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Eloges des pères
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°136 - Page 20 Auteur(s) : Danielle Torchin
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Eloge des pères

« Il n'y a plus de pères ! » Simone Korff-Sausse, qui s'inscrit en faux par rapport à cette affirmation idéologique dénuée de fondements scientifiques, cherche à comprendre ce que sont devenus ces pères d'un nouveau genre. En effet, le modèle ancien de la paternité n'étant plus adapté à notre société, il a fallu en trouver un nouveau. Or, elle constate que, de nos jours, la fonction paternelle semble disqualifiée, le père n'est jamais là où on l'attend comme s'il dérangeait. Ce qui évidemment pose question et ce à quoi elle réfléchit tout au long de cet ouvrage pour conclure que le devenir-père engage l'enfant dans l'homme. Or, autant on admet la projection de la part infantile chez la mère, autant chez le père, c'est plus difficile car l'infantile semble incompatible avec la conception traditionnelle de la virilité. « Le bébé résonne dans l'homme en écho à ses propres expériences infantiles, qui ont été oubliées en raison de l'amnésie infantile, et réprimées à cause de l'image traditionnelle de l'homme. »

C'est pourquoi les pères d'aujourd'hui qui s'investissent auprès de leur enfant dérangent car ils manifestent et expriment des aspects féminins et infantiles. Au passage, elle s'interroge sur le non-désir d'enfant.« Donner la vie implique inévitablement l'idée de la mort. Mettre au monde un enfant, c'est rencontrer Odipe, c'est-à-dire celui qui, selon l'oracle, tuera son père et épousera sa mère. Devenir père implique de pouvoir affronter ces enjeux en les tenant pour symboliques et non pas réels, sans quoi le choix est impossible » (...) « Ce que le futur père craint, à travers l'enfant, c'est la vengeance de son propre père. L'enfant sera vécu comme le persécuteur apportant les représailles paternelles. Tout enfant réveille les images paternelles menaçantes, castratrices, potentiellement infanticides, dévorantes. Pour devenir père, le garçon doit assumer la rivalité hostile avec son père et la dépasser. » En écho, les scientifiques qui constatent une diminution de la fertilité masculine (la production spermatique humaine a diminué de 40 %) s'interrogent. D'un côté, on observe un acharnement à vouloir procréer à tout prix des enfants : chez les couples stériles, homosexuels voire chez des adultes seuls, de l'autre il existerait un déclin du désir d'enfant.

Avec la fin du pater familias, l'auteur constate donc un changement radical dans le domaine de la paternité. Les hommes contemporains inventent des modèles inédits, loin d'être négatifs qui gagnent à être pris en compte. Elle engage aussi bien les soignants que les mères à écouter ces nouveaux pères. Seul l'avenir permettra d'y voir plus clair.