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Le sexuel chez le bébé : prémisses de l'organisation psychosexuelle à travers les premières symbolisations
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°143 - Page 32-45 Auteur(s) : Régine Prat
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Je vais essayer de préciser dans quel contexte et dans quel débat prend place mon propos, et quel est l’intérêt de chercher à spécifier le sexuel chez le bébé pour les psychanalystes.

I- Le sexuel et son origine pulsionnelle

Un bref rappel des conceptions classiques de Freud et à partir de Freud,

« La conception de la sexualité de Freud se caractérise par le fait qu’elle est une « psychosexualité » Dès la première édition des Trois Essais sur la théorie sexuelle (1905), il affirmera la présence et le rôle de la sexualité infantile chez tout enfant. La sexualité infantile a trois caractères : elle est auto-érotique, soumise au primat des zones érogènes et des pulsions partielles, et étayée sur les instincts d’autoconservation ou du Moi. 1» 

Comme tous les manuels de vulgarisation nous le rappellent, Freud propose la théorie de quatre stades du développement psycho-sexuel : à chaque stade la libido s’organise en centrant les fantasmes et l’excitation sous la prédominance d’une zone érogène orale, anale, phallique, génitale. L’enfant est dit « pervers polymorphe » tant que le primat de la zone génitale et de la relation à l’objet n’est pas encore établi.   

Freud propose l’idée que la satisfaction sexuelle s’appuie sur divers fonctionnements et zones corporelles (qu’il décrira ultérieurement comme liés à l’auto-conservation en 1910) : « Au début, la satisfaction de la zone érogène était sans doute associée à la satisfaction du besoin alimentaire » ou encore « la zone anale, tout comme la zone labiale, est propre à servir d’intermédiaire à l’étayage de la sexualité sur d’autres fonctions du corps ». « L’activité sexuelle s’est tout d’abord étayée sur une fonction servant à conserver la vie, dont elle ne s’est rendue indépendante que plus tard. Quand on a vu un enfant rassasié abandonner le sein et retomber dans les bras de sa mère, et les joues rouges, avec un sourire heureux, s’endormir, on ne peut manquer de dire que cette image reste le modèle de l’expression de la satisfaction sexuelle qu’il connaîtra plus tard. Mais bientôt le besoin de répéter la satisfaction sexuelle se séparera du besoin lui-même de nutrition…» (Freud, 1905, p. 105). 

On va avoir un double étayage, un emboîtement pourrait-on dire de la pulsion et de l’objet : 
- étayage du sexuel sur la satisfaction du besoin : le plaisir qui sera reproduit dans les autoérotismes résulte secondairement de la satisfaction du besoin ;
- étayage de l’attachement à la personne qui a satisfait le besoin et permis le plaisir.

Freud va distinguer un courant tendre et un courant sensuel en 1912
« Le plus ancien est le courant tendre » nous dit-il ; il correspond au choix d’objet infantile primaire qui se « fonde sur les intérêts de la pulsion d’autoconservation et il se dirige sur les personnes de la famille et celles qui donnent les soins à l’enfant. » Il propose alors de distinguer les pulsions d’auto-conservation des pulsions sexuelles : « Ces fixations tendres persévèrent durant l’enfance et ne cessent d’entraîner avec elles de l’érotisme, qui, de ce fait, est détourné de ses buts sexuels 2» C’est seulement à la puberté que s’y ajoutera « le puissant courant sensuel qui ne méconnaît plus ses buts ». Les objets du choix primaire infantile seront alors investis par de fortes charges libidinales qui se heurteront à l’interdit de l’inceste. Le courant tendre 3 représente donc le trajet de la pulsion sexuelle inhibée quant au but. C’est la tendresse parentale et en particulier maternelle qui « éveille la pulsion sexuelle et en détermine l’intensité future » (Trois essais)

On peut ouvrir une question sur l’origine : (c’est-à-dire une des multiples façons de décliner l’histoire de l’œuf et de la poule)
- y a-t-il un sexuel d’emblée mais inhibé quant au but ; une pulsion sexuelle dé-sexualisée pourrait-on dire ? (sexuel primordial de S. et C. Botella) ;
- ou bien y a-t-il un tendre non sexuel qui se sexualise secondairement ? (ce que D. Cupa appelle pulsion de tendresse).
 
Sandor Ferenczi, à partir de ce point, va distinguer un stade de la tendresse, ou stade de l’amour objectaI passif, et un stade de la passion. (Confusion de langues entre les adultes et l’enfant, 1933).

Michael Balint, son élève et continuateur, va développer le concept de relation d’objet  archaïque ou primaire 4. La phase la plus précoce de la vie psychique « n’a pas un caractère narcissique : elle est dirigée vers des objets, mais cette relation d’objet précoce est une relation passive : je dois être aimé et satisfait sans avoir rien à donner en retour ». « Cette forme de relation d’objet n’est liée à aucune zone érogène », mère et enfant n’ont pas d’identité séparée, leurs buts instinctuels réciproques sont interdépendants.
Nous voilà donc sur le chemin de l’objet.

II- L’objet est-il séparable de la pulsion ?

• Pour Mélanie Klein (dans l’explicitation de son œuvre qu’en fait Hanna Segal son élève et collaboratrice), « un fantasme inconscient est l’expression mentale des pulsions. Les pulsions sont par définition des quêteuses d’objet. La sensation d’une pulsion dans l’appareil psychique se lie au fantasme d’un objet qui lui est approprié. Ainsi chaque incitation pulsionnelle contient un fantasme spécifique qui lui correspond. Au désir de nourriture correspond le fantasme de quelque chose qui puisse satisfaire ce désir : le sein 5 ». Dans cette approche, dès l’origine l’objet est intimement lié à la structure de la pulsion (et non le simple agent de l’expérience de satisfaction), et l’école kleinienne va parler en termes de relations d’objet dès le début de la vie, même si il s’agit d’objet partiel
• Cela va conduire à la question des qualités de l’objet et de leur interférence avec la qualité et les caractéristiques du mouvement vers lui. John Bowlby, dont il faut rappeler qu’il était bel et bien psychanalyste, va fonder ses recherches sur l’étude de la constitution du psychisme lorsque les relations d’objet sont entravées : il va en particulier étudier les effets des séparations précoces pendant la guerre sur le développement des jeunes enfants. Ses travaux aboutiront au rapport commandité par l’OMS en 1950 qui mettra en évidence les effets pathogènes de ce qui deviendra connu comme « carences affectives » dans les conditions collectives d’élevage des jeunes enfants.

Dans le même temps et une démarche similaire, son collègue et ami R. Spitz décrira l’hospitalisme, (c’est un état de marasme affectif proche de l’autisme, une maladie nosocomiale avant la lettre, puisque c’est le nom qu’il donne à la maladie résultant d’une hospitalisation ou placement en collectivité suite à la séparation précoce d’avec le milieu familial). Il dégagera les caractéristiques de l’objet indispensable pour que se constitue le sujet (ces trois organisateurs du psychisme que sont  sourire, angoisse du 8ème mois, le non sont bien connus) expérience de la bouche : cavité primitive.

III- le lieu de l’attachement

• Les travaux de Bowlby sont précieux mais  ont suscité une polémique très vive dans les milieux psychanalytiques car ils sont une remise en question de la théorie de l’étayage. Leur remise à l’honneur depuis quelques années nous permet de sortir des effetspolémiques et d’avancer en liant ces hypothèses à d’autres domaines (neurosciences, psychologie cognitive…).

