La Revue

Centre de référence sur le jeu excessif
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°157 - Page 42 Auteur(s) : Sylvain Missonnier
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À côté des addictions classiques comme les toxicomanies, l’alcoolisme ou le tabagisme, liées à la consommation de substances psychoactives, un autre champ s’impose en France depuis deux décennies : les addictions sans drogue. Les principales « conduites addictives » de ce type sont le jeu pathologique (en présentiel ou en ligne), les achats et les débits compulsifs, la cyberdépendance, le sport extrême ou intensif, certains troubles des comportements alimentaires, les dépendances affectives, sexuelles ou sectaires… sans oublier la plus proche de beaucoup d’entre nous : l’ergomanie (l’addiction au travail). La liste est longue et l’addiction est menacée de devenir une véritable auberge espagnole !

Face à la clinique de la modernité, la prise de conscience des professionnels est forte actuellement en ce domaine mais les données de la littérature sont difficiles d’accès et les formations et les recherches rares. Dans ce contexte, le Centre de Référence sur le Jeu Excessif (CRJE) mérite l’attention de l’internaute. Il est né d’une initiative du Pôle universitaire d’addictologie et psychiatrie du Centre Hospitalier Universitaire de Nantes (Pr Jean-Luc Venisse). Ce service a acquis au fil des années une expérience originale de consultations ouvertes aux  joueurs de jeux de hasard, d’argent et de jeux vidéo. D’ailleurs, grâce à la double face poison/médicament du pharmakon, le CRJE a bénéficié du soutien de La Française des Jeux et du PMU qui développent actuellement une politique de jeu « responsable » visant une prévention du jeu excessif. Au Québec et aux Etats-Unis, les études donnent un pourcentage de joueurs « problématiques » compris entre 0,4 et 3,4 % de la population. La prévalence en France n’a pas encore été clairement établie.

Cette première structure à réunir officiellement sur le territoire français une activité de recherche, de formation et d’information sur le jeu excessif arrive donc à point nommé. Sur son site, le centre de documentation est convaincant par son contenu et attractif dans sa forme. Les annuaires des centres de soins seront fort utiles aux cliniciens. Un lien avec la précieuse liste des praticiens de « La guilde » travaillant autour de la question de l'addiction aux jeux vidéo répondra aux demandes singulières en ce domaine.

Un bémol face à ce bel édifice : la vision comportementale des « conduites addictives » est aussi omniprésente que lisse. Cette option théorique semble « couler de source » et ne s’accompagne jamais de la moindre discussion privant le lecteur clinicien des incontournables et féconds débats psychopathologiques et épistémologiques en la matière. Le programme de la prochaine formation, manifestement pluriel dans ses approches théoriques, modère quelque peu cette absence.