La Revue

Michel Soulé ou le Gai Savoir
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°161 - Page 19-20 Auteur(s) : Drina Candilis-Huisman
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Lorsque Michel Soulé s’est intéressé au travail de notre petite équipe auprès des parents et futurs parents aveugles, son intérêt n’a pas seulement contribué à nous faire connaître à l’extérieur, mais il a surtout contribué à nous transformer de l’intérieur. Nous avons ainsi eu la chance d’être des bénéficiaires et des acteurs de la  « Méthode Soulé ».

Première chose : pas de clinique sans recherche-action. Chaque mois il réunissait toute notre équipe jusqu’à des heures tardives, chez lui, pour confronter notre travail à des invités prestigieux. Chacune à notre tour, nous exposions sur des sujets qu’il nous avait attribué après avoir sué sang et eaux (et sans jamais nous plaindre) tout le mois qui précédait pour être à la  hauteur de son attention. Ses remarques nous entraînaient toujours sur un terrain qui, évidemment, ne nous était pas apparu. Il le faisait cependant avec bienveillance et la soirée se terminait par des gâteaux et du champagne. De ces séminaires sont issus des articles, des conférences et des recherches autour de concepts innovants, autant de pistes que nous n’avons pas fini d’exploiter.

Deuxièmement, une clinique généreuse. Grâce à lui les portes du service ne se sont pas simplement ouvertes à des parents singuliers, mais nous avons accueilli les inquiétudes de leurs enfants, bébé ou ado, celles de leurs fratries ou celles de leurs parents. Avec lui, le transgénérationnel n’était pas qu’un concept mais une réalité familiale que nous rencontrons dans toute son épaisseur.

Troisièmement : des méthodes de travail. Il nous a incités à organiser avec lui des groupes de paroles thérapeutiques pour les mères, mettant à notre service sa longue expérience psychanalytique. La présence toujours active aujourd’hui de plusieurs d’entre elles au sein du groupe est une des conséquences du transfert positif qu’il savait susciter. Surfant sur cet élan, nous avons mis en place des groupes de pères qu’il n’a pas pu partager avec nous, faute de temps. En grand connaisseur de la dynamique groupale, il nous avait montré ce qu’elle apporte à chacun, professionnel ou patient, parent en situation de handicap ou non et comment passer du particulier au général et comprendre ce que cette attention à un groupe singulier nous apprend « pour toutes les autres mères ». Sa disparition nous a mis dans le devoir de poursuivre notre route avec gaité et rigueur, comme il a si bien su nous l’enseigner.