La Revue

Le foetus, le nourrisson et la mort. L'euthanasie du foetus, médecine ou eugénisme ?
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°47 - Page 17-18 Auteur(s) : Sylvie Séguret
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Livre concerné
Le foetus, le nourrisson et la mort

Deux publications récentes concernent la mort du foetus et du nouveau-né. Il ne s'agit pas d'un hasard, mais du témoignage très contemporain d'une urgence de paroles et d'un travail de réflexion sur cette mort souvent escamotée physiquement, mais dont le tribut psychique est si lourd. Ces deux livres seront indispensables aux équipes de périnatalité et pourront être lus par les parents en quête de sens après un deuil d'enfant ou de foetus. I - Ouvrage attendu, nécessaire, Le foetus, le nourrisson et la mort aborde ce qui paraît bien être un tabou moderne dans nos sociétés industrialisées, la mort du foetus in utero ou de l'enfant à la naissance. A l'innommé de la souffrance - est-on "orphelin" de son enfant ? - s'ajoute la perte des rituels qui, autrefois, ou encore ailleurs aujourd'hui, permettent une reconnaissance sociale de la mort du bébé. Ethnologues, historiens, psychanalystes, juristes, médecins, nous offrent leur regard et leur compréhension, permettant une mise en perspective dans l'espace -chez les Berbères, les Inuits- et dans le temps -représentations de l'enfant mort depuis le Moyen Age- . Une mise à plat de nos pratiques très contemporaines, concernant l'ensevelissement des corps, la réduction embryonnaire, la réalité ou l'absence de personnalité juridique, permet peut-être la création de nouveaux rituels, redonnant une dimension symbolique à ce qui resterait un impossible réel sans eux. Si penser la mort marque la limite extrême de la pensée humaine, introduire rituels, paroles et gestes, même les plus simples, permet de ne pas tomber seul dans ce trou noir du deuil impossible, de la mélancolie infinie, mais d'en rester au pourtour, animé par la rencontre avec d'autres autour d'un certain nombre de codes et d'échanges. "La question de l'humanité est donc au centre de la problématique de cet ouvrage "comme le rappellent les auteurs dont le but est "d'humaniser les faits biologiques". L'existence de cet ouvrage est la preuve de cette humanisation, et, en cela, sa lecture est vivifiante. II- Chef du service de gynécologie obstétrique de l'hôpital Saint -Antoine à Paris, Jacques Milliez nous fait avec L'euthanasie du foetus le cadeau de la réflexion magistrale et humble d'un vrai "patron". Se mettant d'emblée dans la position de celui qui interroge et qui questionne, l'auteur aborde à la fois, dans un langage clair et accessible à tous, les différentes techniques médicales de diagnostic prénatal, et les interrogations éthiques concernant l'euthanasie foetale, sans faire l'économie d'une réflexion sur l'eugénisme. Le diagnostic prénatal s'affine et se complexifie, mais les décisions qui en découlent engagent encore souvent un choix manichéen : la vie ou la mort d'un foetus. Les perspectives thérapeutiques semblent encore limitées. Et la responsabilité médicale est lourdement engagée. Elle l'est avec ce qu'elle sait, ce qu'elle ne sait pas -" la médecine ne maîtrise pas tout. Elle doit s'accommoder de ses contradictions et de ses paradoxes"- ce qu'elle projette dans l'avenir, mais aussi avec l'engagement d'une relation avec les parents. Jacques Milliez conclut son livre, précis comme celui d'un scientifique, complexe comme celui d'un penseur, sur cette phrase résumant les conséquences du diagnostic prénatal en 1999 : "Puisque le miracle n'est sans doute pas pour demain, il nous faut vivre avec nos réalités imparfaites, accepter l'euthanasie foetale comme une épreuve encore inévitable, en entourant de notre compassion, de notre soutien, de notre sollicitude absolue, tous ceux qui s'y soumettent par raison, tous ceux qui s'y refusent par amour."