La Revue

Michel Soulé et l'Italie
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°161 - Page 27-28 Auteur(s) : Lenio Rizzo
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La disparition d’un maître, comme Michel Soulé l’a été pour moi pendant ces dernières décennies, et le vide que j’ai ressenti, nous amène à des réflexions qui concernent notre propre chemin où sa présence a été fondamentale et qui en même temps indiquent l’indissolubilité d’une amitié qui s’est renforcée le long de ce  parcours. Je connaissais les travaux de Soulé depuis mes premiers pas dans le domaine de la pédiatrie et de la pédopsychiatrie : ses recherches sur le corps de l’enfant et sur la psychosomatique précoce, mais aussi ses études sur les crèches et sur l’adoption. Ce fut seulement plus tard, au cours des années 90, que je fis sa connaissance directe et j’ai été pris par sa sympathie humaine qui allait avec une extraordinaire capacité de transmettre ses connaissances mais aussi ses sentiments chaleureux. J’ai pu partager avec lui des fréquentes occasions de formations en Italie, où il ne manquait jamais de moments conviviales : à la maison il savait donner le mieux de son esprit toujours brillant et de sa capacité de « faire groupe », alternant des facéties et des propos savants dans tous les domaines, notamment en ce qui concerne l’art italien. Je crois que je lui dois en grande partie l’intérêt pour Rossini, parce qu’il m’a induit à suivre le festival de Pesaro, comme il avait fait pendant plusieurs éditions. Puis il y a eu les colloques de l’AEPEA et surtout ses journées scientifiques à la Maison de la Chimie, auxquelles j’ai eu le grand honneur d’être longtemps parmi ses invités, comme aussi le soir chez lui (et comme souvent à sa table au déjeuner) par sa lettre très amicale qu’était une joie de la vie de recevoir chaque année.

Michel Soulé a été mon parrain (avec Roger Misès) quand j’ai demandé de devenir membre de la SFPEA, et il s’est  démontré ému à ma demande. Il m’a initié à la psychiatrie périnatale et cela a été un plaisir de discuter avec lui quand je me suis occupé de l’édition italienne de La psychiatrie fœtale. Je termine ces quelques mots, trop peu pour dire toute ma dévotion à Monsieur Soulé, Maître et grand Ami, par une « image » : à l’occasion de son dernier séjour de travail dans la Vénétie, avec Sylvain Missonnier on lui a préparé une surprise, qu’on savait constituer un de ses désirs : on l’a accompagné au théatre Olympique de Vicenza. Dans une journée froide et brumeuse, bien couvert sur sa petite chaise roulante, il se montrait content comme un enfant ou comme un héros qui venait de gagner sa bataille, de rentrer après longtemps dans un lieu qui lui rappelait beaucoup de choses, dont il nous a parlé avec plein d’anecdotes mais dont il a certainement gardé pour lui l’essentiel.