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Nés avec la télé
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°45 - Page 20-21 Auteur(s) : Sylvie Séguret
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Nés avec la télé
Ce que les médias ont changé dans le comportement des enfants et ce que les équipes médico-psychologiques doivent en savoir

Cet ouvrage regroupe les interventions de la 26ème journée scientifique du centre de guidance infantile de l'Institut de Puériculture de Paris en mars 1998. L'impact de la télévision sur le psychisme des enfants et des adultes qu'ils deviendront n'a cessé de questionner "psys" et sociologues modernes. Fréquemment diabolisé, parfois adulé, ou fétichisé, le "petit écran" n'en demeure pas moins un objet avec lequel nous entretenons tous des relations - plus ou moins proches, plus ou moins complices - et qui génère des prises de positions souvent passionnées dans un registre manichéiste : nouveau Dieu-Lares, ou nouvel opium du peuple.

Nous trouverons ici des voix plus modulées, une réflexion sur l'image, des thèmes de recherches sur l'utilisation de la chose télévisuelle. Les textes présentés sont courts et percutants.

Serge Tisseron nous incite à douter des images, à apprendre à les décomposer en éléments assimilables, à décoller les concepts "image" et "réalité". Les images sont des constructions qui modifient notre rapport au monde et bientôt notre rapport à "l'identité et au corps".

Pierre Lafforgue décrit le fonctionnement psychique d'enfants reçus à l'hôpital de jour de la Pomme bleue à Bordeaux : "Leur éthique est la loi du plus fort, le passage à l'acte, le racket et la violence verbale ou pulsionnelle clastique en cas de frustration". Ces enfants entretiennent une relation adhésive avec la télé. Leurs parents sont tout à fait incapables de leur assurer une fonction de pare-excitation et de symbolisation des messages perçus. Dans des ateliers thérapeutiques l'élaboration de contes, le repérage des structures morphologiques à l'oeuvre dans ce type de récits, le travail d'expression à partir de séquences télé et le lien fait avec l'histoire personnelle des enfants ont permis l'accès à la mentalisation et à la construction de récits organisés.

Dominique Blin nous fait part de sa recherche originale et captivante sur la place psychique donnée à la télévision dans les familles, décrivant une nouvelle triade : mère/bébé/télé. Dans certaines relations au risque fusionnel intense, à l'excitation mal maîtrisée, la télévision intervient dans la dyade mère/bébé comme un élément contenant, apaisant, ou bien distanciateur, contra-phobique. Pour beaucoup la télévision est également un "lieu de consolation, de défense contre l'angoisse" - sorte d'objet transitionnel familial.

Marc Honnorat nous présente le travail informatique réalisé pour les enfants d'un IMP et les travailleurs d'un C.A.T. Les acquisitions sont faites de façon ludique et interactive.

Les capacités de triage, de classement, de mémorisation, de créativité etc.. sont largement sollicitées. Le champ d'investigation ouvert par l'informatique dans le domaine de la communication est vaste et encore balbutiant ; et "ce champ doit aussi être maîtrisé par les professions plus attirées par les sciences humaines que physiques."

Graziella Fava-Vizziello étudie les rédactions d'enfants italiens de 9/10 ans à partir de séquences télévisées, et la façon dont ils 'métapensent' et élaborent sur ce qu'ils ont vu. Là aussi il s'agit de repérer la possibilité de structuration d'un récit. Un projet de recherche à partir de l'emploi de la télévision, ou plus exactement de la vidéo a été mis en place dans certaines écoles. Le thème choisi - la solitude- et son traitement, par différents moyens ( expression corporelle, entretiens, dessins, rédactions, théâtre etc...) tous vidéoscopés et vus et revus ont permis l'expression d'affects et leur intégration psychique. Ce travail a été montré aux parents, renouant une communication probablement malmenée.

Paul Denis, modulant la vieille querelle "iconotéléclastes et iconotélédoules", rappelle les particularités du pouvoir de l'image. "L'image isolée est plus facilement porteuse d'une forme de la confusion des langues - celle de la tendresse et celle de l'excitation- que la parole." Une image qui ne serait pas porteuse d'un message esthétique doit être accompagnée d'un commentaire filtre venant d'un autre appareil psychique; faute de quoi elle sera dotée pour l'enfant "d'un potentiel traumatique".

Claude Laydu et Isabelle Tepper nous autorisent chacun une salutaire régression. Le premier a créé Bonne nuit les petits et sa musique nous enchante encore. La seconde nous fait rencontrer les teletubbies et leurs onomatopées archaïques. L

es interventions de Marcel Rufo et Bernard Golse encadrent avec légèreté et brillance- non cathodique- l'ensemble de ces textes.