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Les récits du temps
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°149 - Page 20-21 Auteur(s) : Marie-José Mouras
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Les récits du temps

Cet ouvrage collectif actualise de façon heuristique une rencontre entre historiens et psychanalystes autour du temps. Jacques André rappelle l’hétérogénéité de la notion de temps que l’historien et le psychanalyste retrouvent dans leur pratique respective : « L’historien et le psychanalyste dialoguent à distance, leur objet, leurs méthodes  ne se confondent pas. Cela n’empêche pas les rencontres ». François Hartog tente une approche de la possible temporisation du temps. De façon tout à fait pertinente, l’auteur décrit les liens entre temps et récit. L’homme construit sa propre relation au temps. La contribution de Michael Parsons peut se résumer par la citation suivante : « être pleinement vivant, c’est être capable de ce travail, à l’aide d’un jeu d’après-coup et d’avant-coup dynamique, d’une manière qui permette à la question des origines et de la mort d’entrer en résonance avec le sens de la vie actuelle ». L’auteur propose le concept d’avant-coup comme capacité de « rendre le présent vivant grâce à la reconfiguration inconsciente perpétuelle de notre disponibilité pour l’avenir ». « Le moment présent est issu de la rencontre inconsciente entre un après-coup et un avant-coup ». Parsons évoque l’utilité pour le psychanalyste de ne pas vouloir comprendre ses interprétations, ce qui laisse une part de créativité au processus thérapeutique. « Donner du sens à la sexualité qui nous a donné vie et à la mort qui viendra y mettre fin, est le travail psychique de toute une vie ».

L’anthropologue Gérard Lenclud pose la question de savoir « quel est ce présent que pourraient instituer en commun des hommes non seulement privés par les hasards de la vie du même passé mais dont les passés respectifs ne valent pas pareillement en tant que passé ? ». « Les traditions s’élaborent au présent et instrumentalisent le passé. Ce dernier est un matériau dont on use, voire un pavillon que l’on brandit. Les sociétés auraient en somme des traditions à la commande et un passé à la carte ».

À l’aide d’une vignette clinique, Isée Bernateau montre que « le temps du psychanalyste est un temps spécifique, distinct de celui du physicien, du philosophe, de l’historien et de l’anthropologue. Pour la temporalité psychique, ce n’est pas la question du temps conscient qui fait a priori problème mais plutôt celle de sa canalisation avec le hors-temps dont Freud n’a cessé de postuler qu’il régnait dans l’inconscient ». Par l’approche de la notion de temps social, Thomas Hirsch permet de remettre en cause les cadres réflexifs de notre approche des collectivités humaines et par là-même nous donne une lecture plus intelligible de notre temps présent et en particulier des transformations des trente dernières années.

Monique David-Ménard analyse de façon convaincante le poids du transfert en lien avec la fragmentation du récit de l’analysant. Citons là : « On dira plutôt que c’est la répétition de quelque chose qui se présente comme immémorial et que l’analyste peut déchiffrer car il en est, dans le transfert, l’instrument qui donne au temps du sujet son caractère paradoxal : comme le plus singulier se profile dans une répétition aux limites de ce qui peut se dire, le récit est nécessairement fragmenté puisque que ce sont ses points d’arrêts qui importent autant que sa continuité »… le temps n’est « ni immémorial, ni virtuel mais fragmentaire ».

Dans une dernière partie, Sylvie Dreyfus-Asséo analyse le dispositif de la cure et la façon dont il permet, par le transfert, au patient, de se réapproprier un temps dans lequel il peut s’inscrire. Par le dialogue qu’il instaure entre les disciplines, cet ouvrage analyse la façon dont la notion de temps est une construction reposant sur des variables complexes. L’un des grands mérites de cet échange est aussi de questionner le cadre analytique au sein duquel le temps est à la fois enjeu et contrainte. Peut-être qu’à partir de cette réflexion ici présentée, la durée de la séance pourrait être abordée de façon plus sereine ?