La Revue

Le temps qui passe...
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°119 - Page 58 Auteur(s) : Alain de Mijolla
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Vendredi 7 juillet 1911 - Carl G. Jung à Sigmund Freud : "J'ai horriblement à faire et dois faire des efforts héroïques pour tenir la pratique éloignée de moi. J'ai réussi maintenant à me ménager chaque semaine un jour férié en plus du dimanche, pendant lequel je peux enfin faire quelque chose de scientifique. Les autres heures de la semaine autrefois libres sont entièrement englouties par des colloques, le séminaire et la correspondance (en ce moment aussi par les oncles voyageurs). J'en suis maintenant aussi arrivé, à mon étonnement, à ne plus pouvoir jouir des dimanches, parce que je dois les utiliser entièrement à me reposer. Cet état de choses inquiétant cessera le 1er août."

Lundi 11 juillet 1921 - Première lettre de Gaston Gallimard à Sigmund Freud : "Monsieur, je ne sais si vous connaissez la Nouvelle Revue Française et ses éditions, mais vous ne savez certainement pas quels fervents de vos travaux vous y comptez. M. André Gide, qui est notre plus éminent collaborateur, ne s'est-il pas mis directement en rapport avec vous ? Et c'est parce que les écrivains qui se groupent autour de notre revue et que je publie vous admirent profondément qu'il me paraît qu'il y aurait un sens à ce que quelques unes de vos oeuvres parussent aux Editions de la Nouvelle Revue Française, que je me permets de vous écrire. Notre entreprise n'est pas purement commerciale. Avant tout ce sont nos goûts et nos tendances qui nous déterminent. Nous ne nous contentons pas de publier des livres, mais nous nous efforçons d'exercer une propagande constante en faveur de leurs idées. Je suis prêt à vous accorder les avantages matériels que tout autre éditeur peut vous offrir, mais je ne crois pas qu'aucun autre vous fera la place privilégiée que nous pouvons vous faire dans un groupe bien constitué, désintéressé et convaincu. Je sais que votre éditeur est en relation avec l'éditeur suisse Payot, mais j'ai pensé que par votre influence, il ne serait peut-être pas trop tard pour que maintenant encore nous nous mettions d'accord sur la publication de celui de vos ouvrages que vous estimez le plus important, n'est-ce-pas, Traumdenfung (sic) ? Recevez, Monsieur, l'assurance de notre profonde admiration et de mes sentiments dévoués." 

1er septembre 1992 - Roger Pol Droit écrit dans Le Monde : "Le philosophe et psychanalyste Félix Guattari est mort samedi 29 août, d'une crise cardiaque, à la clinique psychiatrique de La Borde (Loir-et-Cher), où il travaillait depuis près de quarante ans. Il était âgé de soixante-deux ans. Qu'on l'approuve ou non, le style de pensée et d'action de Félix Guattari symbolise une époque : celle des années 70, des effervescences subversives de l'après-Mai, des aventures collectives s'efforçant d'inventer, tous azimuts, mille espaces pour des libertés multiples. De l'antipsychiatrie aux combats dans les marges, des radios libres aux luttes antirépressives, de la création philosophique aux horizons écologiques, Guattari n'a cessé d'expérimenter d'autres façons de soigner, de théoriser, de militer, de faire des livres. Un regard rétrospectif sur de tels parcours ne doit pas ignorer qu'ils comportent aussi erreurs, errances, excès. On ne rend jamais service, et surtout pas à une mémoire, en inventant des perfections illusoires. Mais en ces temps où le mot d'ordre "changer la vie" a depuis si longtemps laissé place à celui de "gérer la crise", dans cette France devenue tristement réactionnaire, bêtement conformiste, frileusement ennuyée, la disparition soudaine de cette figure de provocateur inventif fait voir crûment que le printemps est loin, et espérer que les Années d'hiver bientôt finissent."