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Les rêveries d'un thérapeute familial
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°45 - Page 18-19 Auteur(s) : Hélène Brunschwig
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Les rêveries d'un thérapeute familial

Ce livre a été rédigé par Margaret Ryan. Whitaker nous avertit qu'elle l'a fait "à partir d'une montagne de matériaux" et que "nous avons bien de la chance qu'elle l'ait fait". C'est bien vrai ! Les conceptions de Carl Whitaker sur la vie et la thérapie (qui ont des effets l'une sur l'autre) sont depuis toujours aussi originales, riches et créatives que provocantes et paradoxales. Il avoue rarement son empathie avec ses patients et préfère qu'on le croit agressif... Les moyens qu'il emploie sont toujours inattendus mais son but unique est la croissance et l'épanouissement des personnes, thérapeutes et patients. Une anecdote va bien résumer comment il voit sa position de thérapeute : un policier essaie désespérément de persuader un homme sur le point de sauter d'un pont dans le vide pour se tuer, de ne pas se suicider. N'arrivant pas à le convaincre, à la fin, exaspéré, il tire son revolver et crie "si vous ne descendez pas de ce pont, je vous tire dessus !". L'homme complètement pris à contre-pied est descendu sain et sauf.

Le livre comprend cinq parties, la première est très biographique et permet de comprendre l'enchevêtrement homme-thérapeute, très riche; la deuxième est centrée sur le mariage, avec toutes ses facettes et toutes ses étapes. Whitaker en est un expert, d'abord dans sa vie, marié depuis 50 ans, et également comme thérapeute ; une de ses formules à l'emporte-pièce est "si vous craignez la solitude, surtout ne vous mariez pas !".

Les trois autres parties sont consacrées à la pratique de la thérapie familiale, en étudiant principalement l'établissement du contexte, les différentes orientations possibles, les niveaux de communication, les astuces du thérapeute, l'essence de la thérapie, et "être un thérapeute". Toutes ces pages fourmillent d'exemples, de réflexions théoriques et pratiques souvent contradictoires, parfois dérangeantes, parfois lumineuses. Le thérapeute est tantôt présenté comme devant être le "chef" incontesté, tantôt comme devant être inexistant ou presque. Le but est toujours que les membres de la famille retrouvent leur créativité. Whitaker voit un balancement entre les différents symptômes des patients et perçoit une complémentarité "votre patient ne se suicidera pas à moins que quelqu'un de son univers ne veuille sa mort".

Il y a peu de références à un système théorique invoqué. Freud reste la grande référence de pensée avec des aménagements concrets qui pourraient faire hurler les "orthodoxes" mais qui sont efficaces. Cet auteur ne laissera pas son lecteur indifférent. Celui-ci sera admiratif, touché, ému, très intéressé, agacé, voire choqué, stupéfait, en désaccord mais il apprendra beaucoup et aurait bien envie de discuter avec cet homme dont le livre fascinant Le creuset familial, co-écrit avec Napier avait déjà bousculé bien des idées habituellement reçues.