aux confins du normal et du pathologique, autre manifestation de ce paradoxe auquel sont confrontées les sages-femmes praticiennes : acteur du physiologique et "découvreur désigné" des situations pathologiques. Deux sages-femmes juristes (C. Seguin et A.M. Doubeck) éclairaient ces situations au regard du droit.

La dernière partie était une interrogation sur la place du normal. La première intervention (M.P. Garand et P. Kober) essayait de répondre à une question posée tout au long de cette journée sur l'adéquation entre la formation dispensée aux futures sages-femmes et ce rôle qu'elles entendent tenir d'acteurs de la physiologie. Une illustration de la forme que peut revêtir cet enseignement nous était donné par N. Mesnil-Gasparovic et E. Blanchard, à travers l'accompagnement de l'allaitement maternel. En exercice libéral (M.P. Hospital et J. Lavillonnière) comme en secteur de suites-de-couches hospitalier (S. Deligny et C. Guillaumont) ce rôle de la sage-femme comme "gardienne de l'eutocie" et comme professionnelle de l'accompagnement, était une fois de plus rappelé.

Tout au long de cette journée, c'est donc bien vers une re-définition de la profession de sage-femme que chacun a tendu, et à travers cela vers une nouvelle donne en matière de naissance, événement auquel les professionnels, mais surtout les familles aspirent à voir restituer son caractère physiologique.