La Revue

Michel Soulé et la psychanalyse
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°161 - Page 21 Auteur(s) : Paul Denis
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Michel Soulé rassemblait, avec une intelligence et un humour confondants, l’expérience du pédiatre, du psychiatre d’enfant et du psychanalyste. La psychanalyse avait développé chez lui une perception sensible de ce qui pouvait se dérouler dans la tête d’un enfant en difficulté ainsi qu’entre lui et ses parents. Il disposait d’un art très personnel de la consultation thérapeutique qui lui permettait de dénouer des symptômes gênants avant qu’ils ne s’incrustent. Si les évaluateurs d’aujourd’hui avaient vu travailler Michel Soulé, avaient entendu les discussions cliniques qui se déroulaient entre Léon Kreisler, pédiatre, Michel Fain, psychanalyste, et lui-même à propos d’enfant souffrant de divers troubles somatiques, ils auraient une autre idée de ce que la psychanalyse apporte à la pédiatrie, à la psychiatrie de l’enfant et y compris à l’abord de ce que l’on appelle aujourd’hui les « Troubles envahissants du développement ». Un enfant réputé autiste n’a pas seulement besoin de pédagogie et d’apprentissages, il faut aussi lui permettre de restaurer ses capacités de relations affectives avec les autres. Il n’est pas question de le « psychanalyser » mais de lui permettre de rétablir ou de reconstruire des échanges affectifs suffisants et d’aider les parents à retrouver confiance dans l’avenir. L’un des mérites de Michel Soulé a été de comprendre que le rôle de la psychanalyse est souvent indirect en ce qu’il permet à un soignant, ou à une équipe de soignants, de percevoir et de comprendre, - et par conséquent de supporter - les modes de communication déroutants du petit patient dont il a la charge, et d’apporter aux parents, un soutien efficient.

Intéressé par tout ce qui avait trait à l’enfance, de la vie fœtale à l’adolescence, Michel Soulé a toujours montré la complexité des facteurs en jeu, mais aussi souligné tout ce qui pouvait permettre d’espérer ou de fonder une évolution favorable. Son plaisir à travailler, à enseigner - si géné­reusement -, à lire,- et aussi à rire - étaient également communicatifs.