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K.ABC. Pratique et fondements théoriques
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°9 - Page 11-12 Auteur(s) : Hervé Bénony, Bernard Bernardi
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K.ABC, Pratique et fondements théoriques

Cet ouvrage est un collectif qui réunit des articles de A. et N. Kaufman, les auteurs du test, ainsi que de chercheurs, de praticiens et d'universitaires. Son objectif est d'apporter quelques réponses aux questions que la venue d'un test nouveau ne manquent pas de susciter. Vite adopté et intégré dans les pratiques professionnels en Europe, il n'en a pas été de même en France. Probablement, comme le dit R. Voyazopoulos que dans notre pays, les années 80 marquaient seulement la fin du rejet des techniques et des méthodes standardisées et scientifiquement fondées dans les pratiques d'évaluation des personnes. L'important travail d'adaptation de l'épreuve à la population française a été entrepris par les Éditions du Centre de Psychologie appliquée qui put recueillir grâce aux psychologues scolaires de l'Association Française des Psychologues Scolaires des données issues de 1200 examens d'enfants pour l'étalonnage principal et plus de 300 passations complémentaires pour les études de populations dites spécifiques. Le K.ABC (Kaufman & Kaufman, 1983 version américaine, 1993 version française) est un test mesurant l'intelligence et les connaissances des enfants âgés de 2 ans 1/2 à 12 ans 1/2. Son originalité est la rupture avec la traditionnelle opposition verbal-non-verbal des échelles de Weschsler et de prendre explicitement comme point de départ un modèle théorique des processus cognitifs, la dichotomie séquentiel/simultané et ainsi de mettre l'accent plus sur le processus que sur le contenu. C'est ainsi que l'intelligence est définie comme un niveau de fonctionnement des processus mentaux, concept s'appuyant à la fois sur la neuro-psychologie et la psychologie cognitive. La dichotomie séquentiel/simultané a été identifiée indépendamment par Luria (1965) comme par ses disciples (Das, Kirby, Jarman, 1975, 1979), par des chercheurs en spécialisation cérébrale (Bogen, 1969; Sperry, 1968) et par Neisser (1967). Elle est représentée dans le K. ABC. par le fait qu'il comporte deux échelles d'intelligence distinctes. La troisième échelle d'intelligence globale est l'Echelle des Processus Mentaux Composites, combinaison des Echelles Séquentielle et Simultanée. L'Echelle des Processus Séquentiels mesure la capacité d'un enfant à résoudre des problèmes en traitant mentalement les stimuli selon un ordre sériel, par exemple dans la reproduction d'une série de données de mouvements de mains effectuée par le psychologue. L'Echelle de Processus Simultanés mesure la capacité à résoudre des problèmes nécessitant l'organisation et l'intégration de nombreux stimuli de manière parallèle ou simultanée comme identifier un dessin (fait de "taches d'encre") incomplet, résoudre des analogies visuelles abstraites. Le K.ABC s'appuie comme le mentionne A. Kaufman, le moins possible sur le langage, les informations et les compétences acquises. Ces échelles font appel à la notion d'intelligence fluide définie par Cattell et Horn (Horn et Cattell,1966) c'est-à-dire comme un fonctionnement souple et adaptable face à des problèmes liés à des situations nouvelles. Un avantage considérable du K.ABC permet d'évaluer l'intelligence des enfants présentant des handicaps auditifs,des troubles de la parole ou du langage ou non francophone. Les tâches qui la composent peuvent être indiquées par gestes et les réponses se situer uniquement dans le registre moteur. En revanche, l'Echelle verbale du WISC-R permet une bonne évaluation des enfants handicapés visuels qui seraient pénalisés au K. ABC à cause de l'importance des stimuli visuels. Par ailleurs il comporte une échelle de connaissances possédant une excellente validité prédictive sur les performances futures de l'enfant. En effet, le coefficient de validité prédictive est supérieur à celui des échelles classiques. Cette échelle ne pronostique pas passivement mais décrit le niveau actuel et le style préféré de fonctionnement mental d'un enfant. En ce sens, l'intervention éducationnelle précise de type rémédiation cognitive est envisageable dans le but de modifier la prédiction de mauvaise réussite restructurant l'approche cognitive en fonction du processus séquentiel ou simultané privilégié par le sujet.

