La Revue

La maison familiale, mémoire des liens
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°45 - Page 22 Auteur(s) : Maryvonne Barraband
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Le colloque organisé par la Société de Thérapie famililiale d'Ile de France, 30-31 janvier 1999, Paris

Le colloque organisé par la Société de Thérapie famililae d'Ile de France à propos de la maison familiale, mémoire des liens a fait flores. Les promoteurs de "ce concept plénastique" ont à cette occasion ouvert un vaste chantier de réflexion. Des professionnels de tous bords, en compagnie des revenants, sont venus en nombre palper l'or et le plomb familial pour explorer ce concept qui jusqu'alors n'a pas fait l'objet d'une théorisation approfondie.

Les thérapeutes familiaux ont la réputation d'être principalement fascinés par d'étranges histoires transgénérationnelles qu'ils dénichent en explorant les placards, les caves et les greniers. Cependant les séances sont parfois envahies par des récits mornes et plaintifs, vindicatifs ou revendicatifs mais très répétitifs à propos de la maison, de son espace, de ses murs et de ses objets. Les thérapeutes se surprennent de temps à autre à imaginer une maison idéale qui contienne les angoisses de démenbrement et les manifestations de violence, une maison qui fasse rêver et n'engendre que des névroses !

Au cours de ce colloque, les divers spécialistes de la famille (psychanalystes, historiens, ethnologues, architectes, directrice de foyer...) ont pu à loisir échanger, associer librement sans craindre de contredire une pensée établie. Quel bonheur pour les architectes, d'imaginer et de dessiner un espace familial, quand l'habitat interne des commanditaires est suffisamment consolidé. Quel trouble, quelle perplexité chez les thérapeutes familiaux du XXème siècle à l'écoute de l'ethnologue rappelant que l'invention des lits collectifs date du 12ème et que c'est l'église qui, au 14 ou 15è siècle, s'est intéressée aux lits et en a moralisé l'accès !

L'habitat contemporain, métaphore de la matrice maternelle se doit d'être contenant, il est par excellence le lieu de projection ; non seulement du monde interne subjectif, mais aussi de ses représentations les plus archaïques. C'est là, que l'image corporelle se heurte à la dimension groupale, que se conjugue la représentation de la psyché individuelle et familiale, que naissent et s'alimentent les conflits entre l'intimité individuelle et l'intimité familiale. La clinique familiale permet "de rentrer" dans des maisons habitées contre nature, quand les morts hantent aussi les murs et les objets. Les objets ont occupé une place de choix au cours de ce colloque. Ils se sont révélés tous très précieux, car mis en valeur ou tenus à l'écart, ils supportent nos projections symbolisées ou non, même et surtout muets ils figurent cette part de "non humain dans l'humain". Véritables prolongements du corps psychique ils font aussi lien entre les générations qui permettent aux familles de "tenir ensemble".

La maison n'est pas qu'un lieu de projection, c'est aussi l'espace où se structurent la psyché individuelle, familiale et groupale. Les participants ont mesuré l'intérêt de penser l'habitat d'un point de vue théorique pour une meilleure compréhension de la famille fonctionnelle et dysfonctionnelle. La maison pour certains est une annexe de l'habitat interne, pour d'autres elle représente un impossible, en particulier pour les occupants d'espaces collectifs. La perte où l'inaccessibilité engendre des frustrations, des souffrances qui figent la faculté de penser, de fantasmer et de rêver.

Après ce colloque, les participants engagés dans l'écoute du psychisme familial, s'autoriseront peut-être à analyser les murs et à faire parler les objets qu'ils soient, bruyants ou muets, exposés ou relegués mais nécessaires aux processus de fantasmatisation, de symbolisation et de transmission. Les thérapeutes familiaux se surprendront peut-être en train d'imaginer qu'un jour le béton omniprésent, fera place au piano queue... Ou que bientôt chacun entendra, malgré le brouhaha familial, le frémissement des feuilles de son jardin secret ! Car l'habitat familial reste l'endroit idéal pour que "s'allume" et s'étaye la pulsion.