La Revue

La méthode Soulé pour penser, prévention, prédiction, précaution
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°161 - Page 27 Auteur(s) : Rémy Puyuelo
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La question décisive pour le destin de l’espèce humaine me semble être de savoir si et dans quelle mesure son développement culturel réussira à se rendre maître de la perturbation apportée à la vie en commun par l’humaine pulsion d’agression et d’auto anéantissement…Et maintenant il faut s’attendre à ce que l’autre des deux « puissances célestes », l’éros éternel, fasse un effort pour s’affirmer dans le combat contre son adversaire tout aussi immortel. Mais qui peut présumer (prévoir) du succès et de l’issue ? ». Ultimes phrases de Malaise dans la Culture, S. FREUD (1929-1931), Œuvres Complètes, Ed. PUF, Tome XVIII, 1926-1930.

 

 J’avais l’intention de vous dire qu’on peut :

-       contredire la prédiction,

-       montrer les limites de la prévention

-       et m’insurger contre le principe de précaution malheureusement inscrit dans notre Constitution depuis 2005 qui interdit de plus en plus dans nos institutions la prise de risque la créativité sans lesquelles l’enfant est l’adulte ne peuvent grandir psychiquement.

-       J’ai changé de sujet… C’est possible avec Michel Soulé.

Je vais prendre un autre biais pour aborder notre sujet i, celui de la Méthode Michel Soulé, pour aborder les grands problèmes de l’enfance, le charivari Soulien permet comme vous allez le voir de nous mettre dans une situation d’inquiétante étrangeté qui ouvre au nouveau, à la pensée et à de nouvelles formes d’intelligibilité, il ouvre à la rencontre et à l’imprévisible en cela on peut dire qu’elle est un modèle pour penser.

J’ai une prévention contre la prévention. Je suis ni pour, ni contre… bien au contraire. C’est par le paradoxe que je débute mon propos.

Michel Soulé me met toujours dans des situations difficiles. Que poursuit-il au fil des ans, me questionnant chaque année à la manière de la sphinge. Et moi, vieil Œdipe, je dois chaque fois trouver à la fois la réponse… mais aussi la question.

Je reviens toujours… et vous aussi dans l’attente pas forcément d’informations, ou de découvertes fondamentales mais dans l’attente de pouvoir penser en liberté… à l’affût de trouvailles dont il a le secret. Vous avez vu le sujet, cette année « les 3 P,  vous voyez ce que je veux dire ».

Ces 3 P sont de véritables casse-tête pour moi. Il les a rassemblés à sa manière, opposés, complémentaires, paradoxaux ?

Mais voilà qu’un quatrième P surgit en moi : Prévention, Prédiction, Précaution, PEUR.

-       De quoi ai-je peur ?

-       De quoi a-t-il peur ?

Ce sera le thème de mon intervention. Quid de notre angoisse.

De quoi devons-nous avoir peur ?

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Sur le chemin de la Maison de la Chimie, il est là et attend avec humour, les yeux à demi fermés et un vague sourire aux lèvres.

Dans un premier temps, je vous propose un remake d’un texte de Michel Soulé paru en 1980 dans la Revue Française de Psychanalyse (Œdipe au cirque le Clown blanc et l’Auguste)… et qui est toujours d’actualité : Le Cirque de la maison de la Chimie.

Depuis un an le spectacle est annoncé, la caravane s’installe à la maison de la Chimie. Elle installe les bases de l’illusion dans un espace jusque là vide et l’investit totalement. Les gens du voyage sont là pour une journée et le lendemain poursuivront leur route. Le chapiteau se monte avec Marie Rat, Martine Druenne….. « Entrez, entrez ! Et vous verrez !! »… Les enfants adultes envahissent les gradins, la piste s’éclaire.

Michel Soulé, Monsieur Loyal, et son fouet en limitent l’accès.

Mais sur l’ère de jeu tout devient possible : jongleurs, équilibristes, trapézistes, dompteurs, animaux féroces, éléphants lâchant d’énormes cacas devant tout le monde son là. . Il n’y a pas de femme phallique écuyère ou funambule cette année. Numéros de maîtrise et pulsionnels sont à l’œuvre. Le cauchemar est sous contrôle. Cette grande famille de saltimbanques figure un roman familial et  le programme  incite le spectateur à venir.

