La Revue

Le père, l'homme, le masculin en périnatalité
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°47 - Page 19-20 Auteur(s) :
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Depuis 1990, l'association "Béziers-périnatalité" organise des rencontres nationales de périnatalité. Cette année, deux journées se sont fait l'écho des préoccupations de plus en plus croissantes de la place qu'occupe l'homme de la conception à la période postnatale. Les intervenants d'horizons pluridisciplinaires sont venus témoigner de leur pratique, de leur recherche et de leur réflexion sur le thème "le père, l'homme, le masculin en périnatalité". La première journée présidée par P. Marciano s'est ouverte par la présentation des travaux des deux maternités de Béziers, du centre hospitalier et de la clinique Champeau. L'intérêt des deux équipes porté aux pères les a conduit à une collaboration afin d'effectuer une enquête. Le questionnaire s'appuyait sur des constatations faites par le personnel médical et paramédical des maternités, sur les changements observés concernant la présence des pères aux différentes étapes de la grossesse. Cette enquête a permis de confirmer les hypothèses liées à la présence accrue des pères au cours de l'échographie et de l'accouchement et ceci en fonction de certaines données socioculturelles, notamment l'âge et l'origine culturelle des pères. F. Quelvennec (sage-femme) de la clinique des Vallées dans la région parisienne, a exposé la pratique de toute une équipe dont le projet est de faciliter la présence du père à la maternité. Ce projet s'appuie sur la mise en place d'horaires libres pour les visites des pères et sur la possibilité pour eux de prendre les repas et de dormir à la clinique. Mais c'est surtout la sensibilisation de toute l'équipe à l'importance des premiers jours après la naissance sur les relations précoces parents enfants et la place de la conjugalité dans la parentalité qui donnent la dimension du travail de l'équipe. A. Benoit (pédiatre) a fait part de son expérience du groupe qu'il anime depuis une dizaine d'années. Ces groupes d'hommes témoignent selon lui d'un manque de transmission : il existe une nouvelle paternité et il faut inventer la place du père, notamment pendant l'accouchement. La possibilité d'une modélisation transgénérationnelle ne peut s'effectuer car la place des pères évolue d'une génération à l'autre. Ces groupes de paroles ont pour objectif de permettre que "ces hommes se sentent hommes tout au long de cette aventure de femme". La place de l'échographie dans le devenir père a été présentée par C. Eglin (médecin échographiste) et S. Portugal (psychologue clinicienne). Leur enquête menée auprès des pères assistant à une échographie a permis de montrer l'importance des réactions paternelles et les modifications de la perception du bébé produites par l'image du fotus. M.C Lefort et A. Discour (puéricultrices) ont souligné l'importance du père dans les premiers jours après la naissance du bébé prématuré dans un service de réanimation néonatale. Le père se fait alors "porteur et rapporteur auprès de la mère de l'information recueillie dans l'unité de soins néonatale". S. Muke (psychologue clinicien) a clôturé cette première journée avec une intervention sur la place du père africain dans la période périnatale. La profusion des rituels, précautions et interdits au cours de cette période, dans la tradition africaine varie selon les ethnies et témoigne de l'implication du père. La deuxième journée présidée par B. Hedon (gynéco-obstétricien) a débuté par un exposé d'I. Rougier (juge des enfants) sur le statut du père dans le droit français et plus particulièrement celui lié à la nouvelle médecine de procréation. Les lois du 29 juillet 1994 traitant de l'application de l'assistance médicale à la procréation instituent une filiation où l'engagement et la volonté des pères prédominent sur le fondement biologique dans les cas de recours à un donneur. Sur le même thème mais avec un point de vue de psychanalyste, G. Delaisi de Parseval a dégagé les caractéristiques des "paternités médicalement assistées". L'insémination artificielle avec donneur, la plus ancienne des procréations médicalement assistées jusqu'à la plus récente, la fécondation in vitro avec micro-injection entraînent une paternité "éclatée", "intentionnelle", "différable" et "certaine". Ces techniques viennent modifier les représentations que nous avons de la paternité. L'équipe de pédopsychiatrie du C.H de Béziers à l'aide d'illustrations cliniques très complètes s'est interrogée sur la fonction paternelle et la place de la conjugalité dans la parentalité. L'après-midi de cette dernière journée a permis à deux psychanalystes d'exposer leur point de vue. J. Clerget a focalisé son propos sur l'annonce que la femme fait à l'homme de sa maternité. F. Hurstel en s'appuyant sur les transformations des rôles parentaux et des modalités nouvelles de la fonction paternelle a questionné l'identité du père auprès du nourrisson. L'ensemble du colloque a permis de dégager les spécificités liées à l'implication accrue du père au cours de la grossesse et auprès du jeune enfant. La paternité dans le contexte actuel tend à revêtir une nouvelle image dont le rôle auprès du nourrisson ne s'apparente pas à celui d'une " pseudo-mère " et dans lequel l'identité masculine peut s'exprimer.