En s’appuyant sur les travaux des éthologues travaillant sur les chimpanzés ainsi que sur des observations directes de bébés en interaction avec leur mère, Bowlby a fait l’hypothèse, qu’il existe un besoin d’attachement primaire et fondamental. Les travaux des Harlow sont bien connus et ceux qui ont vu les films de ces bébés chimpanzés blottis contre leur substitut maternel recouvert de fourrure ne peut les oublier. Le substitut maternel nourricier, muni d’un biberon mais en fil de fer ne déclenche aucune manifestation d’attachement, les bébés n’y restent que le temps indispensable à la satisfaction du besoin vital. Par contre ils se blottissent contre le substitut en fourrure de longs moments au cours de la journée, s’y précipitent à la moindre alerte, à la moindre inquiétude suscitée par un bruit ou une modification dans leur environnement : ils manifestent toutes les caractéristiques d’un comportement d’attachement envers un objet non nourricier.

Exit la théorie de l’attachement secondaire à la satisfaction du besoin. De même les images obtenues par échographies de bébés in utero suçant leur pouce alors qu’il n’y a eu aucune expérience de satisfaction alimentaire passant par ce canal).

Les bébés singes vont développer des comportements très pathologiques, s’accrochant les uns aux autres, suçant leur pouce (comportement qui n’existe pas dans l’espèce, ou développant des comportements que nous pourrions dire de masturbation compulsive).Comme illustration directe de ces travaux, Ashley Montagu dans La peau et le toucher raconte qu’au début du siècle, le taux de décès des bébés des orphelinats américains dépassait les 60%. Lorsqu’un programme de l’hôpital de New York demanda de les  prendre dans les bras plusieurs fois par jour,  le taux de mortalité des enfants de moins de un an chuta sous les 10%. Cela nous amène à concevoir le besoin de contact comme primaire, en position première dans le développement.

• C’est autour des contacts corporels, en particulier peau à peau, que les psychanalystes qui ont travaillé ces questions situent le lieu privilégié du besoin d’attachement.
 
- Esther Bick, psychanalyste élève de Mélanie Klein a proposé en 1948, sur la demande de Bowlby président de la Tavistock Clinic, une méthode naturaliste d’observation d’un bébé dans sa famille dans le programme de formation des thérapeutes d’enfant. En 1968 elle formulera à partir de ses expériences cliniques de traitements d’enfants très malades et de ses observations du développement normal le concept de « première peau » dont le but est de maintenir ensemble, « de façon vécue par elles passivement » les parties de la personnalité. Elle décrit le besoin qu’a le bébé d’un objet contenant optimal « qui apaise ses  angoisses de chute et lui permette de rétablir la continuité avec les éléments du vécu anténatal et qui lui permette l’intériorisation d’une peau qui maintiendrait liées ensemble les différentes parties de sa personnalité. » Cet objet contenant optimal sera, nous dit Esther Bick, « le mamelon dans la bouche tout ensemble avec la tenue, le parler et l’odeur familière de la mère… »

- Didier Anzieu développera en 1974 la notion de Moi-peau, « parchemin original qui conserve les brouillons d’une écriture originaire » préverbale faite de traces cutanées », qui aboutira à la notion d’enveloppe psychique. Après la naissance, la peau devra assurer des fonctions remplies in utero par l’enveloppe maternelle.

- La tendresse selon Racamier est à la fois un mode d’investissement et une tonalité affective. « Elle n’est pas directement sexuelle, mais non dépourvue de sensualité ; le bien-être - forme élaborée de l’autoconservation - y est recherché, et non la décharge.
« Sa spécialité, c’est d’envelopper ; son lieu spécifique, c’est la peau. » Les gestes maternants sont faits de caresse et de douceur, les bases en sont la continuité et le tact, dans un climat de « chaleur tempérée 6 »

IV- Rôle de la peau

La peau est-elle la première zone érogène ? joue-t-elle un autre rôle ?

• La peau est le premier des sens opérationnels, on peut dire que les premières informations sur le monde arrivent par ce canal, on peut faire l’hypothèse qu’il en résulte une première forme primitive sur laquelle va s’étayer le développement des autres organes sensoriels. J’ai développé cette idée en proposant le terme de tenu/laché 7 comme modélisation du vécu de cette expérience :

Balint n’avait pas tort de mettre la bouche au centre de sa conceptualisation, : « le premier organe formé par l’embryogénèse est la bouche, et le développement psychosexuel commence donc par le mode de satisfaction propre aux gamètes : l’incorporation orale 8 ». Mais nous savons maintenant par les développements des connaissances sur l’embryogénèse que ce n’est pas en tant qu’organe premier maturatif mais en tant que localisation des premiers récepteurs tactiles qu’elle a toute son importance : ils se trouvent en effet fonctionnels dès la 7ème semaine de développement embryonnaire dans la région péribuccale. « La sensibilité tactile est seulement esquissée sur la lèvre.  Cette sensibilité s’étend à toute la face et sur la pulpe des doigts dès 11 semaines. Vers 14 semaines, elle est présente sur tout le corps, à l’exception du dos et du crâne, ceux-là même en contact avec la paroi utérine. Dès son apparition, la sensibilité tactile est préférentiellement ventrale ». (Les travaux de recherche du Dr. Kerstin Uvnas-Moberg   ont montré le rôle des stimulations tactiles, particulièrement chez le rat dans la zone ventrale, dans le déclenchement de la production hormonale de l’ocytocine, qui intervient dans tous les comportements d’attachement). L’extrême précocité du développement embryologique du tact en fait le premier organe de transmission des informations sur le monde et donc selon moi la première base du développement psychique. A 8 semaines de développement fœtal, l’embryon a des réactions d’éloignement lors de la stimulation de la zone buccale, mais entre 11 et 14 semaines la même stimulation entrainera un rapprochement de la tête ; à partir de 14 semaines, c’est l’ensemble du corps qui réagira à la stimulation tactile de la zone buccale (rappelons qu’à 8 semaines de développement fœtal tous les organes sont en place : l’embryon devient fœtus et mesure 3,5 cm). « La peau, essentiellement issue du feuillet superficiel de l’embryon à deux feuillets, est le premier né de nos organes des sens et aussi le plus vaste de nos moyens de communication avec l’extérieur, puisque représentant une surface d’échange de près de 2 m2 chez l’adulte. Si l’on en croit la loi énonçant que plus un organe se développe précocement, plus il sera fondamental, le revêtement extérieur du corps et le revêtement interne du tube digestif sont essentiels ; sensibilité tactile, sensibilité digestive ou respiratoire, toutes sujettes aux phénomènes allergiques 9 »

• La singularité de cet organe des sens par rapport aux autres, est qu’il est obligatoirement réciproque. On ne peut toucher sans être dans le même temps touché, la sensation même de contact suppose et inclut la rencontre. Dès le début de la vie, les premières expériences sensibles sont donc d’emblée inscrites dans une dualité et faites d’alternance entre « être au contact » et « être sans contact ». Elles sont indissolublement liées à la rythmicité des rencontres avec ce qui deviendra l’autre au fur et a mesure du développement, mais qui existe néanmoins déjà sur un plan sensoriel dès l’origine). Dès l’origine la question est d’être ou ne pas être au contact ! Le premier « formatage » inscrit le futur sujet dans un lien avec l’autre. Cela mettrait la proposition de « troisième topique » 10 en position première, dans la préhistoire du sujet, et la peau en place de premier langage (A. Montagu, 1979).

V- Le premier travail psychique

Les premières excitations qui devront être transformées concerneront donc les éléments tactiles, dans l’alternance binaire, contact/perte de contact. Se crée ainsi un modèle de base, prototype, qui sera décliné lorsque les autres organes des sens parviendront à maturité. (Pour mémoire, il s’agit  dans l’ordre chronologique de : l’équilibration, l’olfaction, la gustation, l’audition et enfin la vision). Ils élargiront la palette des modalités perceptives permettant d’être au contact/perdre le contact et constitueront  des modalités de transformation de ce premier principe de fonctionnement.

