La Revue

Squiggle
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°151 - Page 54 Auteur(s) : Christian Robineau
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Quel est l’intérêt de s’allonger sur un divan ? La psychanalyse fait-elle perdre la foi religieuse ? Quelle est la différence entre une psychanalyse et une psychothérapie ? Combien de temps dure une séance d’analyse ? La psychanalyse peut-elle dire quelque chose du politique ? La psychanalyse se soucie-t-elle de la guérison ? 
Clichés, direz-vous. Questions bateaux, tout juste bonnes à figurer dans la rubrique « Courrier » d’un magazine féminin. Mais tentez donc, ne serait-ce qu’un instant, d’embarquer sur l’un de ces bateaux et de le faire voguer sans immédiatement sombrer, au choix, dans le jargon incompréhensible par le vulgum pecus ou l’outrageuse simplification qui fera ricaner vos collègues restés au port. « Ô combien de marins, combien de capitaines / Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines / Dans ce morne horizon se sont évanouis !1». Les courageux matelots de Squiggle.be (J. Dupont, J. Florence, V. Magos, F. Martens, D. Scarfone et d’autres encore) soutiennent, eux, que l’on aurait tort de ne voir dans ce genre d’interrogation « que résistance à l’analyse et de refuser de répondre de notre pratique, de notre spécificité, à notre manière. » Pour eux, « Il s’agit plutôt de faire entendre, à la première personne du singulier, sa manière d’être analyste, sa relation à l’analyse, à son analyse, à la théorie, aux collègues… » Quelques dizaines d’analystes de tous horizons, illustres ou non, viennent ainsi apporter chacun sa réponse à l’une des questions composant une liste qui s’enrichit au fil des demandes des internautes.
Mais ce n’est pas, loin de là, la seule richesse de ce site foisonnant de débats (dont beaucoup portent sur la place de la psychanalyse dans la cité), d’entretiens (R. Gori, J. Laplanche, S. Zizek, P. Legendre, Ch. Dejours, etc.), de recensions d’ouvrages, de textes parmi lesquels celui, magnifique, de F. Gantheret sur l’écriture (« Du nécessaire naufrage du moi »), dont un passage pourrait résumer la démarche de ce site singulier  : « Il y a une défaite, une déroute du moi, requises pour accueillir enfin un mot qui n’est pas le “beau” mot cherché, mais qui porte le frémissement de la vie, qui n’est pas réponse mais appel à d’autres mots. Un mot vivant, c’est-à-dire voilé de cette légère incertitude, marqué de cette imperceptible rugosité qui le fait messager de l’étranger. »

1. Hugo, bien sûr (« Oceano Nox »). Mais « Titanic, c’est paquebot, c’est émouvant, aussi » (F. Fontaine).