La Revue

Le temps qui passe...
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°108 - Page 34 Auteur(s) : Alain de Mijolla
Article gratuit

Mercredi 6 mai 1886 - à Martha : "Ma douce petite fille, Merci mille fois pour ta chère lettre et pour le paquet annoncé dont je connaissais si bien le contenu, comme si j'avais assisté à l'achat (...) Mais t'excuser de ton cadeau, ma chérie, n'est vraiment pas nécessaire et m'inciterait à être rempli de confusion quand je pense que je suis devenu maintenant ton débiteur, au lieu de m'égaler à toi dans l'envoi de cadeaux. En vérité, je suis déjà devenu tellement vieux, comme tu le sais, et nous voilà presque arrivés au quatrième anniversaire de nos fiançailles (...) Dans quelques semaines, l'argent que je n'ai même pas encore touché sera épuisé et nous verrons alors si je puis continuer à vivre à Vienne. Il me serait agréable de pouvoir penser que le prochain anniversaire sera tel que tu me le décris, qu'un baiser me réveillera et que je n'aurai pas à attendre une lettre de toi. Cela me serait complètement égal de savoir où cela se passera, ici ou en Amérique, en Australie ou n'importe où. Mais je ne voudrais plus rester longtemps sans toi. Je peux supporter beaucoup d'ennuis et de travail, mais depuis longtemps déjà, pas seul. Et je t'avoue que mon espoir de pouvoir subsister à Vienne est très réduit. (...) Ensuite sont venues les visites d'anniversaire : Pauli et Dolfi m'ont apporté une très jolie boîte à brosses, Mitzi une grande photographie d'elle et deux bouquets style Makart, Maman le gâteau et Rosa un buvard très joliment encadré pour mon bureau (...) J'ai donc été fêté comme un prince !"

Vendredi 7 mai 1920 - Ernest Jones écrit à Freud : "Les circonstances - ma secrétaire d'épouse est alitée après une opération du nez (tout se passe bien) et mes doigts raidis par le rhumatisme - expliquent que je me serve d'une machine à écrire. J'écris aujourd'hui à la demande de James Strachey pour savoir s'il y a quelque espoir que vous le preniez en analyse. Il préférerait commencer maintenant plutôt qu'en octobre si vous avez de la place. C'est un homme de 30 ans, cultivé et d'une famille de gens de lettres bien connue (j'espère qu'il pourra aider à la traduction de vos oeuvres), je pense que c'est un bon compagnon, quoique faible et manquant peut-être de ténacité. Il me dit qu'il peut payer 300 £ d'honoraires, et doute donc qu'il doive payer deux guinées un traitement s'il était possible de payer moins et de continuer plus longtemps (...) Pour moi, il est clair que c'est à vous et au travail que vous avez fait que je dois ma carrière, mon gagne-pain et ma capacité d'être heureux en couple - bref, tout. A côté de ces faits remarquables, tous ces menus services que je puis rendre ne pèsent jamais bien lourd dans la balance, et je ne saurais espérer rétablir l'équilibre. Mais la gratitude est une émotion que je supporte assez bien - ce qui, vous le savez, n'est pas toujours le cas."

Samedi 16 mai 1953 - En pleine préparation de la scission de la SPP, Françoise Dolto écrit à Jacques Lacan : " Nous devons nous serrer les coudes, ceux qui sont au service de l'esprit de la psychanalyse, au service d'une meilleure entente interhumaine par la recherche des sublimations de l'angoisse. Je te supplie de ne pas me décevoir en t'effondrant dans ta confiance en toi-même. Tu as raison. Tes élèves sont les seuls qui ont le respect de la personne humaine dans sa totalité expressive et dans son originalité profonde - dans sa liberté de ses appartenances génétiques. Tu as projeté ton ombre d'homme libre sur un camarade apeuré animalement rusé et tu l'as cru capable d'agir avec toi vers un but culturel, ta finesse secourant sa force. Mais la déception que tu éprouves devait arriver, qu'elle ne se retourne pas contre toi qui es une des personnalités créatrices du groupe."