R. Roussillon en propose une formalisation particulièrement claire : « La perception est ainsi inséparable d’un processus de transformation qui rend possible son « devenir conscient », elle résulte d’un processus d’organisation actif du sujet, ce que confirme l’ensemble des travaux qui lui sont consacrés 11».

tenu-lâché
Les premières différenciations en termes de présence et absence s’établissent vraisemblablement sur un mode essentiellement récepteur/passif. L’évolution des expériences du toucher va aller dans le sens d’une augmentation de l’activité du sujet.
- Les expériences d’être au contact/perdre le contact constitueront le soubassement du vécu d’ « être tenu/être lâché », en lien avec les aléas de la présence/absence de l’objet.
- Déjà in utero le bébé peut expérimenter des activités « autonomes ». Il peut initier des activités de contact avec les parois, avec des parties de son corps qui permettront de déboucher sur des expériences actives de  prendre/jeter dans un « fort-da » intra utérin : on a vu à l’échographie des bébés in utero  « jouant » avec le cordon, « jouant », comme  avec un ballon, avec une goutte de sang produite lors d’une amniocentèse… ou tout du moins prenant cette goutte dans les mains pour la lancer vers le haut, la rattraper et recommencer… Selon mon hypothèse il s’agit là d’une transformation  active du premier « tenu/lâché » en un « prendre/jeter ».
Ces expériences constituent le plus archaïque fond commun à tous et vont être le fil rouge sur lequel va se tisser tout le développement ultérieur. Elles sont indissociables du lien avec l’autre, et rejouent en permanence les caractéristiques de ce lien  dans l’alternance de présence/absence de l’objet.

le rythme
L’alternance du tenu-lâché détermine un rythme qui permet une mise en forme archaïque rétablissant une continuité à partir d’éléments discontinus. (Dans son étymologie grecque originaire, ruthmos signifie « forme » : le rythme permet de rassembler dans une forme unitaire des éléments disparates de l’expérience vécue). Piaget, en fait déjà en 1936 une structure fondamentale de la vie psychique « marquant le point de jonction de la vie organique et de la vie mentale 12», il s’agit d’un premier organisateur de l’expérience mentale interne du sujet. La perception de la rythmicité interne va permettre au fœtus (et ensuite au bébé) d’articuler ses propres activités et mouvements au rythme de sa mère et de façon plus large de son partenaire relationnel, de faire des associations, des liaisons entre des facteurs procédant de différentes modalités sensorielles. Ce que l’on appelle « ajustement » va être précisément l’ajustement des rythmes du bébé et de son partenaire dont on connait bien maintenant les caractéristiques : je proposerais l’hypothèse qu’il s’agit là d’une expérience d’interpénétration de son rythme avec celui du partenaire ; inter-pénétration sans intrusion, mais sans distance excessive, dans un « dialogue tonique » qui constituera le prototype, la forme primitive des interpénétrations du dialogue amoureux dans la sexualité.

préconception de l’objet
Le monde intra-utérin offre ainsi des possibilités d’expériences riches et variées avec soi-même et avec les éléments autres du monde qui permettent un certain niveau d’organisation d’un Moi Prénatal (P.L. Righetti) et un certain niveau de conception des expériences de contact avec :
- des objets -autres-que- soi accessibles directement (placenta par exemple) ;
- des objets -autres que soi- indirectement accessibles (comme le contact avec la main de la mère à travers la paroi abdominale) ;
- d’autres enfin, pourraient préfigurer le soi et être accessibles de manière déjà organisée ou volontaire : par exemple, on sait maintenant que le fœtus suce son pouce in utero démontrant ainsi qu’il s’agit d’une expérience primaire, qui ne peut être la réactivation de traces mnésiques liées à la satisfaction de la faim.

VI- « De l’excitation sensorielle à l’organisation pulsionnelle » 13

Cela nous amène à des considérations assez vertigineuses sur les origines de la vie et le lien psyché/soma, les modalités du passage de l’instinct à la pulsion et ce qui les différencie.


• Penser que le premier mouvement de vie est un mouvement vers l’autre, qu’il suppose qu’ait lieu une première transformation de l’évitement « réflexe » qui serait premier mais conduirait à la mort, au non-accrochage du fœtus dans l’environnement intra-utérin, peut nous interroger sur le lien possible avec les fausses couches précoces, où précisément ne s’est pas fait cet accrochage ; serait-on en présence d’une impossibilité de contact liée à des caractéristiques non favorables de l’embryon ou du milieu ? (on estime à 20% le nombre des fausses couches spontanées dans les deux premiers mois, la moitié étant liée à une anormalité génétique de l’embryon). 
Cela met d’emblée l’autre au cœur du vivant ; lorsque nous proposons une psychothérapie pour des femmes qui ont fait des fausses couches à répétitions et que la traduction va en être l’augmentation du taux de fertilité, nous avons bien une hypothèse implicite sous-jacente : que la modification de l’état psychique de la mère modifiera son état interne, c’est-à-dire ses caractéristiques hormonales, biochimiques… permettant à l’embryon de trouver un environnement plus favorable qui pourra se traduire par un accrochage primitif et une meilleure « tenue » de la gestation. On sait bien maintenant que les états émotionnels se répercutent, ou se traduisent ou s’accompagnent (suivant la théorisation que l’on va choisir) de phénomènes biochimiques, hormonaux, neurobiologiques au niveau du métabolisme et donc dans les échanges fœto-maternels.

« Nos spéculations ont suggéré qu’Éros opère depuis le début de la vie et constitue un “instinct de vie” par opposition à l’“instinct de mort”, dont l’apparition est la conséquence directe de l’émergence de la vie à partir de la substance inorganique. Ces spéculations cherchent à résoudre l’énigme de la vie en proposant que ces deux instincts se combattent depuis le tout début ».

Jean Claude Ameisen, chercheur en biologie, en reprenant ainsi les propos de Freud    dans Au delà du principe de plaisir, se situe dans la même perspective de comprendre, à l’origine de la vie, l’alchimie complexe entre « exécuteur » et « protecteur » au niveau même de l’organisation cellulaire. Il montre bien dans ce qui a été décrit comme « suicide cellulaire » qu’à ce niveau très primitif, ce qui est déterminant c’est déjà l’interaction avec le milieu et que la « survie de chacune de nos cellules dépend, jour après jour, de la nature des interactions provisoires qu’elle est capable d’engager avec d’autres cellules de notre corps 14 ». Les biologistes actuellement pourraient s’inspirer du célèbre « un bébé ça n’existe pas » de Winnicott et dire « une cellule ça n’existe pas » ; c’est-à-dire ça n’existe pas seul, ça n’existe que dans la rencontre avec un autre.

Nous voilà apparemment bien loin du sexuel ?

Pour revenir au sexuel du bébé nous allons voir maintenant quels sont les moyens qu’il a à sa disposition ;
- des zones excitables dès le départ : on sait que le fœtus a des érections à 4 mois ½ de gestation, et sûrement des équivalents moins visibles chez le fœtus fille ;
- une poussée instinctuelle vers l’autre comme on l’a vu.
La question est : comment, du sexuel,  zone parmi d’autres de stimulation ou d’excitabilité, va-t-on passer à la représentation sexualisée. C’est-à-dire comment le sexuel vient au bébé ? L’hypothèse que je vais
développer est que c’est l’expérience de la relation à l’autre qui va permettre une représentation d’interpénétration intériorisée, qui sera la base de la sexualisation.

• l’idée de Freud dans les Trois essais selon laquelle « C’est la tendresse parentale et en particulier maternelle qui “éveille la pulsion sexuelle et en détermine l’intensité future” nous conduit à ce que Laplanche a appelé les messages énigmatiques.

- On se souvient des découvertes, dans les années 1970, des travaux dans le courant féministe 15 qui avaient montré la force et la précocité de la transmission des stéréotypes culturels dans les différenciations garçons/filles : temps plus long d’allaitement, satisfaction plus rapide des besoins des bébés garçons…

Plusieurs études récentes soulignent les différences comportementales de la mère en fonction du sexe de l’enfant. Par exemple, la réponse maternelle serait mieux adaptée au rythme alimentaire du garçon. Il recevrait plus de caresses d’apaisement, tandis que la fille plus de paroles et de sourires. Il a même été montré que juste après l’accouchement la mère ne prenait pas de la même manière son bébé dans ses bras selon le sexe.

