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Le métier de psychologue clinicien
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°31 - Page 16 Auteur(s) : Jean-Philippe Legros
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Le métier de psychologue clinicien

Dans la collection « Fac, psychologie », chez Nathan Université, ce livre comporte neuf chapitres et autant de co-auteurs qui, sous la direction de Dominique Fua, traitent de la représentation professionnelle du psychologue, de sa pratique et de son statut. De la préface, signée Colette Chiland, au texte de conclusion d'Emmanuel Garcin portant sur le statut du psychologue-clinicien, le ton est donné, et cet ouvrage qui tente de circonscrire sur le fond et sur la forme les variantes possibles du métier de psychologue-clinicien, conserve une unité évidente et une évidente communauté de pensée.

Dans une approche pragmatique, chaque chapitre se découpe en deux volets, l'un visant à explorer les données théoriques du sujet qu'il décrypte, l'autre les formes possibles des pratiques de « psy ». La quasi totalité des auteurs sont de Paris V, on le notera au passage, et certains chapitres n'évitent pas de fait une tonalité universitaire. Aucun doute que celui-ci s'adresse aux nombreux postulants à ces études mais aussi à ses pratiquants. On lira avec un particulier intérêt les chapitres introductifs sur la théorie psychanalytique, référent théorique majeur martelé tout au long des lignes par ces auteurs. Cette affirmation vient ici souligner le paradoxe universitaire qui consiste à se réclamer d'une théorie qu'elle ne dispense pas.

Cet ouvrage pourrait laisser penser qu'il ne s'agit que d'une publication de plus à visée strictement universitaire. Nous aimerions qu'il n'en soit rien puisque ce livre est porteur d'une ambition fédératrice. Enfin, pourrions-nous dire un livre sur la profession et la défense d'un titre, bien au delà de tout corporatisme. Profession extrêmement hétérogène qui rêve régulièrement de son unité retrouvée et de ses divisions éteintes. Ce simple énoncé de « métier » nous semble symptomatique d'un rappel indispensable et a le mérite de poser de façon claire les questions essentielles. Ainsi, ce livre souligne avec vigueur nombre de problématiques liées à la profession. Par exemple : la notion nodale d'« acte » non reconnu et, pourrions-nous dire, quasiment « illicite » ; la notion de métier et le sex-ratio qui s'y rattache.

Le chapitre sur l'examen psychologique explore avec rigueur et conviction une spécificité parfois méconnue de la profession. Il souligne en quoi l'approximation qui préside encore à trop de pratiques de bilans psychologiques entrave la crédibilité de la profession. Un tel chapitre en donne un convaincant contre-exemple. Le psychologue est ici conjugué dans tous ses états et ne démérite pas de son titre. Seul, peut-être, le chapitre six intitulé « La gériatrie au regard de la psychanalyse » déroge à l'uniformité de l'ouvrage, ne serait-ce que par son titre. La psychanalyse oui mais comment ? puisque l'université est là dessus une grande muette. Les auteurs ont choisi de privilégier un seul axe théorique, sans que cela signifie pour autant que la psycho-clinique se réduise à la psychanalyse.

A l'évidence les auteurs ont tous gardé une étroite relation à la clinique. Reconnaissons à cet ouvrage le mérite d'une rigueur d'approche et une articulation judicieuse entre théorie et pratique. Ouvrage qui gagnerait à être mis entre de nombreuses mains, enseignants compris, néophytes ou béotiens. Et il n'est pas anodin que cet essai s'ouvre et se conclut sur le statut du psychologue. Ceux-ci ne peuvent que se réjouir d'un tel livre encore trop rare dans nos bibliothèques. On peut penser que l'enseignement de la psychologie n'échappera au « clonage » et ne conservera son statut de recherche, qu'à la condition que les psychologues deviennent statutairement pleinement responsables de leurs « actes »...