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Guérir la souffrance psychique
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°143 - Page 22-23 Auteur(s) : Danielle Torchin
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Guérir la souffrance psychique

Voici un ouvrage destiné à un large public, puisque publié aux Editions O. Jacob, dont la recension dans une revue orientée vers la psychanalyse risque d’irriter bon nombre de ses lecteurs. Mais il nous semble intéressant de relancer le débat. Que lit-on, en effet sous la plume de son auteur, le Pr Jean-Pierre Olié, éminent professeur de psychiatrie à la faculté de médecine Paris-Descartes, chef de service à l’hôpital Sainte-Anne ?

Tout d’abord une affirmation, contenue dans le titre même de l’ouvrage : il est possible aujourd’hui de guérir la souffrance psychique tout comme les maladies comme le cancer ou les maladies cardio-vasculaires. Et ce, grâce aux psychotropes, dont il est largement question dans cet ouvrage. Et Jean-Pierre Olié s’élève avec force contre la stigmatisation des prescriptions de ces médicaments dont la France serait le plus grand consommateur. Pour lui : « La médecine moderne a pour mission de prendre toutes dispositions pour nous emmener vers davantage de mieux-être et de confort. Y compris par le recours aux médicaments. Les hypnotiques sont bienvenus pour corriger des troubles du sommeil qui, outre l’inconfort, risquent de faciliter l’émergence de maladies aussi caractérisées que les maladies dépressives ou encore les maladies du stress telles que cholestérol (sic !) ou troubles cardio-vasculaires. Les tranquillisants apaisent l’angoisse. Les antidépresseurs (qui guériraient in fine 80 % des déprimés) ont très probablement un effet favorable sur la qualité du vieillissement cérébral…. »

Et une large part du livre est consacrée aux effets de chacune de ces classes de médicaments, à la façon dont ils sont expérimentés avec les difficultés rencontrées et à leurs indications respectives. Sans oublier un plaidoyer pour la réhabilitation des électro-chocs qui, aujourd’hui réalisés dans de bien meilleures conditions, permettent de traiter efficacement des dépressions résistantes.

Au passage, Jen-Pierre Olié dresse un rappel de la clinique des maladies mentales, de l’anxiété à la dépression, en s’attardant sur la schizophrénie, maladie dans laquelle les nouveaux neuroleptiques sont d’un apport considérable et permettent une meilleure insertion des patients dans la société.

Jusque-là on ne peut raisonnablement qu’être d’accord. Cependant, en matière de prise en charge psychologique de la souffrance psychique, tantôt l’auteur prône la convergence de moyens (l’association d’une psychothérapie à un traitement médicamenteux), tantôt il dénigre sans guère de nuance les psychothérapeutes. Alors que « la formation des psychiatres les rend aptes à mener un type ou un autre de psychothérapie : psychanalyse, cognitivo-comportementale, familiale, hypnose, relaxation, art-thérapie. », les psychothérapeutes ignoreraient trop souvent les réalités des maladies mentales. Seuls les psychologues cliniciens trouvent grâce à ses yeux et seraient « du fait de leur formation universitaire, habilités à la pratique des psycho-
thérapies ».

Quant à la formation des psychanalystes à leurs recherches et à leurs travaux elle n’est tout simplement pas évoquée. Sauf à parler du prosélytisme de « ceux, même parmi les médecins, qui ont effectué une démarche psychanalytique personnelle et qui sont prompts à conseiller cette démarche en réponse à toute difficulté » ! Le livre se termine avec l’évocation des crises d’angoisse d’une patiente, « Nul besoin de chercher des explications psychologiques : ces crises d’angoisse surviennent sans raison. On peut dire qu’elles sont
« bêtes » puisque dépourvues de signification. Elles sont volontiers provoquées par l’effort physique. Les stratégies thérapeutiques sont médicamenteuses et à base d’apprentissage
de techniques de relaxation avec gestion du rythme respiratoire. » Tout est dit, les lecteurs apprécieront !