- Mais si on peut s’appuyer sur des statistiques et des évaluations standardisées du comportement et des transmissions, il est beaucoup plus difficile de présenter les transmissions de facteurs purement individuels liés à la personnalité des parents. Comment se transfère le sexuel des parents ? C’est ce que J. Laplanche définit comme le message énigmatique : « c’est qu’il est compromis par l’inconscient de l’adulte… L’adulte, dans cette communication avec le petit enfant, ne peut pas ne pas introduire de “lapsus”… qui vient compromettre le message conscient/préconscient »16.

• Les premières symbolisations, représentation de l’attachement, le sexuel comme une des modalités de cet accrochage

Balint disait déjà qu’il n’y a « que deux formes primaires de fonctionnement sexuel : l’union et l’évacuation ». Proposer que les modalités d’inscription de l’attachement se fassent dans le lien sexualisé, que les modalités d’interpénétration par tous les moyens sensoriels à la disposition du bébé pré-figurent ce que seront les interpénétrations directement sexuelles, c’est considérer que c’est le modèle du lien qui va se sexualiser, et permettre le passage de l’excitation d’organe à l’investissement d’une zone.

• Ce que Bowlby a appelé les « modèles internes opérants » (internal working models) se révèle extrêmement solide dans le temps et constitue le pattern de base pour les relations affectives ultérieures. « Dès les premiers mois de la vie, les nourrissons intériorisent des modèles de relations tirés de leurs expériences avec leur entourage familial. Ils retiennent l’effet qu’ils produisent sur les autres en émettant des signaux d’attachement et, plus globalement, les séquences d’interactions qu’ils ont avec leurs proches 17.  De nombreuses procédures expérimentales ont montré leur persistance, non seulement dans l’établissement des liens d’attachement dans l’enfance, mais également à l’adolescence, et à l’âge adulte dans la détermination des choix amoureux, dans la capacité d’installer une relation de confiance. De même, il s’avère déterminant dans le mode de relation que devenu parent le sujet établira avec ses propres enfants et sur le regard qu’il portera sur eux. On retrouve l’idée proposée plus haut de « forme primitive », sur laquelle s’étayera l’ensemble du développement psychoaffectif, et psychosexuel.

Les études qui ont été faites sur l’impact thérapeutique des prises en charge analytiques montrent des modifications précisément sur ce point : c’est-à-dire dans la relation transférentielle qui devient ainsi le cœur de la dynamique thérapeutique et l’impact mutatif le plus important 18.

L’idée d’ une pulsion d’attachement qui serait première et deviendrait sexuelle ultérieurement comme le proposent, à la suite de Bowlby, plus récemment Golse, Widlöcher, Anzieu... permettrait de garder l’ensemble de la construction métapsychologique freudienne, simplement repoussée à un second temps. Cette position (que j’avais pour ma part adoptée 19 ne me paraît plus actuellement satisfaisante.

•Dans un travail en cours d’élaboration que nous poursuivons depuis maintenant plusieurs années avec Paul Israël, nous proposons l’idée d’un continuum alliant l’instinct à la pulsion : les processus permettant le passage de l’instinctif au pulsionnel seraient issus de la transformation des interférences des modalités de la rencontre avec l’autre, dans toutes les modalités de la sensorialité, traitées sur le modèle de tenu/lâché.

On aurait ainsi un premier instinct vital, pour beaucoup porté par le somatique et les échanges neurobiologiques (où déjà se place un émotionnel affectif difficile à isoler, comme on l’a vu dans les moments cités précédemment entre la 8ème et 11ème semaine) : ce serait le versant instinct de l’attachement.Cet instinct-attachement va se psychiser, du fait des « rencontres » avec l’autre, en pulsion-attachement. La rencontre avec l’autre devient ainsi une source indispensable de la pulsion.

La pulsion aurait donc deux organisateurs : l’un serait l’excitation endogène ancrée dans les sources somatiques, et l’autre serait exogène, libidinal, importé des informations des adultes en général, de la mère plus particulièrement 20.

L’exemple de Kevin, montre bien les paradoxes auxquels on peut en arriver : il ne peut s’endormir ou se calmer qu’avec des masturbations compulsives déjà signalées à 9 mois ; ce bébé a un vécu d’abandon lourdement traumatique lié à de graves insuffisances maternelles et est placé en famille d’accueil depuis l’âge de 9 mois ; on peut faire l’hypothèse que du fait des défaillances de la mère et de sa quasi disparition à 9 mois, l’excitation de zone n’a pu se transformer en investissement permettant un autoérotisme étayé sur une fantasmatique (c’est-à-dire sur une représentation) ; la manipulation sexuelle n’a ici qu’une valeur d’accrochage à une excitation sensorielle dans un état de repliquasi autistique.

VII- Quelques illustrations en tentant de suivre le développement

• Clément a 4 mois ½ ; il n’a pas encore de nom ; il n’est pas encore un bébé ; il naîtra dans 4 mois, et pour le moment il est dans le ventre de sa mère. Au cours d’une séance d’haptonomie 21, elle exerce une très légère pression de la paume de sa main sur la paroi latérale de son ventre, le fœtus se déplace alors, comme en nageant dans son milieu aquatique et vient à la rencontre de la main de sa mère. Elle a le sentiment bouleversant qu’il vient nicher sa tête dans sa main et ressent la poussée qui permet cette rencontre. Cette expérience va faire partie de la relation quotidienne de cette maman avec son bébé jusqu’à la naissance (en tous cas, tant qu’il aura la place de bouger facilement dans son ventre).

Mais quelle est cette relation ? Que peut être ce bébé qui pourtant n’existe pas encore et qui donne ainsi l’impression de rechercher activement le contact avec l’autre ? Quel peut être pour lui cet autre ? Quel besoin peut-il avoir d’un autre quand il est dans un milieu qui le met théoriquement à l’abri de tout besoin. On peut penser que dans le mouvement de la mère, sous-tendu par son désir d’aller à la rencontre volontaire de son bébé pas encore né, il y a la participation de toute son histoire ancienne mais aussi plus récente amoureuse et sexuelle. Cela constitue déjà une modalité de rencontre sexualisée du fait du sexuel de la mère ; cette rencontre, non prédéterminée, non somato-orientée, juste pour le plaisir pourrait-on dire, va être recherchée ensuite de façon active par le bébé. 

Le sexuel du bébé c’est d’abord l’expression du mouvement de la rencontre avec l’autre sur lequel est intervenu le comportement et donc l’inconscient parental. Cela se localisera sexuellement ultérieurement sur le même modèle de la rencontre et de la recherche d’interpénétration.

• Dès la naissance la rencontre avec le partenaire affectif va dépendre de la qualité de synchronie dans l’établissement des premières rythmicités :Les bébés repèrent très précocement les différences, entre des visages connus et inconnus ; ils semblent en particulier extra-ordinairement doués pour repérer les modifications de rythme et les désynchronisations. Lorsque le bébé imite les expressions du visage, capacité qu’il a, dès quelques heures, en ce qui concerne les mouvements de bouche, il est entraîné dans le relationnel maternel, dans le regard de son partenaire pourrait-on dire ; lequel partenaire le regarde, et se laisse regarder, se laisse séduire par lui, se laisse prendre comme modèle… ou non ; suivant ce qu’il voit ou projette (par exemple bébé qui ne peut être regardé car il ressemble trop au père, et regard maternel qui se détourne…) tout cela communique le sexuel de la mère, les avatars de son histoire affective, personnelle.

