La Revue

Michel Soulé et la médecine foetale
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°161 - Page 23-24 Auteur(s) : François Jacquemard
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Quand je suis arrivé en 1991 dans le service de médecine fœtale  dirigé par Fernand Daffos  à l’Institut de Puériculture de Paris, j’ai découvert la place entière dévolue aux psychanalystes dans le service. Leur participation aux staffs et réunions de synthèse était, trois ans après l’ouverture du service, un fait acquis. Double découverte, d’un service entièrement dédié au fœtus malade, et d’une équipe associant étroitement obstétriciens, échographistes, biologistes, psychanalystes, où il paraissait tout aussi important de raisonner sur le taux de plaquettes fœtales, que sur la psychopathologie de la périnatalité. Pour les patientes hospitalisées, pour explorations fœtales ou interruption médicalisée de la grossesse, le contact avec un psychanalyste était toujours annoncé, et proposé, en prévenant les patientes que bien sur elles pourraient refuser de lui parler quand il ou elle rentrerait dans leur chambre. Par ce geste fort, nous affirmions aux patientes l’importance qu’avait pour nous la prise en charge sur le plan psychologique.

Cette place donnée aux psychanalyste se retrouvait au staff, où le retour des entretiens était communiqué par le psychanalyste,  ce qui devait être un exercice difficile pour eux, en tachant à la fois de respecter ce qu’il y avait de personnel dans  le ou les entretiens qu’il y avait eu, en permettant d’expliquer au reste de l’équipe ce qui pouvait se passer sur le plan psychique  pour la patiente et le couple, et ce faisant en participant à l’éveil de l’ensemble des intervenants à un raisonnement de type psychanalytique.

Cette place, nous l’avons reconnue avec Fernand Daffos, en demandant à l’équipe de psychanalystes de rédiger un chapitre entier, dense,  de notre ouvrage Grossesses à hauts risques pour raisons fœtales (Editions Elsevier, 2003). Quel autre ouvrage de médecine fœtale comportait à ce moment là un article consacré à l’investissement du fœtus, ou à la place des grands-parents dans la médecine fœtale ?

L’apport de Michel Soulé et de son équipe, c’était cela, cette place reconnue dans ce service expérimental, après les réticences qu’il avait sans doute fallu vaincre de part et d’autre pour arriver à cette collaboration.

La présence de Michel Soulé, ce fut aussi pour moi, après quelques discussions, de l’accueillir comme «  stagiaire » dans ma salle d’échographie pendant quelques années.  Présence silencieuse pendant les échographies de référence, présenté au début de l’examen «  Madame, je vous présente le Pr Soulé qui va assister à votre échographie », pas de refus, quelques questions pour savoir de quoi il était  spécialiste. Michel Soulé a détaillé ce qu’il avait pu tirer de cette participation aux examens échographiques. Pour moi je n’y voyais que des  avantages : donner une dimension supplémentaire à l’examen, pouvoir parler avec lui également, et surtout il était fascinant, en ayant été acteur de ces consultations d’échographie, où il parlait peu mais observait beaucoup, de le voir rapporter cette expérience, de comprendre comment, de la réalité des situations cliniques, il tirait les éléments qui permettaient d’éclairer notre compréhension des processus psychologiques en jeu.

Pour moi, ce compagnonnage  avec Michel Soulé et son équipe fut une révélation, un soulagement aussi, autant qu’une ouverture : révélation  que quelque soit l’importance du geste technique, il n’avait que peu de valeur sans prise en compte de  la patiente et du couple dans la relation à leur futur enfant.  Je n’ai plus jamais pratiqué ma spécialité comme avant.

Michel Soulé et son équipe m’ont aidé à remettre la patiente, le couple, au coeur de l’acte médical de diagnostic prénatal, à comprendre le caractère si violent de  la médecine fœtale dans ses annonces, même faites avec la plus grande humanité et empathie  possibles. Il m’a appris à écouter : plus je prenais conscience de l’importance de ce qui se passait, plus j’essayais de ne pas être intrusif, de respecter les choix, les silences, les approches, les doutes des patients.

Ce sera pour les obstétriciens et praticiens de la périnatalogie, une prise de conscience majeure, de la spécificité de la psychologie de la périnatalité avec une patiente qui arrive avec son histoire, ses projections, la place qu’elle donne à son enfant à naitre,  l’inscription dans la lignée, la réparation éventuelle de certaines situations. Quand un problème survient en médecine fœtale, ces projections explosent, la future mère y réagissant avec tout ce qui constituait l’essence de son psychisme et de ses projections, le rôle de l’équipe étant d’apporter non seulement un acte technique, mais également de replacer ce qui se passe dans sa propre histoire, celle de sa famille, celle de son couple.

Il exprimait les «  vignettes cliniques » qu’il présentait, qui étaient parfois tirées de nos consultations communes avec son merveilleux talent de conteur et d’enseignant.

J’aimais la joie qu’il exprimait en transmettant, la curiosité  continuelle qui l’animait.

Je ne peux écrire cet hommage sans évoquer Yolaine Quiniou, qui nous a quitté il y a un peu plus d’un an, ainsi que Marie-José Soubieux, François Sirol, Antoine Guedeney, Linda Morisseau. A travers eux, et sans doute bien d’autres, l’enseignement de Michel Soulé se poursuivra.

Merci, Monsieur Soulé.