Nous attendons tous les clowns et les duos de l’Auguste et du Clown blanc.

Monsieur Loyal (Michel Soulé) à la fois propriétaire de la maison, chef de famille et employeur, s’est déguisé en Clown blanc. Il caricature la grande personne et illustre l’incapacité de l’enfant spectateur à distinguer vraiment l’image paternelle de l’image maternelle.

Monsieur Loyal est aussi l’Auguste sale, obscène, qui souffre d’angoisses infantiles. Il parle avec un accent bébé. Ses chagrins sont enfantins, il copie maladroitement l’adulte, il se comporte comme un pervers polymorphe et son hymne est caca-boudin. Il porte en lui derrière la défense maniaque, la dépression de l’enfant.

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Le spectacle peut commencer. On va assister à un de ces numéros typique, véritable « moment d’éducation psychanalytique» (S. Freud, 1930). Le numéro de clown reprend le thème de l’éducation et le caricature. Les clowns donnent un écho fidèle de ce que l’enfant perçoit derrière tout ce qui est généralement expliqué par une entrée de clowns.

La piste est entièrement dans l’obscurité. Soudain, au centre, un réverbère s’allume et diffuse un disque de lumière qui laisse le reste du cirque dans l’ombre. Sous le réverbère, l’Auguste semble cherche quelque chose sur le sol. Il va, vient, se penche, marche à quatre pattes, toujours dans la zone éclairée. Un moment se passe ainsi, silencieusement. Survient le Clown blanc qui entre dans la lumière. Il contemple l’Auguste qui l’ignore. Quelques instants s’écoulent, toujours en silence, puis le Clown blanc se met aussi à chercher. Les deux se déplacent de-ci de-là, dans la lumière et soudain ils se heurtent, l’Auguste tombe en faisant une cabriole.

 

-L’Auguste. – Bonjour Monsieur. Excusez-moi Monsieur.

-Le Clown blanc. – Bonjour Monsieur. Que faites-vous ici ?

-L’Auguste. – Je cherche, je l’ai perdu tout à l’heure.

-Le Clown blanc. – eh, eh ! je vais vous aider à la chercher.

Ils reprennent leurs déplacements et leurs recherches dans la lumière, avec quelques évitements, contorsions, heurts, chutes et galipettes.

-Le Clown blanc. – Décidemment, je ne vois rien ici.

-L’Auguste. – Moi non plus. Mais ça ne m’étonne pas.

-Le Clown blanc. – Comment, ça ne vous étonne pas ! Et pourquoi s’il vous plaît ?

-L’Auguste. – C’est que je ne l’ai pas perdu ici.

-Le Clown blanc. – Comment, vous me laissez chercher alors que vous ne l’avez pas perdu ici ! Mais où l’avez-vous donc perdu ?

-L’Auguste désigne du bras un secteur obscur du cirque.

-L’Auguste. – Là bas, à 3 met et 25 cm au pied du réverbère.

-Le Clown blanc. – Mais pourquoi cherchez-vous ici ? Vous vous moquez de moi ?

-L’Auguste. – Mais non, mais non ! Si je la cherche ici… si je la cherche ici… c’est qu’ici il fait clair !

 

Michel Soulé est à la fois Monsieur Loyal, le Clown blanc et l’Auguste mais dans le jeu il nous permet de nous identifier tantôt à l’Auguste et tantôt au Clown blanc grâce à ses propres capacités d’identification.

Je suis aujourd’hui le Clown blanc et Michel Soulé l’Auguste. Il sait ce qu’il cherche, mais le cherche ailleurs. Moi je suis leurré. Peut être aurais-je aimé trouver… et garder la belle montre en or.

On pourrait se croire sous l’éclairage oedipien certes mais je pense aussi que je suis complètement clivé de ma pertinence, moi qui aurai tellement eu envie de briller.

A l’authentique obscur, peut-on s’affronter comme au leurre éclairé ?

