La Revue

Le temps qui passe...
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°139 - Page 54 Auteur(s) : Alain de Mijolla
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Mardi 20 novembre 1923 - Le journal Le Phare, de Nantes : « Il n'en est pas que de matériels, il en est de moraux (...) le dernier en date, dont les émanations menacent de nous suffoquer, c'est la fameuse psychanalyse du fameux Professeur Freud, viennois de naissance, certes, mais d'âme combien boche. (...) Voici que nos jeunes romanciers, ceux qui veulent vendre  d'emblée à 100 %... sont ébahis par la théorie de Freud... les voilà partis dans la psychanalyse et la « libido » du faiseur viennois. L'asphyxiant opère. Après avoir proustifié, on va freudifier... Naguère nous nous contentions de subir notre lot annuel de romans libidineux. Je ne suis pas de ceux qui les voyaient sans dégoût ; mais enfin, on était vite fixé sur la qualité de la marchandise vendue, le livre graveleux, polisson, pornographique se décelait à l'instant, et ses fabricants étaient classés, leur commerce gardait quelque innocence par l'évidence. Tandis que maintenant, hélas, outre que ce sera sale, ce sera embêtant ».

Vendredi 18 novembre 1938 - Lettre de Marie Bonaparte à William Bullitt : « Je ne peux pas exprimer suffisamment mon admiration pour le Président Roosevelt et l'attitude de l'Amérique pendant ces jours mémorables. Je suis en train de suivre avec la plus grande attention tout ce qui est proposé pour les réfugiés. Une idée me semble (pourtant) dangereuse : celle d'installer les juifs dans les anciennes colonies allemandes, Tanganika ou Cameroun. Cela pourrait devenir un motif de guerre envers l'Occident pour les allemands mystiques et fanatiques. La Guyane Britannique me semble un meilleur choix. Tout particulièrement si quelqu'un pourrait persuader la France et la Hollande d'ouvrir largement les frontières de la partie qui leur appartient. Cette grande région pourrait de cette manière être mise à la disposition des juifs persécutés. Le fait, à mon sens, d'être dispersés dans le monde entier, devrait être évité, dans la mesure du possible, dans leur propre intérêt et pour leur avenir. Et les américains pourraient aider financièrement à l'installation des colonies et la prospérité du pays. »

Jeudi 9 novembre 1944 - Lettre de Georges Parcheminey à Ernest Jones : « Mais ce que je tiens à vous dire, avec grand plaisir, en tant que Président de la Sté Internationale, c'est le fait que notre activité psychanalytique en dépit de la cessation de la Revue, de la fermeture de notre Institut, a pu non seulement subsister, mais a notablement progressé. En effet, depuis 5 ans j'ai été chargé à la Faculté de l'enseignement de la Psychanalyse à la Clinique des Maladies Mentales à S. Anne. Pendant toutes ces années j'ai pu, avec la collaboration de Leuba, Schlumberger et Lacan, faire une série de cours de cette science aux étudiants, et en même temps assurer avec eux à l'hôpital, une clinique psychanalytique régulière. [...] D'autre part des consultations de psychanalyse infantile ont été régulièrement assurées dans 2 hôpitaux d'enfants par Mlle Marette et le Dr Berge - nous attendons le retour de la Princesse pour réorganiser la Société et la Revue - mais j'ai pensé qu'il vous serait agréable d'apprendre, ainsi que Mademoiselle A. Freud et vos collègues, que pendant ces années d'oppression intellectuelle, le nom et l'enseignement du Pr Freud ont été publiquement mis en vedette, et que notre mouvement n'a pas subi d'éclipse, bien au contraire semble de
nature à pouvoir reprendre un essor nouveau.