La Revue

Hommage à Michel Soulé : Le départ d'un ami
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°161 - Page 17 Auteur(s) : Pierre Ferrari
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Michel Soulé a consacré sa vie professionnelle au service du développement de la psychiatrie de l'enfant. Il l’a fait avec une intelligence, un dynamisme, et un esprit novateur qui donnaient à sa pensée une modernité, hors du commun, à une époque où notre discipline restait quelque peu enfermée dans des conceptions organicistes figées souvent désuètes et des descriptions de nosographie réductrices. Tout cela a fait de lui un participant actif de cette « Révolution Culturelle » que fut le grand mouvement qui, dans les années 70-80, a rénové en profondeur la compréhension psychopathologique de l'enfant, a contribué à repenser le soin en pédopsychiatrie et à organiser, en fonction de cela, de nouvelles structures thérapeutiques, au sein de « secteurs de pédopsychiatrie ». Michel a dès lors occupé une place de choix au sein de la pédopsychiatrie française. Ses capacités de réflexion et de théorisation du «  fait psychique humain », son regard étonné, curieux et enthousiaste sur le monde, sa culture  faisaient de Michel, un être tout particulièrement doué pour percer le mystère du monde… du mystère d’une Maternité de Bellini… au mystère des premières images échographiques du surgissement de la vie.

Fidèle à lui-même, il allait ainsi repérant de nouveaux espaces de recherche, ouvrant de nouveaux champs de réflexion et faisant partager découvertes et réflexions à qui voulait les découvrir avec lui. C'est dans cet esprit qu’il fut, avec d'autres, un des pionniers des études sur la psychopathologie du nourrisson d'abord, puis plus tard sur la vie foetale.

Amoureux de la vie, il l’aimait dans tous ses aspects :  s’amusait en regardant, et comprenant, l’agitation des hommes et des femmes pour les petites choses,  sans pourtant toujours partager celles-ci. C’était ce trait de personnalité qui lui permettait d’être extrêmement aimé et apprécié par des personnes tout à fait différentes présentant des orientations et des intérêts parfois en opposition ou en contraste avec les siens. Nous nous connaissions de longue date et nous nous sommes de nouveau retrouvés, avec d’autres, et tout particulièrement le professeur Graziella Fava Vizziello, autour d'un projet : celui de la création de l'AEPEA. L’AEPEA est née de notre volonté et de la sienne pour promouvoir la psychopathologie de l'enfant et de l’adolescent en Europe, avec ce souci original tout en s’ouvrant  sur le monde : œuvrer  au développement de la pensée psychopathologique sur l’enfant au sein de l’originalité propre à chaque culture. 

Nous avons partagé avec lui durant nombre d'années cette « Expérience » qu’il a toujours activement accompagnée, à chacune de ses étapes et de ses congrès au travers l'Europe, en l’enrichissant de ses idées originales et de l'amitié sans faille qu’il nous témoignait. Nous sommes tristes de devoir continuer notre chemin sans lui, mais sa pensée,  son amitié, sa mémoire continueront de nous accompagner longtemps.