En d’autres termes le registre oedipien reste le phare de la psychanalyse et tout dépendra de notre acceptation ou non des chimères qui peuplent ce monde là (G. Bayle, 1996).

Mettons la montre de côté, dans l’ombre en latence échappant à une recherche vaine et séductrice pour l’Auguste et illusoire et intéressée par le clown blanc.

La montre n’est pas tout à fait perdue, notre sujet, les 3 P non plus. J’entends sont tic tact dans l’ombre avec vos battements de cœur. Ne devenez pas, lecteurs du marc de café, joueurs de tarots dans un retour à l’obscurantisme ambiant. Ne perdez pas votre capacité de penser en apprenant à savoir lire l’heure. Attendez le final musical de mon numéro pour pouvoir partir soulagé en vous disant « De tout cela nous avons pu rire ensemble, mais tu vois bien que les choses pénibles ont une conclusion efficace et heureuse ».

Mais revenons à notre montre. Cet objet mis en latence est assez singulier c’est à la fois un appareil qui mesure le temps et un mot qui indique une direction. Mise en espace et en temps nous retrouvons nos 3 P.

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Ce que j’essaie de vous montrer c’est un problème de regard, de mentalité face à ces questions fondamentales que nous fréquentons dans notre travail quotidien et dans nos vies.

C’est la « Méthode Soulé » qui constamment déjoue pour jouer sérieusement, c’est-à-dire une façon de jouer en touche, avec humour, créant de l’inquiétante étrangeté au service du nouveau. C’est un des seuls psychanalystes, à ma connaissance, qui ne renonce pas à une pensée analytique en la mettant au servie des problèmes de société qui bouleversent les données sociales, pédagogiques et éducatives actuelles.

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Le temps passe, vous devez vous dire, à juste raison, où veut-il en venir ?

Les 3 P nous renvoient au temps. Encore Michel Soulé qui dans son dernier livre écrit un chapitre (Soulé 2006) « L’origine de l’éternité ». Cette notion est éminemment Soulienne : « les notions d’évolution, d’hérédité mais aussi d’origine de l’homme ont besoin de l’éternité pour dit-il, être expliquées. Les milliards d’années ne veulent rien dire… Pour l’espace non plus, il n’y a pas de carte Michelin »…

Brutalement, sans raison apparente, Michel Soulé poursuit par une citation de Woody Allen : « l’éternité c’est bien, mais c’est un peu long, surtout vers la fin » et parle aussitôt du hasard de la langue française, de notre rangement alphabétique, du Dictionnaire  Robert, le mot qui vient de suite après « éternité » est « éternuement » ? 

Est-ce qu’une des obsessions de Michel Soulé ne serait pas le temps. Je le crois. D’ailleurs il s’est plongé dans le virtuel. Ne voilà-t-il pas qu’il nous entraîne dans un conte biologique de vie et de mort, raconté par un psychanalyste (La psychiatrie fœtale, M. Soulé, 2005).

Une façon de revisiter le biologique à travers le psychisme. Il se joue de l’enfant mythique, de l’enfant imaginaire, précurseur de l’enfant réel au regard de l’enfant fantasmatique.

Jouons… à l’échographie. Imaginons que le fœtus interroge l’échographiste sur l’objectif de l’examen. Celui-ci ferait sans doute la réponse du loup au Petit Chaperon Rouge : « c’est pour mieux te voir mon enfant ». On connaît toute l’ambiguïté cependant contenue dans ce texte. A coup sur l’examen est profitable à l’enfant chaque fois qu’il est profitable aux parents, chaque fois qu’il les aide à se sentir davantage parents.

Cependant si l’on réfléchit, c’est à lui que cette investigation fait prendre le plus de risques. D’être un fœtus « observable » peut le transformer en bébé « exposé » au sens mythologique du terme (M.R. Moro et T. Nathan, 1988).  Les légendes d’exposition les plus célèbres sont celles d’Œdipe et de Moïse. Il est à la merci d’une erreur de diagnostic, d’une incertitude de pronostic, d’une position « in utero », qui peut faire de lui une proie désignée pour la réduction embryonnaire en cas de grossesses multiples… et l’on doit veiller à ce qu’il ne soit pas «  exposé » un jour à l’exigence « normative » d’adultes qui auraient tout pouvoir sur son sort (A.M. Rajon, 1996).

