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Quelle identité dans l'exil ?
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°33 - Page 30 Auteur(s) : François Giraud
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Quelle identité dans l'exil ?
Origines... exil... rupture...

La notion d'identité est sans doute une des plus difficiles de l'ethnopsychanalyse, tout en restant une référence centrale dans l'appréhension clinique. Ce que certains appellent "assignation identitaire" constitue un point de passage obligé par lequel doit passer la réappropriation par le patient de cette part de lui-même, rejetée dans le mouvement même de sa migration et qui travaille son symptôme. Aussi, une bonne partie du travail clinique s'organise dans une opération d'identification : qui est cet enfant ? Qui est cet être qui habite le sujet ? Elle renvoie à à la question ultime : qui est le sujet lui-même qui semble ne plus s'appartenir ?

Les textes proposés dans ce recueil aident largement à préciser cette problématique. Ils s'ouvrent sur un propos de Fethi Benslama qui, comme à l'accoutumée, s'engage dans une vigoureuse attaque de l'ethnopsychiatrie, dénoncée comme nécesairement culturaliste, tous ceux qui s'en réclament "se prenant tous pour des sorciers" (?). L'exemple clinique qu'il propose n'est pas pour autant entièrement convaincant de l'inutilité d'une approche culturelle des troubles d'une adolescente, si apparemment tourmentée par la question de son identité. Mais chacun en jugera. Il a au moins le mérite de souligner ce qu'a de spécifique l'approche des adolescents fils de migrants , qui ne peuvent facilement conquérir une identité qui leur soit propre sans errer, au propre comme au figuré. On ne devient pas ce que l'on est sans se situer d'une manière ou d'une autre par rapport à ses parents porteurs d'une histoire lourde de références à un autre univers.

Les autres contributions, inévitablement inégales, dans leur portée comme dans leur perspective, creusent la question soit par une méditation à caractère plus philosophique (Pierre Bourdariat), soit en relation à des filiations culturelles moins courantes dans la migration, le travail d'Alain Drossos avec un adolescent d'origine grecque, dont il partage la langue. Une partie est consacrée au rapport de la question avec la toxicomanie, mais on soulignera particulièrement l'intérêt du texte de l'islamologue Bruno Etienne, dont la réflexion chaleureuse sur l'exil dans l'imaginaire arabo-musulman débouche sur une étude concernant l'usage des prénoms dans la migration et son impact symbolique. Il appelle les cliniciens à une démarche explicitement complémentariste.

Passionnant est aussi le travail de la sociologue Nicole Lapierre qui étudie à travers la pratique du changement de nom les aléas, les incertitudes et les errances identitaires que traduisent de telles pratiques. L'ensemble s'achève sur une série de témoignages consacrés au bilinguisme chez les enfants et dans la littérature.