• Lorsque le bébé vit cette expérience émotionnelle intense d’interpénétration des regards dans le 2ème mois, le plaisir manifeste est traduit par le sourire, cela suppose que le regard de la mère, son attitude et ses commentaires soient synchrones : faute de quoi comme cela a été montré par les travaux de Jacqueline Nadel, le bébé détourne le regard, cesse de sourire, et crispe son visage, en particulier sa bouche : il manifeste ainsi qu’il se retire de la relation, ou pour suivre mon image, qu’il se ferme à l’expérience d’interpénétration.

• Les gestes du bébé vont re-présenter l’échange qui vient d’avoir lieu 22 avec une transposition du lieu corporel de l’interpénétration (comme toujours le langage nous met au cœur du sens de l’expérience et le terme de représentation est commun au vocabulaire psychologique parlant d’une capacité de l’esprit, et au théâtre). Ce que Geneviève Haag appelle « le théâtre des mains »23, est une mise en forme proto-symbolique de l’expérience. On sait maintenant que les activités de suçotement du pouce accompagnent et constituent une véritable activité de re-présentation grâce à laquelle le bébé peut « s’endosser et endosser sa peau au fond des yeux et de la tête de l’autre… » dans la concomitance du soutien dos-nuque et l’intensedouble interpénétration bouche/mamelon/œil à œil du deuxième mois de la vie ». 24

Dorine, que je reçois en consultation avec sa mère à l’âge de deux mois pleure sans arrêt ; très vite il apparaît que la maman est organisée sur un mode phobique avec vraisemblablement d’importantes angoisses de persécution. En très grande difficulté pour nouer un contact chaleureux avec son bébé, elle entrave systématiquement toutes ses tentatives de mouvement autonome, ne pouvant rentrer dans des échanges de regard avec elle. Elle empêche Dorine de sucer son pouce, dans des préoccupations hygiéniques et une thématique sur les mauvaises habitudes qui semblent infiltrées de contenus sexuels non élaborables. Dans la salle de consultation, Dorine peut nouer un contact visuel avec moi à sa droite, ou avec la jeune collègue qui travaille avec moi à sa gauche, répondre à certains jeux mimétiques où je tire la langue comme elle, ce qu’elle reprend en retour. Nous observerons que ces moments d’échange et d’interpénétration sont systématiquement suivis de tentatives de mettre à nouveau son pouce dans la bouche : il s’agit, selon moi, d’une re-présentation de l’échange vécu ayant une fonction de pré-symbolisation.

•Voici maintenant l’entrée en scène de l’utilisation des accessoires, des objets au service de cette représentation. Emile à 3 mois 25 : La maman redresse un petit peu le dossier du relax : lui remet sa chaussette, lui caresse le visage et lui donne son doigt qu’il saisit de la main gauche, ils se regardent, lui souriant et apaisé, leurs regards sont très pénétrants. Madame essaye de proposer à Emile la tétine, il la saisit dans sa bouche mais tout en tenant le doigt de sa maman dans sa main gauche. Elle lui demande de lui lâcher le doigt car elle ne « peut pas toujours lui laisser le doigt », elle lui dit qu’elle « va aller chercher un doudou ». Emile va alors rassembler ses deux mains, me donnant l’impression qu’il garde en mémoire le doigt de sa maman qui est partie : il vient emboîter sa main droite dans la gauche car l’observatrice s’étonne de quelque chose au niveau de la jointure de la main entre la base du pouce et l’index de la main gauche. Il suit un peu sa maman du regard et tourne la tête à droite. Il se re-concentre ensuite sur la saisie de la main gauche par la main droite.

Si l’on essaye de donner des sous-titres à cette re-présentation du théâtre des mains et de nommer les personnages : on peut dire qu’on a  une première scène où la main droite du bébé vient remplacer le doigt parti de la maman : la main gauche joue le rôle du bébé et la main droite celui de la maman. Puis après avoir tourné la tête dans la direction du départ de la maman, nous allons voir une inversion des mouvements de main, c’est la main droite qui va venir saisir la main gauche : si nous nommons les personnages nous avons donc une « maman-main-droite-partie » qui revient saisir la « main-gauche-bébé » : le fantasme des retrouvailles sous-tend la re-présentation de la scène, les mains sont mises à la place des protagonistes de l’expérience affective.

Deux semaines plus tard, le même Emile est débordé : son théâtre interne ne suffit plus. Emile joue avec une peluche, il tient dans la main gauche la boule qui représente la main de la peluche et dans la main droite la jambe de cette même peluche, il la tire et, entre les deux points, l’étiquette fait saillie. J’ai l’impression qu’il est intéressé par cette étiquette et qu’il faut alors lâcher une main pour aller toucher l’étiquette, il a la tétine dans la bouche et est concentré un moment à téter et à tenir les deux bouts sans pouvoir en plus attraper l’étiquette.J’ai peut-être lâché un instant mon attention : Emile n’a maintenant plus rien dans la bouche ni dans les mains, il pleure de plus en plus, il appelle, va presque se mettre en colère, il a les deux mains de part et d’autre du corps écartées et est incapable de les rassembler.  Dans la suite la maman parle de la crèche et remet en question la suite de la continuité des rendez-vous. L’observatrice s’appuie au mur, sonnée : ambiance urgence feu les pompiers ! comment trouver place pour des rendez-vous ?

Dans cette deuxième scène, les capacités de re-présentation du bébé sont débordées, mises en échec, il lâche tout, ne pouvant résoudre le conflit que pose le fait de lâcher pour prendre ce qui l’intéresse, : ses mains sont occupées à tenir les deux bouts de la peluche, sa bouche est occupée avec la tétine, et cela l’empêche de prendre l’étiquette qui retient son attention, l’attraper ou la téter. Ce conflit d’intérêt, majeur, va entraîner un grand désarroi chez lui. Il se met à pleurer. Il  lâche tout et se retrouve dans l’impossibilité même de rassembler ses mains.

Le lâchage de la tétine, de l’objet, de ses mains, répond au lâchage de l’attention de l’observatrice dans un moment de grande fragilité où se préparent des changements importants dans la vie du bébé : une importante modification de l’environnement se prépare, les grands travaux traduisent aussi la reprise du travail de la maman, la crèche pour le bébé ; l’observatrice est sonnée, sa réaction est la même que celle du bébé, tout pourrait être lâché, les rendez-vous, l’observation… le bébé lui-même avec l’eau du bain. De tout cela on peut dire que les gestes racontent une histoire, l’histoire de la rencontre affective, du départ et des retrouvailles, du tenu/lâché précurseur du fort-da, des jeux de coucou, des jeux amoureux et de la sexualité.

•Les travaux de Marita Torsti 26 me semblent particulièrement éclairants pour comprendre les étapes des phénomènes en jeu. Elle a observé ce qu’elle appelle des « kinesthésies gestuelles (qui) représentent les processus de symbolisation » (c’est ainsi qu’elle nomme les mouvements observés chez le nourrisson en accompagnement de la tétée). Les larges mouvements de la main, effleurant le sein ou effectués au dessus, ont un rythme différent de celui de la succion et traduisent la transformation que fait le bébé. Par la suite, ces mouvements ressembleront de plus en plus à une danse d’accompagnement, qu’elle appelle une « danse transitionnelle «. Ils pourront s’exercer vers 7 ou 8 mois dans la région génitale.

Ces mouvements n’apparaissent que lorsque l’expérience de l’allaitement au sein a semblé satisfaisante, c’est-à-dire pour les bébés qui ont vécu une expérience de synchronie et de partage rythmique avec leur mère : elle n’observera pas de troubles psychosomatiques chez ces bébés.
Dans le cas contraire, ces mouvements n’apparaissent pas et les observations longitudinales de Marita Torsti montrent qu’« une sexualité primitive non liée et non intégrée perdure sous la forme d’une tendance traumatique et menaçante à l’excitation sans capacité suffisante de liaison ».