Cette question se pose d’autant plus avec l’arrivée du virtuel. Le virtuel participe à l’effort des hommes de repousser les obstacles que représentent le temps et l’espace et complexifie la simulation de la réalité par l’image. L’image de synthèse est une image réelle mais pas analogique de la réalité extérieure, c’est une image numérique, qualité nouvelle qui constitue une véritable coupure épistémologique dans l’histoire des moyens de représentation. L’entité numérique n’est que la résolution chiffrée d’une disposition, celle du corps visible de l’image et pose le rapport à l’irreprésentable. Vaincre le temps et l’espace est techniquement devenu possible grâce au virtuel dont nous imaginons difficilement aujourd’hui les multiples applications. L’homme en fera-t-il bon usage ?

Cette illusion nouvelle, comment la contenir en pensée dans une société où le lien social est défaillant. N’oublions pas enfin que la réalité psychique demeure et se reflète dans les mondes virtuels, le virtuel n’étant qu’un instrument qui n’est pas un modèle de l’inconscient mais plutôt un effet.

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Obsession de l’origine, obsession du devenir… impasse sur la finitude ? ou alors en la dictant, en tentant de la maîtriser.

Depuis toujours, l’homme a pris l’habitude de nier la mort en la représentant comme une autre naissance, ce qui est inscrit dans bien des religions. A vrai dire, notre propre naissance n’est pas plus facile à représenter, quoi qu’on dise. Malgré cette figurabilité difficile, la tendance la plus générale est la transformation de la peur de la mort en questionnement sur les origines de l’individu et de l’espèce. Si notre désir de reconstituer la préhistoire de l’être humain n’était que sublimation de la pulsion libidinale contenue dans l’angoisse de mort, il n’y aurait rien à redire à la curiosité des psychanalystes pour l’enfant. Mais la distance est courte entre sublimation et formation réactionnelle, et cette dernière peut reparaître avec des exigences propres à nous brouiller la vue. Dans son déni de la mort et sa propension à la transformer en naissance, l’homme a construit le fantasme du paradis perdu et retrouvé.

Au point où j’en suis, comment sortir de cette question des 3 P qui par leur redondance et paradoxalité m’empêchent de trouver mon final musical à la manière de Michel Soulé.

Je fais appel au 4e P. Par peur, l’angoisse pour échapper à cette perversion sociale du droit à l’enfant, du droit à l’enfant parfait.

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En buvant mon café, le matin, je lis toujours distraitement le journal. Pourquoi chercher toujours la nécrologie, les prévisions météo et l’horoscope quotidien. Cette habitude, me paraît, à la réflexion assez essentielle, et je me demande s’il n’en est pas de même dans les fondements de mon travail quotidien.

Détresse matinale et mégalomanie infantile sont chaque matin au rendez-vous de ma journée. Ces petits exorcismes journaliers me disent que je suis toujours vivant et que je peux attendre le facteur sans trop de crainte… Mais je continue ma lecture à la recherche de mythologie médiatique qui en témoigne quotidiennement, infanticide à tout va (deux enfants meurent chaque semaine de mauvais traitements), fœtus congelés dont les mères ne peuvent se séparer en secret, enfants abandonnés, maltraités, pédophilie, lois rendant la majorité pénale et civile de plus en plus tôt. La protection de l’enfant où l’enfant délinquant a quitté le champ de l’enfance en danger (10/07/1989) enfant enlevés où les mères sont le plus souvent soupçonnées, enfants disparus… Cette imagerie de contes de fées moderne reprenant la mythologie gréco-romaine éveille notre curiosité, imageant et concrétisant notre propre haine des enfants et notre angoisse de celle-ci, tapie au fond de nous tous

[ M. Soulé : : Mère mortifère, mère meurtrière, mère mortifiée,(ESf.1978).

  et les soignants à risques dans les interactions en faveur de la petite enfance,.(ESF.1986))

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Quelle est notre peur quand il s’agit de notre lignée, c’est-à-dire de nos enfants ?