A propos de la question des différences entre le WISC-R et le K. ABC, les travaux de Lemmel, Meljac et Gillet indiquent que le WISC-R capte mieux le fonctionnement d'aspects plutôt en rapport avec des capacités d'adaptation et des acquis généraux et se trouve être pertinent pour répondre aux demandes d'orientation tandis que le K.ABC teste un type de fonctionnement cognitif exigeant une forte mobilisation au cours d'apprentissages nouveaux et aiderait à mieux comprendre des échecs inattendus ce qui permettrait ainsi de préciser le programme de rémédiation. L'ouvrage présente ensuite des implications théoriques et cliniques du K. ABC ainsi que des investigations auprès de populations pathologiques ou particulières. Ces travaux intègrent nettement le test dans la démarche clinique. Pour B. Jumel, il peut apporter de nouveaux points de vue en psychopathologie de l'enfant. La lecture fondamentale du K.ABC en termes de processus mentaux séquentiels et simultanés demande à être articulée avec les épreuves de personnalité. Le TAT est employé conjointement pour saisir comment l'organisation temporelle est introduite dans l'élaboration du récit TAT. Deux cas illustrent cette approche. Le premier où Simultané>Séquentiel permet de montrer l'importance des mécanismes d'isolation, de séparation, de juxtaposition dans l'activité de pensée et la relation interpersonnelle. Dans le second cas où Séquentiel>Simultané, l'exploration réalisée au TAT montre que le sujet peut réaliser un travail qui le fait passer de la juxtaposition à la temporalité. Il s'avère que l'opposition Séquentiel/ Simultané n'est pas catégorique. La nature du matériel (neutre ou activateur d'affects) intervient sur leur mobilisation. D. Petot présente la contribution du K.ABC à l'évaluation des troubles cognitifs chez les enfants anxieux et/ou dépressifs (troubles anxieux et dépressifs mixtes). La modélisation du fonctionnement cognitif en termes de processus séquentiels et processus simultanés peut-elle apporter de nouveaux éclairages? Les troubles psychopathologiques entraînent-ils des déficits ou des altérations électifs de l'un ou l'autre des processus? Les résultats du groupe d'étude aux différentes échelles sont notablement plus faibles que chez la population de référence. Il n'apparaît pas de conséquence visible du trouble en terme de dominance de l'un ou de l'autre des processus mais l'accent est mis sur l'attention et la concentration, l'excitabilité et l'impulsivité dont les aléas risquent de conduire ces enfants à des troubles des apprentissages. Devant la relative complexité de l'analyse des résultats du K.ABC, G. Lemel propose une feuille de dépouillement qui suit fidèlement la démarche de Kaufman qui intègre des éléments d'observation clinique. C'est un outil pratique structuré proposé aux cliniciens. L'objectif global est l'intégration du K.ABC dans une évaluation globale du sujet et l'insertion de l'épreuve dans une compréhension multidimensionnelle du fonctionnement psychologique de l'enfant. On se reportera aussi utilement aux articles de J. Raffier et N. Fasani d'un enfant migrant rencontrant d'importantes difficultés scolaires de R. Pry et A.G. Guillain sur l'évaluation des compétences socio-cognitives du K.ABC à l'examen de l'enfant autiste, de B. Douet et C. Brabant sur l'application à l'enfant sourd, de M.T. Denardi et B. Douet sur les rapports entre la production de l'enfant à l'épreuve de Rorschach et au sub-tets de Reconnaissance de Formes du K.ABC, de M.Tribhou sur les troubles de l'attention et de la concentration dans les processus mentaux séquentiels. Cet ouvrage est un complément indispensable de l'application et l'interpréattion du K.ABC qui devient véritablement un instrument clinique hautement élaboré.