On peut donc considérer que l’expérience de non-synchronie constitue un traumatisme « blanc 27 » (lorsque quelque chose qui aurait dû être là n’y est pas,) entravant la capacité de transformer l’expérience en un langage gestuel sur lequel se fondera le langage verbal.

- Ces mouvements n’ont pas le même rythme que la succion et traduisent un processus de transformation, indice d’une tridimensionnalité en train de se constituer, et n’apparaissent que lorsque l’expérience est satisfaisante. Le temps d’écart entre l’expérience et le geste, la différence de rythme, signalent le processus de transformation à l’œuvre qui témoigne de l’activité psychique du bébé, selon moi précurseur de la symbolisation, ou symbolisation à l’état naissant. Elle est sous-tendue par la qualité de l’affect éprouvé, l’« ajustement » de la rencontre et la synchronie avec la mère.

•La découverte du sexuel génital
La découverte et l’appropriation du corps, à travers l’exploration des sensations provoquées par le contact, se fait progressivement au fur et à mesure de la maturation neurologique : d’abord activités de jonction main-bouche, puis jonction des deux mains de part et d’autre de l’axe vertical sagital, puis découverte du bas du corps et jonctions autour de l’axe horizontal dans les jeux d’attraper ses pieds vers 7-8 mois. La découverte par les bébés de leur sexe se situe à ce moment (avec entre 1 et 3 mois d’avance sur les garçons par rapport aux filles) : les premières réactions directement sexuelles résultant du toucher sont observées bien avant (lubrification chez le bébé fille, érection chez le bébé
garçon) et vont servir de guide à l’exploration.
Colette Chiland, qui a consacré plusieurs articles à la question de la théorie psychanalytique du féminin, propose (1991) de dépasser le débat portant sur la connaissance réelle ou inconsciente du vagin. Je partage son point de vue et son hypothèse de l’existence préconsciente dans les deux sexes d’un schème de pénétration et d’un schème de pénétrabilité, se soutenant des expériences vécues au niveau des diverses zones érogènes.

• Je voudrais souligner la place très particulière, d’un organe particulier, organe non sexuel suscitant néanmoins un intérêt à l’évidence sexuel chez les petits et sur lequel la littérature est à ma connaissance muette : le nombril.
Dans mes propres observations l’investigation du nombril occupe une place intermédiaire. Il s’agit d’explorations du bas du corps, de manipulations qui pour le garçon et la fille portent sur l’aspect appendice qu’on peut essayer de faire sortir, ou trou dans lequel on peut essayer de mettre des choses, il est parfois appelé zizi par les enfants : le nombril représente une relation d’interpénétration, dans une zone peu pourvue en sensorialité. Je me hasarderais à faire l’hypothèse qu’il s’agit d’une étape qui précède la perception de différenciation des sexes et peut-être en représente un aspect de déni momentané. Le nombril, aisément manipulable et visible, permet un certain niveau d’expérimentation du mis dedans, et du sorti de...  On peut penser qu’il y a dans cette découverte un aspect que l’on retrouvera dans les dessins d’enfant et qui concerne le chevillage du haut et du bas du corps, ainsi que des deux hémicorps : le nombril « boutonnerait » ainsi l’enveloppe corporelle, en même temps qu’il permettrait l’abord de l’intérêt pour les zones génitales.
Il va être détrôné au profit des organes génitaux à partir de la sexualisation du plaisir directement sexuel qui sera lié à la différenciation précoce garçon/fille et à l’investissement pulsionnel de l’expérience d’interpénétration.

• Un petit garçon de 15 mois, dans une observation personnelle à la piscine, joue de façon extrêmement concentrée et passionnée à faire rentrer et sortir un bracelet dans la fente entre les lattes du banc au bord de la piscine.
Je le regarde de loin m’amusant intérieurement de ce que les psychanalystes interpréteraient quant au sexuel symbolique à l’œuvre si tôt… Pas si symbolique finalement, comme il s’avère lorsque sa mère vient le chercher découvrant dans le mouvement de son peignoir de bain une formidable érection.

La piscine constituait certainement une expérience de proximité des corps et aussi un terrain d’observations très riches sur les différences anatomiques : cela donnait manifestement à penser à l’utilisation possible de ces différences sur un modèle connu par lui depuis longtemps : le contact, la jonction et l’interpénétration.

Les travaux de Roiphe et Galenson 28 ont montré l’existence d’une phase génitale plus précoce que celle décrite par Freud, et une perception de la différence des sexes entre 15 et 19 mois. Cela s’assortit d’angoisses de castration clairement manifestées dont l’allure et l’intensité dépendent de l’impact des perturbations durant cette période. Les petites filles réagissent par des manifestations de peur de perte d’objet, un accroissement très net de leur capacité de fonctionnement semi-symbolique et « un nouvel intérêt érotique et charmeur envers le père » (p. 232) sans signe de jalousie envers la mère, « les filles qui ont subi une relation précocement perturbée avec leur mère ou un traumatisme physique pendant la première année, ou qui ont été confrontées à la naissance d’un aîné pendant la seconde moitié de leur deuxième année de vie, se distinguent en ceci que la découverte de leur différence anatomique accroît considérablement leur hostilité vis-à-vis de la mère. Dans ces conditions, l’érotisation de la relation au père n’apparaît pas. Ceci entraîne une moindre émergence des fonctions symboliques et une
inhibition de la curiosité intellectuelle 29 ». Les garçons vont réagir moins fortement à cette découverte, ce que Roiphe et Galenson interprètent comme « un effort pour dénier la différence des sexes ».

• un exemple d’un suivi longitudinal dans un cadre d’observation d’un bébé dans sa famille, selon la méthode d’Esther Bick 30, me paraît  susceptible de reprendre l’ensemble des questions soulevées et d’apporter un exemple des mécanismes de cette transmission de zones aveugles fantômes ?

Marc 31 est né cinq ans après sa sœur. Lorsqu’il a deux semaines, sa maman s’inquiète de la difficulté à faire sa toilette car « il y a plein de plis chez un petit garçon ». Puis dans une grande angoisse, elle se met frénétiquement à chercher le cordon ombilical dans la couche et par terre en le formulant comme le « nombril tombé ». Elle va alors mettre le bébé dans les bras de l’observatrice, traduisant ainsi son besoin d’être soutenue et aidée dans sa fonction de holding. On peut supposer que nous avons à faire ici à un mouvement de panique de la mère, en lien avec ses propres théories sexuelles infantiles, vraisemblablement dans un déplacement sur le nombril de l’angoisse de castration : le nombril pourrait tomber, être perdu dans  une répétition de l’angoisse de castration et la conception de l’identité de fille comme phallique châtrée. Au fil des visites les capacités de la maman à contenir et envelopper son bébé semblent s’améliorer.
 
- Précarité psychique
Lorsque Marc a 7 semaines, la préoccupation de la date de reprise de son travail et de la séparation semble désorganiser ses capacités contenantes internes (elle se trompe de jour de visite, est en retard pour la séance, laisse la poussette dans la cage d’escalier et dit qu’« aujourd’hui elle oublie tout »). Dans cette atmosphère de lâchage et d’inquiétude, les soins maternels semblent délégués à de nombreux objets investis d’une fonction maternelle de suppléance (matelas spécial flottant dans la baignoire familiale, recours à un livre de conseils pédiatriques, baby relax…).

