La Revue

Le Sida et le défi à la psychiatrie de secteur
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°18 - Page 10 Auteur(s) : Richard Uhl
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Carnet Psy n'avait pas encore abordé cette question d'actualité. Il vous propose d'y consacrer un premier dossier à l'occasion de la sortie prochaine d'une circulaire ministérielle sur laquelle nous allons revenir. Les thèmes choisis sont centrés aujourd'hui sur les obstacles à la prévention, la dépendance et les conduites addictives.


Il y a encore peu d'années, la psychiatrie publique semblait se tenir prudemment à l'écart des questions concernant le VIH, malgré les sollicitations des pouvoirs publics. Il y avait à cela des raisons profondes, les unes en rapport avec les problèmes habituels de communication entre somaticiens et psychiatres, et les autres spécifiquement liées à cette maladie. Les résistances massives qui, à cette époque, faisaient obstacle sont toujours agissantes, mais les premières réponses ont commencé à porter leurs fruits. Des équipes soignantes ont, en psychiatrie, profité de programmes de formation spécifique et sont désormais en mesure de répondre à ces situations difficiles.

La prévalence du VIH dans une file active de secteur psychiatrique est plus importante que dans la population générale - avec par exemple 4,5 fois plus de sidéens chez les schizophrènes. La notion de population à risque (trés critiquée d'ailleurs, pour des raisons idéologiques) se pose particulièrement à l'hôpital avec le problème de la prévention qui n'est bien souvent pas même abordé dans les services concernés et on est frequemment confronté à des positions d'inertie hostile. La direction des hôpitaux, consciente du retard pris dans bon nombre de services va prochainement demander la constitution au sein de chaque établissement concerné par la pathologie mentale d'un comité sida . Il sera chargé d'examiner l'ensemble des questions relatives à cette infection et à la prise en charge psychologique et psychiatrique des patients.

Mais le problème principal ne concerne pas en priorité la population des malades mentaux. Beaucoup de patients VIH font une décompensation psychiatrique au cours de leur évolution, et la plupart traversent une crise psychologique grave. Dans ces situations périlleuses, le problème de la prévention des décompensations psychiques, avec leur incidence éventuelle sur le cours de la maladie ou l'observance des traitements, est décisif pour le suivi de ces patients et justifie l'interdisciplinarité. Bien sûr, la relation thérapeutique s'organise principalement dans le suivi médical et le médecin traitant a un rôle déterminant dans la prise en compte des difficultés psychologiques des malades. Ce sont d'abord des patients contaminés par le VIH et pour la plupart ils n'ont pas d'emblée une demande d'aide psychologique ou psychiatrique, le recours à un "psy" n'allant pas de soi.

À cela s'ajoute le poids de nos clivages interdisciplinaires. La question des articulations entre la psychiatrie publique et les services de médecine ou de chirurgie est ici au coeur du problème, et avec le sida on prend la mesure du retard pris dans ce domaine. Christiane Charmasson s'est vue confier par le ministère la responsabilité d'une mission d'étude pour améliorer les liaisons entre les services de médecine et les établissements psychiatriques. Elle a su montrer que le VIH était un révélateur de ces dysfonctionnements.

La population concernée par le dispositif de psychiatrie de secteur a évolué, alors que la plus grande partie de nos efforts reste principalement centrée sur les psychotiques chroniques. Il y a donc là pour la psychiatrie publique un défi à relever, qu'elle avait peut-être perdu de vue, celui de sa participation à une psychiatrie intégrée qui lui permettra d'apprécier sa capacité à évoluer.