La Revue

Manhattan
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°143 - Page 23 Auteur(s) : Patrice Huerre
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Manhattan

Un livre coup de poing. Comme un uppercut à l’estomac.Il accroche le lecteur de la première à la dernière ligne. Encore un(e) psy qui s’exerce à l’écriture, me direz-vous ? Lisez avant de juger !

Une jeune femme mariée, avec enfants et travail, chez laquelle on découvre des « taches blanches » dans le cerveau. Elle décide de tout quitter comme pour reprendre la maîtrise de ce qui l’envahit : « c’est un exploit de disparaître en étant vivante ». Elle se lance alors dans l’écriture d’une lettre à sa mère, comme dans l’urgence de dire enfin la haine et le désespoir : « les taches blanches sont la fin de mon silence ». « J’ai pris les mots d’assaut (…) Je me suis crue vraie », dit-elle. À qui faire part du malheur extrême d’avoir grandi au milieu de l’indifférence et des pervers ? À une feuille de papier bien sûr. Quel terrible sentiment que celui d’être seule, de ne pas exister, de n’être que pseudo. Elle réalise le résultat d’années d’enfance trompées : « ce n’était pas une vie sans joie, c’était une vie sans vie ».

Un roman fulgurant, à l’américaine, où le désespoir n’appelle pas la pitié : c’est comme ça, c’est tout. Raymond Carver ou Jack Kérouac ? Nietzsche et surtout Cioran dans La tentation d’exister apprécieraient sans doute. En tout cas, moi je l’ai aimé. Une romancière de plus, et c’est tant mieux, au catalogue de nos lectures.