La Revue

Michel Soulé et les enjeux psychologiques de l'échographie
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°161 - Page 23 Auteur(s) : Luc Gourand
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En 1990, j’ai rencontré Michel Soulé à l’une de ses premières réunions interdisciplinaires de réflexion sur le diagnostic pré-natal. Je devais présenter un papier intitulé : ce qui peut être dit lors des échographies prénatales, qui relève de l'information et/ou de l'action. J’avoue que j’y allais à reculons, impressionné à l’idée de déballer mes incertitudes devant un Professeur de Psychiatrie qui devait inévitablement percer à jour mes manquements. Il conclut son commentaire par cette boutade : Qu'est-ce qu'un bon échographiste ? C'est quelqu'un qui dit gentiment à la dame : « Je vous en prie, installez-vous, nous allons piétiner ensemble votre bébé imaginaire ». Et il ajouta : « Vous faites un drôle de métier, mais c’est quand même moins grave que d’assassiner des vieilles dames dans le métro ! » Je ne me doutais pas que j’étais en face d’un magicien qui allait m’aider à explorer les méandres et les non-dits des arrière-plans de ce métier. Percevant que j’étais disposé à le suivre dans son intérêt pour le prénatal, il m’a fait l’honneur de m’associer à son groupe de travail sur Les enjeux psychologiques de l’échographie avec Marie-José Soubieux et Sylvain Missonnier. Au milieu de ces psychanalystes, j’étais le seul travailleur manuel et, tout en leur fournissant du combustible, je venais puiser, dans leur approche extérieure et leur expérience, matière à réconfort. A cette époque, dix ans avant « les affaires », régnait un certain flou éthique et juridique concernant le diagnostic prénatal et chacun se débrouillait un peu comme il le pouvait. C’est là que Michel Soulé apparaît comme un précurseur en démontrant la nécessité d’une réflexion pluridisciplinaire. Un visionnaire qui faisait rire avec cette idée saugrenue de la psychiatrie fœtale.

Il nous faisait comprendre que l’échographiste ne peut pas faire l’économie d’une interrogation sur sa pratique, précisément là où sa seule technicité est inadaptée, lorsqu’il se trouve confronté à ses propres limites face à la détresse de l’autre. Un travail long et sans doute peu spectaculaire, mais qui devait apporter un apaisement et des satisfactions importantes, bénéfiques à la qualité soignante. Il y a des rencontres qui comptent. J’ai eu le privilège de croiser Michel Soulé et de faire un bout de route avec lui. Au cours de ces vingt années, sa créativité pleine d’humour a profondément marqué ma vie professionnelle et m’a permis de nombreux développements. Qu’il en soit mille fois remercié.