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Congrès international pour les formateurs à l'observation du bébé selon Esther Bick
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°145 - Page 19-21 Auteur(s) : Denis Mellier
Article gratuit

Congrès international pour les formateurs à l’Observation du bébé selon Esther Bick.
Mexico, 29-30-31 mars 2010.

Après le congrès de Lille en 2006 organisé par Pierre Delion et l’AFFOBEB (Association Française des Formateurs à l’Observation du Bébé selon Esther Bick), le congrès de Mexico organisé sous le parrainage de l’Association Psychanalytique Mexicaine vient de se dérouler les 29, 30 et 31 mars. Même si ces congrès regroupent encore peu de monde (entre 30 et 40 personnes), il est intéressant d’en rendre compte car ils indiquent la persistance d’un mouvement qui s’approfondit pour garantir la permanence et le développement d’une méthode clinique et psychanalytique de formation au niveau international.
La traduction simultanée en 3 langues (français, anglais espagnol) permet le rassemblement de formateurs de continents différents (près d’une quinzaine de pays) sur une même question : qu’est-ce qui se travaille dans cette méthode ? Quelques participants l’ont apprise très directement auprès d’Esther Bick, et/ou de Martha Harris, la première à avoir travaillé comme elle en essayant d’adapter cet enseignement à la Tavistock Clinic. Geneviève et Michel Haag sont bien connus en France pour avoir proposé de telles formations (c’est autour d’eux que s’est créé en France le groupe de formateurs), mais Gianna Williams à qui on a rendu un vibrant hommage à Mexico pour son engagement généreux dans de multiples pays (Italie, Brésil, Argentine, Mexique, Indes, Australie, etc.), Jeanne Magagna et Margaret Rustin font en Angleterre partie de cette première génération. Comme tout héritage, mais aussi comme toute découverte, cette formation initialement mise en place pour les psychothérapeutes d’enfants puis les analystes, peut créer des divisions, se dénaturer ou s’affadir. Certaines sociétés psychanalytiques l’ont introduite dans leur cursus, d’autres restant au contraire très critiques envers elle (notamment en France…). Les travailleurs sociaux, les psychologues et autres métiers de relations peuvent également bénéficier de cette formation clinique. Toute cette diversité risque de rendre peu lisible la spécificité du travail psychique propre à cette méthode. Ces congrès se sont ainsi donnés comme objectif de revenir « aux fondamentaux » : partir de la clinique pour mettre au travail les formateurs et leurs différents points de vue, plutôt que de développer des discussions qui peuvent vite devenir stériles, « idéologiques ». Cette année, les observations amenées par Hilda Botero (Bogota)  et Cécilia Pereira (Sao Paulo) ont « décoiffé » le groupe de formateurs : bien sûr la situation sociale était dans un cas très précaire (quartier où il vaut mieux « être un homme et se déplacer de jour » pour y aller…) mais ces familles ont été sous l’impact d’une situation difficile à contenir, déstabilisante - un handicap d’un côté, une adoption de l’autre côté -, qui a pu également se transmettre au groupe.

Des applications très fines ont ensuite été présentées, elles sont maintenant mieux connues depuis les nombreux congrès qui se sont déroulés ces vingt dernières années. Gianna Williams a montré avec la directrice d’un foyer pour les enfants des rues à Puebla (Mexique) comment des « temps spéciaux », individuels, sans interprétation, pouvait soutenir les enjeux identitaires très perturbés de ces enfants issus de bandes, organisées comme des « gangs » où l’individualité se dissout (le parallèle avec Loczy peut également être fait, c’est « l’attention » qui est en soi un véritable soin). Luigia Cresti (Florence) a montré comment en prénatal soutenir la pensée des mères (et des pères) lors notamment de l’échographie (que Soulé, on s’en souvient qualifiait avant d’Interruption volontaire de fantasme). Jorge Tyson (Barcelone) a décliné tout un emboîtement d’applications. Depuis plusieurs années il a pu, en prenant modèle sur le système finlandais de prévention de la psychose, développer de véritables réseaux où des professionnels de la justice, de l’aide sociale à l’enfance, de la protection maternelle ou des lieux d’accueil se côtoient autour d’un même apprentissage (cf. sur le Vaucluse, le travail de Michel Dugnat).

On peut imaginer les effets positifs de cette « politique de l’attention » qui met au centre la clinique partagée très fine du bébé. Ajoutez une réflexion sur les enjeux de la recherche universitaire avec Mickael Rustin de Londres (via Skype) et la grounded theory, une modalité qualitative de recherche à partir des données, et les débats animés avec Régine Prat autour de la stratégie future pour travailler ensemble et vous aurez un aperçu plus précis de ce congrès que nos amis mexicains, Esperanza P. del Pla et Nohemi R. de Polanco, ont pu organiser. Ce congrès avait été précédé d’une manifestation de qualité plus ouverte au public et d’une journée d’études organisée par Clotilde Juarez à l’université qui nous a réuni avec Monica Cardenal (Buenos-Aires).

Comme pour la cure, la réflexion n’est pas terminée sur « ce qui est mis au travail » dans cette méthode. Le travail de contenance et de réceptivité modélisé par Bion nous sert souvent de guide, l’attention jouant ici un rôle majeur. Avec ce congrès il est très nettement apparu qu’il ne faut pas sous-estimer la dynamique familiale, la déstabilisation identitaire de chacun de ses membres, mère, père, fratrie, grands-parents et le processus « d’aimantation » autour du bébé (ou de « séduction maternelle »). Ceci ferait de cette formation une mise à l’épreuve de la psyché dans sa fréquentation avec les enjeux identificatoires (et identifiants !) propres à la naissance d’un bébé dans sa famille. Voilà qui nous donnerait une indication sur le puissant levier clinique qu’elle peut représenter ensuite dans des situations souvent très peu accessibles ou désespérées….