La Revue

Le temps qui passe...
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°146 - Page 54 Auteur(s) : Alain de Mijolla
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Jeudi 16 juillet 1885 - Lettre de Freud à Minna Bernays : « La consultation me laisse actuellement pas mal de temps pour écrire des lettres. Je me demande si je ne vais pas accrocher ma photographie dans la salle d’attente avec l’inscription : « Enfin seul » Elle n’y trouverait malheureusement pas d’admirateurs... La marmaille pousse bien. Martin est devenu adorable, si affectueux, une très bonne nature ; il est très intelligent, connaît un grand nombre de mots, répète un tas de choses et comprend presque tout sauf, naturellement, les termes techniques et scientifiques. Olivier crie toujours comme un possédé, mais c’est un très beau bébé et très éveillé. (...) Avec la fillette seulement c’est un calvaire, elle a l’air tellement sauvage et, dans son exubérance, ne sait quelle bêtise entreprendre ; elle dit « non » par principe à tout ce qu’on lui propose et se considère comme dispensée d’obéir. »

Mardi 10 juillet 1900 - Lettre de Freud à Fliess  « Je suis totalement épuisé par le travail et tout ce qui s’y rattache, ce qui y est en germe, ce qu’il a d’attirant et de menaçant. Pour le reste, l’été n’a pas été si mauvais... Concernant les grands problèmes, rien n’est encore décidé. Tout fluctue et s’assombrit, un enfer intellectuel, une strate derrière l’autre ; dans le noyau le plus obscur se distinguent les contours de Lucifer-Amor... La satisfaction que procure aux gens le livre des rêves commence à me laisser froid, et je commence à déplorer son destin. Les gouttes n’ont manifestement pas amolli la pierre. Je n’ai d’ailleurs pas entendu parler d’un autre compte-rendu, les témoignages occasionnels de reconnaissance chez les personnes que je fréquente ont sur moi un effet plus offensant que l’habituelle condamnation silencieuse. Jusqu’ici je n’ai encore trouvé que moi-même pour des corrections à faire. Le livre est et reste sans doute vrai. »

Mardi 2 juillet 1963 - Serge Leclaire, dans son discours d’ouverture de l’Assemblée Générale Ordinaire de la Société Française de psychanalyse dont il est le président déclare : « A vrai dire, je pense qu’il y a quelque paradoxe à parler de société d’analystes ou de société d’analyse. Je me suis souvent interrogé sur ce que pouvait être une telle société, et je m’interrogeais en me demandant si cela devait être un syndicat, une association de défense professionnelle, ou bien un genre d’association, amicale d’anciens, d’anciens de quelque chose, ou comme il est dit dans notre titre un groupe de recherches, - tout en m’étonnant chaque fois, car un groupe de recherches est en général un groupe assez restreint, composé de gens qui se choisissent entre eux et qui travaillent entre eux. S’agit-il d’une école ? Car il se trouve que les sociétés d’analyse ont aussi une fonction de formation... Ce que je puis vous dire c’est ce qu’il me semble qu’elles sont habituellement dans le monde. Les sociétés d’analyse ayant à faire face justement à toutes ces exigences que je vous ai dites, à savoir d’être un syndicat, une association professionnelle, une école, un groupe de recherches, une amicale d’anciens, sont très partagées et ont de grandes difficultés à s’organiser, si bien que ce que l’on voit le plus souvent dans les sociétés d’analyse ce sont d’un côté des gens qui se consacrent à l’administration de la Société, tout en étant des analystes en exercice, bien sûr, mais enfin un petit peu relégués au niveau d’anciens analystes, qui du fait même de leurs tâches d’administration n’ont guère le temps de s’occuper de travaux de recherches, et comme on dit n’ont guère le temps de s’occuper de travaux d’analyses, - ce sont les administrateurs, les pions, ceux qui surveillent les présences, ceux qui envoient les convocations, enfin qui font tout le travail ennuyeux, mais enfin ça les amuse et en fin de compte c’est bien ainsi car l’analyse a cessé de les intéresser; - et puis d’un autre côté, dans ces sociétés, vous avez les analystes qui travaillent, qui se disent qu’après tout ces problèmes d’administration c’est de la politique, ça ne nous intéresse pas, nous ce qu’on veut c’est travailler et travailler ensemble, et ceci avec ou sans la Société, après tout peu nous importe, on fait partie de la Société, on y fait de temps en temps des communications, mais pour ce qui est à proprement parler d’administration, du fonctionnement de la Société, on ne s’en occupe pas. »