-       avons-nous peur pour nos enfants,

-       avons-nous peur de nos enfants,

-       enfin, avons-nous peur de cet étranger que nous allons nous efforcer d’apprivoiser, d’apparenter ?

Nous les faisons arriver déjà avec le péché originel, nous les prénommons, les purifions, les idéalisons, les innocentons.

Notre anticipation maternelle est-elle vraiment « pour leur bien… ou le notre ? »

Comment arriver à les aimer en psychisant nos vœux infanticides et notre haine face à cet étranger que nous ne pouvons supporter et aimer que familier.

Il y a entre la haine et l’amour une parenté profonde : non seulement la haine précède l’amour mais sans doute n’y a-t-il amour que parce qu’il y a haine, aux origines même du sujet. Tout le travail oedipien, travail d’individuation consistera alors en travail de liaison de cette haine nécessaire à un amour, cette fois, vécu comme le plus fort.

Bien entendu il s’agit pour la plupart d’entre nous de satisfaction d’un fantasme inconscient d’infanticide. Il ne porte pas sur l’enfant réel, mais sur l’enfant imaginaire, l’ « enfant merveilleux ». Il va s’agir d’un travail psychique : celui de mettre à mort psychiquement l’enfant merveilleux, celui qu’on a souhaité attendre (de sa propre mère) ou celui qu’on a souhaité lui faire dans le petite enfance, au risque d’en mourir de plaisir.

Conrad Stein a montré que ce fantasme est universel et constitutif de l’inconscient. Le rêve du nourrisson savant est ce fantasme retourné en son contraire. Le fantasme d’infanticide dissimule en outre un fantasme de parricide : « éliminer le père… pour détruire ses œuvres, quitte à se détruire soi-même, ce que réalisent la plupart des fantasmes de mise à mal de l’enfant in utero, ante postum.

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Prenons garde face à ces trois P., prenons nos précautions, ayons une certaine prévention, gardons à porté d’interrogation notre haine et celle des enfants. Laissons au temps et au futur leurs qualité grâce à nos anticipations certes rigoureuses mais aussi rêveuses, échappant à notre mégalomanie infantile, à notre omnipotence qui témoigne le plus souvent de notre détresse face à l’avenir, face à la vie.

Gardons intact notre ouverture au nouveau, à l’étonnement, à l’enfant cet étranger bienvenu. Restons dans l’Œdipe et dans nos peurs psychiques de castration et de mort nous amenant à la prudence, à l’humilité et au respect. Ne nous résignons pas.

La colère, l’indignation, la résistance, le « non » sont aussi des valeurs humaines au service de notre appartenance à l’humain.

Pour cela il faut éviter aussi les dérives passionnelles et le fanatisme. Faisons feu de tout bois pour penser face à l’impensable. Ne nous querellons pas autour de théories qu’elles soient comportementales, psychanalytiques ou autres Toute théorie pour être vivante doit être issue de la clinique ;i instance surmoïque, ni instance idéale. Il y a des théories mortes, ce sont celles qui dénient la douleur, masquent l’incompétence, cachent le manque de confiance en soi et souvent témoignent d’une phobie de penser, de la peur de se balader dans la vie psychique.

Entre clivage et confusion envisageons avec humilité, complémentarité théorique et disciplinaire et reconnaissons les paradoxes dans un bricolage créatif au sens de Lévy Strauss. Etablissons ensemble des cadres de pensées cohérents et explicables pour pouvoir mieux les mettre à l’épreuve clinique.

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Dans ce siècle où le comportement, l’image, l’apparence sont prégnants prenons le risque toujours de la pensée dans un combat permanent entre vie et destructivité.

Veillons à garder notre révolte.

« Depuis la Révolution Française, la ˝révolte politique˝ est la version laïque de cette négativité qui caractérise la vie de la conscience lorsqu’elle essaie de rester fidèle à sa logique profonde, la révolte est notre mystique synonyme de dignité ». Julia Kristeva (L’avenir d’une révolte. Calman Levy – 1998).

