La Revue

Le temps qui passe...
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°136 - Page 50 Auteur(s) : Alain de Mijolla
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Mardi 20 juin 1865 - Rapport du ministre de la Police d'Autriche à l'intention du ministre des Affaires étrangères : « Le 20 juin courant, l'Israélite Josef Freud a été appréhendé au moment où il allait vendre l00 faux billets. (...) Selon ses déclarations, Josef Freud est israélite, marié et père de deux enfants ; il est né à Tysmenitz, dans la circonscription de Stanislau en Galicie. (...) Depuis 1861, il est domicilié à Vienne, il est allé trois fois depuis cette époque à Londres, Manchester et Birmingham, il a visité Leipzig, Breslau, etc., et a beaucoup correspondu avec l'étranger. (...) Cette affaire amène comme les autres à penser que la véritable source des faux billets est en Angleterre. C'est ce qui ressort de lettres au contenu des plus suspects écrites par deux fils d'un frère de Josef Freud, qui vivent à Manchester. Ces derniers écrivent dans une de ces lettres qu'ils possèdent autant d'or qu'il y a de sable au bord de la mer, qu'en cette matière ils sont sages, avisés et très prudents, et que la fortune ne saurait donc leur faire défaut. Dans une autre lettre, ils lui demandent si la bonne étoile de la maison Freud lui sourit à lui aussi, et ils lui enjoignent de trouver pour la marchandise un établissement bancaire où le placement puisse être plus important, plus rapide et plus rentable. »

Vendredi 25 juin 1926
- Entretien avec Sigmund Freud par George Sylvester Viereck : « Soixante-dix ans de vie m'ont appris à accepter celle-ci avec sérénité et humilité ». Celui qui parle est le professeur Sigmund Freud, le célèbre explorateur autrichien du monde profond de l'âme humaine. Comme le héros tragique grec, Oedipe, dont le nom est si intimement lié aux plus importants principes de la psychanalyse, Freud s'est audacieusement confronté à la Sphinge. Tel Oedipe, il a trouvé la solution de son énigme. Du moins, aucun mortel ne s'est approché autant que lui de l'explication du secret de la conduite humaine. Freud est à la psychologie ce que Galilée est à l'astronomie. Il est le Colomb du subconscient.

Jeudi 11 juin 1964
- Lettre de Piera Aulagnier à Juliette Favez-Boutonier, présidente de la Société Française de Psychanalyse : « J'ai assisté mardi soir à ce qui, si je ne faisais pas partie de ce qui était la SFP, m'aurait paru une des plus belles farces que l'on ait jamais osé imaginer sur le monde analytique : la Présidente de la SFP nous annonçait que la Société, dont en tant que Présidente elle avait à défendre les droits, en fait n'existait plus. (...) J'ai été assez proche de ceux que l'on a appelés «les motionnaires» pour avoir le droit de vous dire que mon choix, loin d'être une solution de facilité ou une attitude d'évitement, voire un retour de flamme transférentielle, est le résultat d'une expérience pénible que j'ai payée du prix que comporte pour chacun la mise à nu, face à soi-même, de tout ce qu'on se dissimulait sous les termes d'ambition justifiée, de liberté intellectuelle, de vérité, voire de justice tout court. Ce choix, au nom de quel dogme le condamnez-vous ? Ce qui nous est reproché, ce n'est nullement de nous écarter des règles internationales, vous savez que cette assertion serait insoutenable, ni notre héritage théorique ou notre formation analytique, car dans ce cas votre liste deviendrait bien mince. Mais bien d'avoir refusé de continuer à nous aveugler sur la duplicité, sur l'amoralité de la solution qu'on nous proposait. Je crois, Madame la Présidente, que mon amertume est, comme on dit, surdéterminée : la fin d'une Société qui devait son existence, avant tout, au travail de ceux qui font aujourd'hui figure d'accusés, ne peut me laisser indifférent ; la duplicité et l'opportunisme de ceux qui hier étaient nos amis est une triste évidence, mais croyez que ce qui me désole le plus, je le dois à ce qui était le Bureau : il m'est apparu comme le témoignage vivant de ce que, pour certains, l'habit d'analyste permet de recouvrir de leurre, de méconnaissance, de mauvaise foi, de proprement scandaleux. Parce que moi-même analyste j'en suis profondément offensée. »