Entre 10 semaines et 4 mois, nous allons assister à une augmentation crescendo de tous les aspects témoignant d’un climat de précarité où les prévisions s’avèrent peu fiables (en particulier la date de reprise de son travail). Dans une atmosphère de catastrophe, les dangers de la séparation se matérialisent par l’apparition de divers objets dangereux et coupants (ciseaux, massicot…), un départ en vacances décidé au dernier moment dans un contexte de grève des trains. La maman a l’idée lorsqu’il a trois mois qu’il « faut attacher Marc dans son baby-relax, sinon il va partir tout seul ». Dans la réalité, lors de la séance correspondant à la reprise du travail de la maman (à 4 mois) il tombe de la table à langer et l’observatrice a des fantasmes de mauvais traitement (ce que j’ai proposé ailleurs 32 d’appeler « pensée-flash »). Le matelas de bain apparaît de plus en plus inadéquat et dangereux, et la maman, sous forme d’un humour noir et grinçant, lance qu’« elle noie Marc tous les jours ». Lorsqu’il a 5 mois, elle raconte un drame survenu chez une amie dont le bébé de 9 mois s’est noyé dans le bain en présence de sa sœur. Le besoin de l’observatrice comme présence attentive contenante et rassurante est particulièrement évident dans la dernière séance avant les vacances d’été lorsque Marc a 6 mois : la maman le déshabille sur les genoux de l’observatrice, utilisant celle-ci comme table à langer. Le matelas de bain disparaît enfin… mais pour être remplacé par le siège de bain.

- Sexualisation comme alternative au contenant
Parallèlement à ce que je qualifie de « précarité psychique », apparaît un climat de séduction et de rivalité dans l’atmosphère familiale. La maman met en concurrence l’observatrice et la grand-mère, le père se dispute avec sa belle-mère. Marc, à 3 mois, selon sa mère « fait du gringue à l’observatrice ».

Lorsque Marc a 5 mois, il joue pour la première fois (du moins en présence de l’observatrice) dans son bain avec son pénis. La petite sœur « se met à toucher le sexe de son frère en riant... la maman lui dit qu’elle a les mains sales. Elle va se laver les mains et revient s’installer dans la même position que précédemment et se remet à toucher le sexe de son frère » (extrait du compte-rendu de l’observatrice). Lorsque la maman interrompt finalement ce jeu, la petite sœur va jouer dans le panier de linge sale avec les culottes de sa mère et des poupées Barbies.

Le début de la marche, à 1 an, réactive les angoisses de séparation et de multiples signes de sexualisation des liens entre tous les protagonistes accompagnent le débordement et la confusion : la nuit, les places de chacun deviennent interchangeables, la maman apparaît à l’observatrice, sur un mode enfantin, dans des tenues séductrices. Le père commence à tutoyer l’observatrice, l’embrasse quand elle arrive, met la mère en rivalité avec elle ainsi qu’avec une jeune et jolie baby-sitter. La rivalité entre Marc et sa sœur se manifeste dans des jeux à caractère agressivo-sexuels au cours desquels la grande sœur se couche sur lui en « jouant à la tortue ».  La maman raconte que Marc « use de son charme », se laisse charmer elle-même et rit lorsqu’il joue avec son sexe en la regardant ou fait pipi dans son bain et presque sur sa sœur à 13 mois…

-Angoisse de castration ?
Lorsque Marc investit le langage, le premier mot qu’il utilise est « zizi » (il restera le seul pendant plusieurs semaines, avec « papa » et « maman »). Cela me semble un phénomène très remarquable, que je n’ai pour ma part jamais rencontré ailleurs. La maman l’assortit chaque fois de commentaires insistant sur l’appartenance, la solidité. (« C’est à toi », « c’est le tien », « c’est solide », « personne ne peut te l’enlever »…), semblant confirmer ainsi l’hypothèse d’une répétition de sa propre angoisse de castration.

Marc tire sur ses doigts comme pour éprouver leur solidité, tire sur son sexe en manipulant un coupe-ongle, à 14 mois. Dans ce qui semble être un déplacement de l’inquiétude sur son intégrité sexuelle, la maman s’inquiète de l’apparition d’un bouton rouge sur son sexe              (représentation d’un pénis abîmé, tombé ou coupé, déjà perceptible dans la recherche du « nombril tombé » du début de l’observation).
 
- Traumatisme originaire ?
Marc a 20 mois et le siège de bain a enfin disparu depuis un mois, au retour des vacances d’été. Le jour de la visite de l’observatrice, la famille est sous le choc de la mort brutale d’un ami proche (accident de voiture). Marc joue avec des jouets qu’il n’a pas d’habitude le droit d’utiliser dans son bain. La maman le laisse faire : « il est allongé dans son bain et tient une petite voiture rouge à la main. Il la fait rouler le long de la paroi de la baignoire en disant “voiture glisse”, puis la fait plonger dans l’eau. Marc bouge sa jambe droite comme s’il nageait en faisant un mouvement pour pousser et se retourner dans l’eau. Il regarde son mouvement ». (extrait du compte-rendu de l’observatrice).Il répète cette séquence plusieurs fois accompagnant le mouvement de la voiture de son propre mouvement corporel.

Pendant les séances suivantes Marc met répétitivement en scène des bateaux qui coulent, des bonhommes faisant chavirer le navire, ce que la mère nomme : « faire le Titanic ». Avec sa mère un jeu s’instaure où elle pousse les bonhommes à l’eau depuis le bord de la baignoire et Marc les « sauve » et leur fait faire pipi en les égouttant.

- Origine d’un souvenir écran ?
L’approche de la fin de l’observation s’accompagne de nouvelles flambées de sexualisation de la relation à l’observatrice : le père évoque de la faire boire, de lui faire peur avec des vipères cachées dans le placard à alcool. De son côté la maman joue avec l’idée de faire un nouveau bébé à qui elle donnerait le nom de la fille de l’observatrice. L’obser­vation régulière est maintenant terminée et l’observatrice fait encore quelques visites espacées. Marc a maintenant 28 mois et la maman raconte à l’observatrice un « incident » survenu pendant les vacances : gardé par son père « Marc a plongé 3 fois dans la piscine » de leur lieu de vacances. Il sera explicité plus tard dans la séance que sous cette litote se cache un véritable accident où on ne dit pas qu’il a failli se noyer.

- Hypothèses
Les moments de fragilité (reprise du travail, éloignement du cercle familial par le recours à une baby-sitter d’abord, à la halte-garderie ensuite, marche, approche de la fin de l’observation...) entraînent un double déplacement de la recherche d’un contenant sur une délégation aux objets manufacturés, vécus comme plus fiables que le recours aux personnes, et sur une sexualisation des liens.

Le recours à une excitation sexuelle concerne deux aspects de la recherche de contenant : le partage d’excitation évoque un climat incestuel  désignant « un registre -celui de l’incestualité- qui se substitue à celui du fantasme et se tourne vers la mise en actes 33» et constitue un équivalent d’enveloppe. Le deuxième aspect est celui du recours à un objet phallique permettant de se tenir de façon solide comme à un objet d’agrippement. Tout ce qui évoque la fin, la perte, la rupture se traduit par des manifestations sexualisées, dont le sens de défense nous permet de déduire un aspect d’angoisse de castration inélaborable et transmise à Marc à la façon de messages énigmatiques.
Le lieu d’expression du conflit psychique de la maman est manifestement le bain qui représente le lieu de tous les dangers : noyade, castration, catastrophes et accidents. Le prototype de l’accident (même de voiture) devient dès lors pour Marc un accident de bain, une noyade, le Titanic : dans cet accident, un bébé aurait pu mourir, au lieu de l’ami, posant ainsi de façon centrale la question de la faute et du meurtre. De tout cela, vraisemblablement rien ne sera conservé sous forme de souvenirs évocables plus tard dans sa vie. L’accident de piscine, plus tardif, pourra faire partie des souvenirs conscients, renforcés par un récit familial dont on voit bien déjà qu’il est infiltré d’éléments de déni et d’aspects contra-phobiques.

Mais le sens sous-jacent ne peut se laisser approcher si l’on ne prend pas en compte tout ce qui a précédé : la transmission du message inconscient énigmatique se fait par les éléments perçus par l’enfant de la discordance, ayant sens de lapsus, dans l’attitude parentale. Le contraste dans les attitudes maternelles (entrave dans le bain autonomie en dehors), la recherche d’une sexualisation alternative à la fragilité du contenant, et le déni des menaces de castration (renvoyant à cette même fragilité) feront « prendre » pour Marc les évènements dans un tout signifiant.

