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La consolation
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°2 - Page 10 Auteur(s) : Serge Lebovici
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La consolation

Jacques Hochmann qui a commencé sa carrière médicale en neurologue a traversé ensuite les groupes californiens : c'est ce chemin qui l'a conduit vers la psychiatrie et la psychanalyse ; cet itinéraire qu'il nous raconte dans son dernier livre, dessine le chemin inverse de ceux qui, désappointés par la psychanalyse, veulent faire mieux et se dirigent vers les psychothérapies américaines atypiques et souvent ambigües. Le préambule de son dernier livre «La consolation» nous raconte plusieurs histoires de fous : d'abord celle du bal des ardents où le roi fou et sa nymphette Odette, ne vivent rien d'érotique car la joue penchée contre le sein d'Odette, il cherche l'apaisement dans la douceur des yeux qu'il contemple. Cette histoire se termine au point où nous laisse la psychiatrie contemporaine qui prétend souvent redresser le comportement, alors qu'elle ne veut plus torturer les fous : «Voué à la désaliénation, le soin psychique contient en effet dans sa structure même les germes de sa propre aliénation. La rencontre avec la folie n'est pas une expérience banale. Elle entraîne des phénomènes de contagion qui dégradent de manière répétitive les projets thérapeutiques» (page 14). Prenant exemple sur la découverte freudienne du contre-transfert, Jacques Hochmann montre comment les contre-attitudes déterminées par le contact avec la maladie mentale ont été étudiées grâce à la psychanalyse, ce qui a permis une modification heureuse du soin psychiatrique. Le reflux est venu avec les excès de la pharmacologie et des traitements de conditionnement. Après avoir raconté les désastres qui aboutirent à la mort d'un patient hospitalisé depuis plus de trente ans pour quelques hallucinations auditives, après deux interventions neurochirurgicales inutiles, Jacques Hochmann montre comment il fut saisi par les nouvelles règles de la sectorisation. La lutte contre l'asile n'était cependant pas suffisante : elle pouvait conduire à une «désinstitutionalisation sauvage». La psychanalyse le conduisit à analyser les contre-attitudes face à la maladie mentale et à mettre en ouvre des psychothérapies, au besoin à l'hôpital, tout en développant les contacts communautaires. Ce livre vise en effet à montrer que soigner n'est ni réprimer la folie, ni l'exalter. «Soigner, c'est consoler, soulager celui qui souffre» (quatrième page de couverture). Dans le parcours de notre collègue sont indiquées des étapes qui ont marqué sa carrière à partir des prémices qui viennent d'être mentionnés. Les entreprises qu'il a menées l'ont conduit à des psychothérapies variées, par exemple à domicile : ainsi évoque-t-il les fantasmes de la transmission intergénérationnelle. On trouvera dans ce livre une analyse pertinente des traits de la personnalité psychopathique. Il montre à ce sujet l'importance de ce qu'il appelle l'institution mentale : «le beau mot d'institution véhicule quelque chose d'essentiel, que le psychotique a perdu ou est en voie de perdre, à savoir l'existence en soi d'un fonctionnement mental ordonné et transmissible, d'une pensée qui fait issue hors de l'auto-érotisme pour se couler dans le mots de la langue, avec sa grammaire et sa syntaxe, et pour devenir non seulement communicable, mais partie prenante d'un vaste ensemble : la culture commune d'une famille, d'un peuple, d'une nation, d'une société» (page 257). On comprend alors que discutant, dans le chapitre 8 de son livre, du traitement de l'autisme infantile, Jacques Hochmann nous montre qu'à côté de tous les éléments thérapeutiques à mettre en ouvre, y compris les traitements cognitifs, il faille aussi créer une institution, ce qui institue un sujet . Cette approche thérapeutique facilite également l'évitement des «clivages féroces». L'institution évite ainsi de faire du couple enfant-thérapeute un «duo narcissique». Dans cette «institution» idéale, le processus autistique, «machinerie anti-symbolique», doit être modifié pour permettre le plaisir de l'identification au thérapeute. C'est ainsi que Jacques Hochmann décrit une «métapsychologie de la consolation» : la métaphore maternelle. Il retrouve là l'importance des rêveries maternelles anticipatrices : le récit de l'enfant est d'abord la retrouvaille avec la rêverie maternelle. Reprenant ici les travaux de Daniel Stern sur l'accordage affectif, Jacques Hochmann parle de la métaphore originelle comme la racine de l'intersubjectivité. Certes, selon lui, la consolation maternelle ne peut être qu'incomplète. C'est sur le mode imaginaire qu'elle se complétera. L'utilisation de la métaphore maternelle montre que «n'est consolateur que ce qui laisse un manque»(page 300). Ainsi, le lecteur de ce livre sera-t-il convié à évoquer la psychiatrie à l'heure du GATT. On décèle chez J. Hochmann l'inquiétude d'une psychiatrie qui se dessine sous une étiquette pseudo-scientifique, mais il espère que l'esprit continuera à gagner en richesse narrative et conduise le psychiatre à une meilleur compréhension de la vie de son patient, de son passé et de son futur.