La Revue

Hommage à Hannah Segal (1918-2011)
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°156 - Page 49 Auteur(s) : Jean-Michel Quinodoz
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Figure majeure du courant psychanalytique kleinien, bien connue des psychanalystes francophones dont elle parlait couramment la langue, Hanna Segal est décédée à Londres le 5 juillet 2011.

Née en 1918 à Loetz (Pologne), Segal fut très tôt attirée par la psychanalyse, motivée inconsciemment dira-t-elle plus tard par le désir de surmonter un sevrage traumatique à l’âge de 3 mois et la perte de sa jeune sœur décédée deux ans plus tard de la scarlatine. Ces expériences survenues dans sa première enfance expliquent sans doute son intérêt pour l’analyse d’enfant et pour le rôle joué par les angoisses précoces sur la vie fantasmatique adulte.

En 1940, Segal se réfugia en Angleterre, entreprit une analyse avec Mélanie Klein et fut reçue comme membre de la Société Britannique en 1947. Les années 1950 furent pour Segal particulièrement fertiles en idées nouvelles, stimulées par les échanges avec Mélanie Klein, Herbert Rosenfeld, Betty Joseph et Wilfred Bion. Segal n’a pas été seulement une ambassadrice des idées de Mélanie Klein à travers le monde, elle a également apporté des contributions originales.

Ainsi Quelques aspects de l’analyse d’un schizophrène (1950) présente le récit du premier traitement d’un patient psychotique en utilisant une approche strictement psychanalytique, avec des modifications mineures du cadre. En 1952, dans Une approche psychanalytique de l’esthétique, Segal développe des hypothèses originales sur l’origine de l’impulsion créatrice vue sous un angle psychanalytique. En 1957, dans Note sur la formation du symbole, elle introduit la notion inédite d’équation symbolique, forme primitive de symbole caractéristique de la pensée concrète, notion qu’elle distingua de la représentation symbolique ou symbole vrai. Mentionnons aussi La peur de la mort : notes sur l’analyse d’un homme âgé (1958) qui eut un grand retentissement. Ajoutons qu’à partir des années 1980, Segal milita activement en apportant un éclairage psychanalytique spécifique pour comprendre les causes et les dangers des armes nucléaires. Jusqu’au terme de sa vie, Segal a continué à effectuer des supervisions très appréciées. Après une brusque aggravation de son état de santé, elle s’est éteinte paisiblement à son domicile londonien à l’âge de 92 ans.