La Revue

Le temps qui passe...
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°137 - Page 50 Auteur(s) : Alain de Mijolla
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Vendredi 23 juillet 1880 - Lettre de Freud à Karl Koller : « Je ne crois plus à aucune justice terrestre : j'ai à vous annoncer avec la plus grande humilité que je n'ai toujours pas été recalé, qu'au contraire j'ai obtenu une très correcte mention per minora. Pour quel échec les dieux me réservent-ils au juste, je n'en sais rien, mais ils ont cette fois manifestement étendu leur main protectrice au-dessus de moi. »

Jeudi 8 juillet 1915 - Lettre de Freud à James J. Putnam : « Vous savez combien peu on doit attendre du raisonnement. Je veux ajouter que le Bon Dieu ne m'en impose d'aucune façon. Si jamais nous nous rencontrons, c'est plutôt moi qui lui ferais des reproches qu'inversement. Je lui demanderais pourquoi il ne m'a pas mieux doté intellectuellement ; il ne pourra pas m'accuser d'avoir fait piètre usage de ma liberté. [...] Je dois en effet vous dire que j'ai toujours été insatisfait de mon intelligence et que je sais très précisément les points où elle me fait défaut. Mais je me considère comme un homme hautement moral, qui peut souscrire à l'excellente maxime de Th. Vischer : ce qui est moral est toujours évident en soi. Il me semble que pour ce qui est du sens de la justice et de la considération envers ses semblables, de la répugnance à faire souffrir les autres ou à abuser d'eux, je peux rivaliser avec les hommes les meilleurs que j'ai connus. A vrai dire, je n'ai jamais commis une action basse ou méchante et je n'ai jamais trouvé en moi-même la tentation d'agir de la sorte. Je n'en tire aucune fierté. Je comprends la moralité dont il est question ici dans un sens social, non sexuel. La moralité sexuelle telle que la société - et, au plus haut degré, la société américaine - la définit, me paraît extrêmement méprisable. Je suis partisan d'une vie sexuelle beaucoup plus libre, même si je n'ai, pour ma part, que fort peu usé d'une telle liberté ; je n'en ai profité que dans la mesure où j'étais convaincu de ce qui m'était permis en ce domaine. L'accent mis par le public sur les exigences éthiques me fait souvent une pénible impression. Ce que j'ai vu de conversion éthico-religieuse n'est guère encourageant. Ainsi de Jung par exemple, que j'ai trouvé sympathique tant qu'il a vécu à tâtons comme moi. Puis il y a eu sa crise éthico-religieuse, l'exaltation morale, sa « renaissance », Bergson, et en même temps, les mensonges, la brutalité, et le mépris antisémite envers moi. Ce ne fut nullement la première, mais seulement la plus récente de mes expériences, tendant à renforcer mon dégoût pour les adeptes de la sainteté. »

Juillet 1953 - Mémorandum par Daniel Lagache, Président de la Société Française de Psychanalyse pour l'affiliation à l'Association Psychanalytique Internationale : « Le résumé historique des événements qui ont abouti à une scission dans le sein de la Société Psychanalytique de Paris montre qu'entre cette Société et la Société Française de Psychanalyse, fondée par les membres démissionnaires, il n'existe aucun débat qui mette en cause les principes fondamentaux de la psychanalyse ni sa pratique, pour autant que celle-ci s'est consolidée dans des formes communément décrites comme « classiques » ou « orthodoxes » ; en particulier, aucune divergence de principe ne se pose en ce qui concerne soit la durée de la cure psychanalytique, soit la fréquence et la durée des séances. En revanche, il existe une opposition qui ne paraît pas réductible dans la manière de concevoir le rôle de l'autorité et le style des rapports humains dans une organisation sociale, en particulier dans une Société de Psychanalyse et un Institut de Psychanalyse. La Société Française de Psychanalyse se réclame d'une conception démocratique et libérale. »