La Revue

Mémoires traumatiques du nouveau-né dans les psychothérapies d'adulte
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°47 - Page 20-21 Auteur(s) : Claire Van Pevenage, Cendrine Magisson
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La journée d'étude de Psycorps, l'Ecole Belge de Psychothérapie Analytique à Médiation Corporelle s'est donc centrée sur la notion de traumatisme tant dans la vie des jeunes enfants que dans celles des adultes. En premier intervenant, Daniel Stern s'est proposé d'évoquer la notion du traumatisme dans la vie des tout jeunes enfants et particulièrement lorsqu'il survient au cours de l'interaction avec leurs parents. Il a ensuite abordé sur la question des enfants orphelins placés en pouponnière roumaine. Selon D. Stern, même si cette situation est "la violence de l'être humain la pire de tout ce que j'ai jamais vue", il apparaît que ces enfants placés dès leur naissance ne peuvent vivre de traumatisme car il n'y a pas de représentation d'une vie différente. Dans ces situations, tout ce qui se passe ne crée aucune violation de l'habituel. Par contre, c'est le départ de l'institution qui peut être considéré comme un "traumatisme positif". D. Stern s'est ensuite penché sur la construction enfantine de récits autobiographiques qui contiennent l'histoire d'événements traumatiques. Il a envisagé l'ontogénie du processus de construction narrative et le fait que beaucoup de récits autobiographiques sont en fait des co-constructions réalisées avec quelqu'un d'autre. Faisant suite à ce brillant exposé, Bernard Durey, psychanalyste, qui travaille depuis de nombreuses années avec des enfants autistes placés en famille d'accueil, s'est attardé sur la blessure dans l'archaïque du sujet. Il a insisté sur le fait qu'il faudrait retrouver la logique naturelle de la construction d'un être humain à partir des conditions présidant à sa conception. Bernard Durey estime qu'il faut toujours comprendre le sens du déroulement des phases successives de la gestation pour accéder à une logique dans le soin. Rechercher la trace des blessures au corps et à la psyché, si précoces soient-elles, permet d'orienter au mieux le choix thérapeutique qui peut se passer par la parole ou par le corps. Sachant que l'éprouvé, la sensation, l'émotion précèdent la parole et la sous-tendent, il ne veut négliger tout ce qui peut conduire à des soins passant par le corps pour atteindre l'âme. Sander Kirsch, psychothérapeute, new-yorkais d'origine mais installé depuis plusieurs années en Belgique, s'est quant à lui penché sur l'abord de la problématique pré-natale et péri-natale dans la psychothérapie de l'adulte. Selon lui, l'abord et la reconstruction des souvenirs liés à cette période sont extrêmement difficiles essentiellement à cause de son manque élémentaire de repères : absence d'expérience de l'espace (d'un dedans et d'un dehors), du temps (d'un présent, d'un passé et d'un avenir). Ces manques, très archaïques, rendent difficile voire impossible la mise en place d'un cadre psychothérapeutique "ordinaire". Il nous a fait part des modifications qu'il a été amené à mettre en place notamment dans l'organisation du temps, de la régularité et de la relation transférentielle dans le processus thérapeutique, et ce pour rendre la psychothérapie possible tant pour le patient que pour le thérapeute. Enfin, Annette Watillon-Naveau, psychanalyste, après avoir donné une définition psycho-dynamique du traumatisme précisera que pour que les effets d'un événement deviennent traumatiques, plusieurs facteurs doivent intervenir notamment le contexte environnemental, l'intensité, l'effet de surprise et l'état du Moi au moment où l'événement survient. Chez les enfants, du fait de leur immaturité psychique, ces facteurs jouent un rôle particulier et sont extrêmement dépendants des réactions de l'entourage et de l'aide qui lui sera ou non prodiguée. Si un traumatisme n'engendre des conséquences psycho-pathologiques que dans certaines conditions, le phénomène de "l'après-coup" peut modifier la manière dont il sera "assimilé". Au travers de deux vignettes cliniques issues de sa prise en charge de psychothérapie conjointe mère - enfant, A. Watillon-Naveau a expliqué comment, lors d'un événement traumatique, l'abréaction des émotions permet une réintroduction de l'événement conflictuel. La discussion qui s'est ensuite déroulée entre l'ensemble des intervenants et le Professeur Gillot-de Vries (U.L.B.), modératrice de cette journée, a tourné autour de la notion d'après-coup, de traumatisme et de l'archaïsme, du cadre thérapeutique dans les thérapies à médiation corporelle, de la place du fantasme et de la réalité dans l'événement traumatogène. Un débat constructif entre des intervenants d'horizons divers et de très nombreux participants.