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Au vif de l'infantile
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°23 - Page 12-13 Auteur(s) : Thierry Bokanowski
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Au vif de l'infantile: réflexions sur la situation analytique

Le livre de Florence Guignard, Au vif de l'infantile, met le lecteur, tout au long de son parcours, en prise directe avec l'étoffe et l'expérience analytique de son auteur, psychanalyste d'enfant, d'adolescent et d'adulte, qui, comme ses publications en témoignent depuis de nombreuses années, n'a de cesse d'interroger ce qui est au coeur, au "vif", de la pratique du psychanalyste et du "travail" analytique, au quotidien. Ceci n'est pas son moindre mérite. Comme le titre de cet ouvrage l'indique, le fil rouge de son auteur est celui de l'Infantile, "tissu même des découvertes freudiennes sur la sexualité et le devenir des pulsions".

Ainsi, ce que Florence Guignard se propose de faire travailler est le concept d'infantile en référence au statut de l'enfant au sein même de l'expérience psychanalytique : "Conglomérat historico-anhistorique, structure de base aux franges de l'animalité humaine, creuset des fantasmes originaires et des expériences sensori-motrices", l'infantile peut être considéré, écrit-elle, "comme le lieu psychique des émergences pulsionnelles premières et irreprésentables, sous la forme des théories sexuelles infantiles d'une part, et des traces mnésiques d'autre part. Aux limites de l'Ics et du système Pcs, il est le point le plus aigu de nos affects, le lieu de l'espérance et de la cruauté, du courage et de l'insouciance; il fonctionne la vie durant, selon une double spirale processuelle et signifiante. Dans sa forme métaphorique, le concept vaut aussi pour ce qu'il entraîne avec lui de l'hallucinatoire et du protosymbolique, préformes en devenir permanent de toutes nos activités mentales".

Plusieurs chapitres du livre rendent compte, à partir des interrogations personnelles de l'auteur, de l'impact sur sa pratique et ses réflexions théorico-techniques de certains concepts freudiens et post-freudiens (M.Klein, W.R.Bion, D.Meltzer). L'un des intérêts majeurs de cet ouvrage -qui montre la recherche d'une psychanalyste qui ne cesse d'interroger la concordance théorique de certains paramètres, ainsi que leur "cohérence", au regard de certaines avancées de la psychanalyse contemporaine-, est lié au fait que le lecteur voit apparaître, au fil des pages, une série de mises à l'épreuve des tensions théoriques, voire des oppositions, qu'entraînent nombre de ces concepts post-freudiens avec tout ou partie de la métapsychologie freudienne. Ceci est notamment le cas en ce qui concerne les conceptualisations de M.Klein dans le domaine de l'Oedipe précoce et de son étude approfondie des identifications narcissiques, comme en ce qui concerne les avancées de W.R.Bion dans la constitution d'une théorie psychanalytique des processus de pensée, ainsi que dans l'observation de la "mentalité de groupe" au coeur du fonctionnement individuel.

Ainsi, parmi les très nombreux thèmes qu'elle aborde, qu'il s'agisse de l'infantile dans la relation analytique, des théories sexuelles comme défenses contre la découverte de la sexualité infantile, de la culpabilité du désir chez l'enfant, de la position dépressive et du complexe d'Oedipe, de l'identification projective, de l'objet inconnu du transfert, du contre-transfert de l'analyse d'adultes à la lumière du transfert de l'enfant en analyse, etc., Florence Guignard montre avec maestria en quoi "irréductible, unique et par là même universel, alliage de pulsionnel et de structure souple, qui fait que l'on est soi et pas un autre, l'infantile est donc bien ce par quoi notre psychisme va advenir, dans tous les développements de la bisexualité psychique organisée par l'Oedipe".