Pour conclure

En somme la question serait comment le sexuel vient aux bébés et la question subsidiaire, pourquoi cela intéresse-t-il tant les psychanalystes ? Mon intention était de montrer que cette question sous-tend la question de l’origine de la pulsion, c’est-à-dire une question sur l’essence même de la nature humaine. Mais, en dehors de l’intérêt intellectuel ou de recherche théorique, on peut voir le bébé comme siège de phénomènes sensoriels et moteurs : destinataire de messages de tous ordres, du plus rudimentaire au plus sophistiqué, et émetteur de messages, allant aussi, dans un progression temporelle, du plus rudimentaire au plus sophistiqué .L’approfondissement de notre réflexion à partir de nos observations nous ouvre le champ des manifestations cliniques hors symbolisation et donc une perspective clinique directe, non seulement avec les enfants les plus malades mais également avec les patients dont la pathologie s’articule autour de troubles de la symbolisation 34.

J’espère avoir montré qu’il s’agit avant tout d’une symbolisation de la rencontre, donc sexuel… évidemment sexuel !

Ce texte est issu d’une conférence à la Société Psychanalytique de Paris du 16 décem­bre 2009.

Notes

1- Chiland C., article « sexualité » dans Dictionnaire international de la psychanalyse, dir de Mijolla A., Calman-Levy, p1572-1573.
2- Freud S. : « Sur le plus général des rabaissements de la vie amoureuse », 1912 in La vie sexuelle, PUF 1969.
3- Prat R. : article « tendresse » in Dictionnaire international de la psychanalyse, dir. de Mijolla A., Calman-Levy, p.1711-1712.
4- Balint M., Amour primaire et Technique psychanalyse, Payot, 2001.
5- Segal H., Introduction à l’œuvre de Mélanie Klein, PUF, 1969.
6- Racamier, P.-C., L’inceste et l’incestuel, Paris, Editions du Collège, 1996.
7- Prat R., « La préhistoire de la vie psychique : son devenir et ses traces dans l’opéra de la rencontre et le processus thérapeutique » Revue Française de Psychanalyse, n°1/2007.
8- Balint M., amour primaire et technique analytique, Payot 1972.
9- Wolff-Quenot M.J., In utero : mythes, croyances et cultures, Masson, 2001.
10- Brusset B. « Métapsychologie du lien et  troisième topique », Bulletin de la SPP, n°78, 2006.
11- Roussillon, R., « L’objet, l’expérience de satisfaction et l’intelligibilité », Revue Française de Psychanalyse, 2001.
12- Piaget J., Revue suisse de Psychologie et Psychologie Appliquée, 19+42, n° 1-2, pp. 9-21.
13- Israel P., Prat R., « Interactivité dans la cure, interactivité fondatrice du psychisme. Une approche de la psychanalyse des états limites » Conférence SPP 4 avril 2009 présentant le travail de deux ans de séminaire, De l’excitation sensorielle à l’organisation pulsionnelle.     
14- Ameisen J.-C. , « La mort au cœur du vivant »  Revue française de psychosomatique, 2007/2- n ° 32
15- Gianni Belotti E., Du côté des petites filles, Edition Des Femmes, 1994.
16- Entretien avec Jean Laplanche par A. Braconnier, Le Carnet Psy, n°70, Mars 2002.
17- Miljkovitch R., L’attachement au cours de la vie : modèles internes opérants et narratifs. PUF, 2001
18- “The effectiveness of psychoanalysis and long term psychoanalytic psychotherapy”, P. Fonagy, T de Wolf, J. Zevalkink, S. de Maat,  R.Sandell.
19- Vth International conference of Infant observation- Esther Bick Method, Rio de Janeiro, 2000 Round table, « Cross-reference dialogue on the human nature « être, être avec ».
20- Israel P., Régine Prat R., Conférence SPP, Avril 2009, Interactivité dans la cure, interactivité fondatrice du psychisme. Une approche de la psychanalyse des états limites.
21- Le créateur de cette méthode, le hollandais Frans Veldman, la définit comme science du toucher, ou science de l’affectivité : il propose aux femmes enceintes et à leur mari une méthode qui permet de rentrer en contact prénatal avec leur futur bébé, ce qui est pour lui une façon de « créer des conditions optimales… pour le développement réciproque de l’attachement » mère-enfant pendant la grossesse… qui sera la base de développement dans toute son ampleur de l’attachement post-natal ». D’un point de vue technique, la mère va « appeler » son bébé en appliquant la paume de sa main en différents points de son ventre et en imprimant de légères pressions rythmiques. Le bébé se déplace et vient mettre sa tête dans la main de sa mère. Il va suivre ensuite cette main dans ses déplacements. Veldman encourage ainsi les futurs parents à faire connaissance avec leur bébé en « jouant » avec lui à des jeux prénataux aussi souvent qu’ils le désirent, pour que se développe peu à peu une « interaction communicative».
22- « Il y aurait une sorte de démarche d’essais et erreurs visant à multiplier les modalités représentationnelles protosymboliques concrètes, corporelles, agies pour arriver à la symbolisation abstraite la plus efficace » (hypothèse formulée par Paul Israel).
23- Haag G., communication au 6e Congrès international sur l’observation des nourrissons selon la méthode d’E. Bick, Cracovie, 2002.
24- Haag G., 1990, « Identifications intra-corporelles et capacités de séparation » Neuropsy de l’enfance, 1990 , 38, p 245-248.
25- Je remercie Valérie Montreynaud, pédopsychiatre, CMP 20 Villa Compoint, d’avoir bien voulu me confier cette observation.
26- Torsti-Hagman M., « Aux sources des processus de symbolisation. Le psychanalyste comme observateur de traumatismes précoces, Revue française de Psychosomatique, 21/2002.
27- Prat R., « Le blanc du traumatisme : Une stratégie défensive de la terre brûlée », Congrès de l’IPA, Rio, Juillet 2005.
28- Roiphe H., Galenson E., Pollak-Cornillot M. (trad.), La naissance de l’identité sexuelle, Paris, PUF, 1987, 272 p.
29- Galenson E., « L’origine infantile de l’identité sexuée », JPE, n° 33 Bayard.
30- La méthode d’observation de bébé a été définie par la psychanalyste kleinienne Esther Bick dans un but de formation des analystes et des travailleurs sociaux : dans ce cadre, un observateur se rend au domicile d’une famille où n’existe a priori aucune pathologie, pour des séances hebdomadaires d’environ une heure d’observation, pendant les deux premières années de la vie du bébé, sans intervenir ni interférer. Il rédige des comptes-rendus qui seront présentés à un analyste formateur à cette méthode, le plus souvent dans un petit séminaire de supervision. Je remercie l’observatrice, Anne-Marie Arinal, d’avoir bien voulu me confier ce matériel ainsi que les membres du groupe pour avoir accompagné et enrichi ma réflexion pendant ces 3 années. (9ème Intersecteur, CMP 20 Villa Compoint 75017 Paris, Médecin-Chef : Dr Patrick Eche)
31- Ce matériel est largement repris de R. Prat  (2003), La « patate chaude » de la honte. Revue Française de Psychanalyse 2003, vol. 67, n° 5 (spécial congrès), pp. 1827-1839
32- Prat R., « Le dialogue des émotions », Revue Française de Psychanalyse, 1989, 5, pp.1345-1369.
33- Racamier P.-C. ," L’inceste et l’incestuel" p.15, éd. du Collège 1995.
34- Israel P., Prat R., Modèle du Rêve, modèle du jeu Une approche de la psychanalyse des états limites, Communication, 46ème Congrès de l’API Chicago, Illinois, USA 2009.