Ne sommes nous pas trop souvent des témoins passifs (c’est-à-dire consentants) face aux enquêtes et statistiques aux 3 P. Comment retrouver nos capacités de jugement, de critique, face aux groupes constitués auxquels nous appartenons ? Comment déjouer certaines formes d’obéissance et de conformisme ? Cela nécessite de conserver, de préserver, sa liberté d’être et de penser.

Dans un petit texte, Le refus, Maurice Blanchot écrit : « Le mouvement de refuser est rare et difficile, quoique égal et le même en chacun de nous, dès que nous l’avons saisi.

Pourquoi difficile ? C’est qu’il faut refuser, non pas seulement le pire, mais un semblant raisonnable, une solution qu’on dirait heureuse. En 1940, le refus n’eut pas à s’exercer contre la force envahissante (ne pas l’accepter allait de soi), mais contre cette chance que le vieil homme de l’armistice, non sans bonne foi ni justifications, pensait pouvoir représenter […] Je crois que refuser n’est jamais facile et que nous devons apprendre à refuser et à maintenir intact, par la rigueur de le pensée et la modestie de l’expression, le pouvoir de refus que désormais chacune de nos affirmations devrait vérifier ».

                                                            -x-

Alors la méthode Soulé, j’y adhère. Celle qui permet la reconnaissance de l’être enfant grâce à notre infantile qui nos protège de la barbarie, de l’eugénisme et maintient notre capacité de penser.

Les quatre P me convient maintenant. J’ai trouvé ma sortie et je laisse à Michel Soulé, comme à chaque fin de numéro, le final musical : très sérieusement.

Le final en musique, toujours avec humour.

« On ne saurait faire de « l’action de secteur et de la prévention précoce sans étudier le rôle de caca-boudin dans la santé mentale des enfants. … Véritable indicateur de bonne santé. ; Voilà poursuit Michel Soulé, l’humour qui commence quand le sujet traite avec lui-même en tant que représentant de l’espèce humaine. Quand il profère caca-boudin, l’enfant  prend la tête en délégué syndical d’une croisade de tous les enfants… mais il recommande qu’un caca-boudin doit demeurer dans les limites de la coprolalie ordinaire. Laissons les bambins saccager « les bonnes manières de table » en nous rassurant puisque c’est une étape solitaire, alors caca-boudin pour tous ».

Michel Soulé,(La vie de l’enfant, p. 145-150, Ed. Eros 2006.)

 Bibliographie

  

BAYLE G. (1996), Les clivages, Revue Française de Psychanalyse, Spécial Congrès, Tome LX, .PUF. p. 1427-1428.

CHERVET B. (1996), Cycle de la latence, clivage du moi et conversion mystique, Revue Française de Psychanalyse, Spécial Congrès, Tome LX, PUF. p. 1585-1590.

 FREUD S. (1932), L’éducation psychanalytique, Eclaircissements, applications, orientation, XXXIV Leçon, Œuvres Complètes, Tome XIX, 1933-1936. p. 231-238,

 LECLAIRE S. (1975), On tue un enfant, Ed. Du Seuil, Paris, 137 p.

 PRAGIER G. (1993), Qui peut prévoir ? pp. 1073-1085, Revue Française de Psychanalyse 4, Tome LVII, Malaise dans la civilisation.

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 SOULE M. (1980), Œdipe au cirque devant le numéro de l’Auguste et du clown blanc, Revue Française de Psychanalyse, 1, Tome XLIV, des Sublimations PUF., p. 99-125.

 SOULE M. (2005), La psychiatrie fœtale – Que Sais-Je ? Ed. PUF, 125 p.

 SOULE M. (2006), Histoires de psychiatrie infantile, Ed. Eres, 458 p.

 SOULE M. (2006), La vie de l’enfant, Préface R. Puyuelo, Ed. Eres, 278 p.

 STEIN C. (1971), L’enfant imaginaire, Ed. Denoël, 1987), Paris, 368 p.

 

Revue : "La haine des enfants", Automne 2004. Penser/rêver.