La Revue

Le temps qui passe...
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°145 - Page 46 Auteur(s) : Alain de Mijolla
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Jeudi 30 juin 1892 – Lettre de Jean-Martin Charcot à Sigmund Freud : « Vous m’avez procuré ces jours-ci un vrai plaisir. J’ai lu le 1er fascicule des Leçons du mardi d’un bout à l’autre. Il m’a semblé m’entendre parler en Allemand, et professer dans quelque université germanique : je ne sais laquelle, à Vienne peut-être : on m’écoutait fort attentivement et je vis que je persuadais ; la langue était belle ; cela ne m’étonnait pas puisque je vous écoutais parler, répétant tout ce que je recevais de vous par les yeux. Cela a été comme un rêve ; un rêve agréable - Je vous remercie bien vivement, croyez-le bien, de tout le mal que vous vous êtes donné pour me le procurer. [...] Encore une fois recevez, cher Dr Freud, mes compliments, mes remerciements et
l'assurance de mes sentiments affectueux. Charcot ».

Jeudi 7 juin 1894 – Lettre de Freud à Martha : « II faisait incroyablement lourd hier soir, c’était à peine supportable. Ce matin, je me réveille à six heures, trouve qu’il fait clair dans la chambre et pense qu’il faut profiter de ce rare éveil matinal, je frappe donc à la porte de Marie et me commande un bain, puis je me recouche. En me réveillant une demi-heure plus tard, je trouve la chambre dans une telle obscurité que je ne peux voir l’heure ; je chasse rapidement l’idée que je suis devenu aveugle et me précipite à la fenêtre ; je vois une bande de ciel noir. Quelques minutes plus tard le tonnerre se déchaîne, en un rien de temps la rue est toute blanche, des chevaux s’emballent et des grêlons d’une grosseur fantastique frappent les fenêtres. Je me hâte vers l’arrière de la maison mais, dans le cabinet de travail, la fenêtre était déjà brisée en trois endroits, le bureau inondé, les battants de la fenêtre grands ouverts naturellement. Le spectacle de la terrasse était vraiment grandiose, les portes s’étaient ouvertes toutes grandes et les grêlons couvraient le sol jusqu’au bout de la crédence. L’orage a duré une demi-heure. Les dégâts dans la ville sont énormes. Sur un côté, dans presque toutes les rues (dans la Berggasse, c’est en face de chez nous), toutes les vitres sont brisées, particulièrement aux étages supérieurs. Des rangées de plaques sans une seule intacte comme si des gamins les avaient bombardées avec des cailloux, en particulier au coin des rues et là où les fenêtres n’étaient pas protégées par des saillies, c’en est presque comique à voir. Une femme, venue me voir ce matin, m’a dit très justement que les fenêtres ressemblaient à des cerceaux de cirque quand les chiens les ont traversés. Certaines rues ont été épargnées. Ce sont les arbres qui ont le plus souffert ; dans notre jardin, il y a plus de feuilles par terre que sur les branches, et le pauvre arbre lui-même est déchiqueté et massacré, on dirait qu’il a été lacéré à coups de fouet et dévoré ensuite par des chenilles. (...)  Autrement rien de nouveau. J’écris le soir et espère faire de même aujourd’hui. Quant aux affaires, elles restent moyennes ; on gagnerait plus aujourd’hui à être vitrier que médecin. »

Jeudi 11 juin 1964 – Lettre de François Perrier à Jean Clavreul : « Au lendemain de cette inconvenante Assemblée générale, il aurait été vain et choquant de tenter quelque adresse à un Bureau qui s’est ainsi démontré, voire complu dans sa disqualification. (...) On a vu ainsi comment ce qui fut projet de reconnaissance internationale pour une Société forte de sa notoriété, consciente de la solidité de la cause analytique qu’elle défendait et soucieuse d’étendre ses réseaux de communication scientifique, est devenu pur objectif politique pour des ambitions diverses, mais toutes obtenues au prix de méconnaissances, ou des trahisons rationalisées... Une simple remarque de plus à l’attention des purs qui croiraient encore à des motivations analytiques dans une affaire que les habiletés dialectiques font tôt ou tard parer des vertus de la probité freudienne : que le French Study Group (FSG) comprenne un certain nombre de gens qui doivent l’essentiel de leur formation à celui qu’on a exclu en octobre, montre bien que le seul critère de sélection pour la nomination, par Londres et Chicago, des « bons » analystes français, est la couleur présumée d’un bulletin de vote en décembre dernier. S’il en était autrement, les principes analytiques devraient imposer à tous les « mal » analysés la régression hiérarchique au rang de stagiaires-frappés-de-transfert-non-liquidé, jusqu’à nouvelle tranche libératrice avec un vrai didacticien. A moins que la seule preuve de liquidation du transfert ne se résume à la capacité d’un ex-élève de prendre part active à la condamnation de son Maître. »