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Dépendance et conduites de dépendanc
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°3 - Page 9 Auteur(s) : Sophie Brusset - De Jocas
Article gratuit
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Dépendance et conduites de dépendance

Ce livre expose 21 interventions parmi celles qui furent présentées au second Congrès International sur les Addictions à Lille les 25 et 26 mars 1993. Le premier (1990) paru en 1991 traitait des nouvelles addictions. L'intérêt du terme addiction est de permettre une approche globale de différents types de patients -sans pour autant devenir un fourre-tout-, de repérer l'originalité des conduites de dépendance dans leur dimension commune, dans leurs particularités propres et d'élaborer alors des stratégies de prise en charge et de prévention adaptées : ceci, annoncent les organisateurs, sera le thème du troisième congrès. Ces 21 interventions sont réparties en cinq parties : - épidémiologie - pharmacologie - Séparation/individuation (problématique adolescente) - sensations fortes et objets d'addiction (sexe, nourriture) - sevrage Addiction vient du latin ad dicere : dire à dans le sens d'attribuer quelqu'un à quelqu'un d'autre en esclavage ; l'alcoolique est "dit à" -dépendant- l'alcool, le toxicomane à la drogue, le joueur au jeu... Cette urgence du besoin et cette incapacité à être satisfait n'a pas forcément besoin de support pour engendrer ce type de comportement (cf Fenichel : les toxicomanes sans drogue, la boulimie par exemple). Ces "habitudes morbides" (Freud), produits de remplacement, assouvissant un besoin primitif, produisent un effet anesthésique; la mise en acte de façon répétitive traduit la tension interne qu'elle soulage. La répétition de ces comportements peut pervertir certaines particularités du corps biologique dès qu'elle laisse une empreinte au niveau anatomo-physiologique dans le développement de la dépendance comportementale (récompense du cerveau, centre de plaisir). Le comportement addictif va de pair avec une disposition addictive correspondant à des traits de personnalité décrits chez des sujets soit état-limites, soit présentant une fragilité narcissique, immaturité, incapacité à être seul, autonome, à établir des relations durables; pauvreté imaginaire et fragilité d'un sentiment d'identité peuvent être la cause de cette recherche de sensations fortes, dans un passage à l'acte dont l'impulsivité traduit l'intolérance à l'ennui. Ces conduites de dépendance peuvent induire des troubles psychopathologiques dont la nature paraît découler des modifications du comportement qu'elles produisent chez le sujet. Ces comportements qui définissent un mode particulier de relation aux objets, aux personnes,- relation contraignante représentant un défi à la raison-, évoluent en fonction des sujets; parfois vers l'appauvrissement de la vie affective, relationnelle et sociale, parfois vers son contraire : il devient alors un moteur de cette vie sociale, l'addiction au travail, qui se manifeste dans l'après-coup, lors du sevrage brutal qu'est la mise à la retraite des travailleurs impénitents. L'abord particulier que ce congrès a consacré à un sujet si souvent traité de toutes les manières qui soient, procure l'occasion de porter un regard nouveau sur quelque chose que tout un chacun croit connaître, simplement parce qu'il en entend parler très souvent. Chacune de ces interventions donne envie de prendre connaissance des autres dans la mesure où elles "dépendent" les unes des autres, et dans ce cas, pour le meilleur et pour le pire.