La Revue

Michel Soulé : une identification à la pensée infantile
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°161 - Page Auteur(s) : Bernard Chervet
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Michel Soulé a été membre titulaire formateur à la Société Psychanalytique de Paris.

Son goût pour l’enseignement, l’a amené à assumer de 1974 à 1982, des fonctions au sein de l’Institut de Psychanalyse de Paris et de la Commission d’enseignement.

Très tôt il s’est consacré à la psychiatrie du bébé et aux recherches sur les interrelations précoces de la mère et de l'enfant, d’un point de vue psychanalytique. C’est ainsi qu’avec Serge Lebovici et René Diatkine, il a pu publier La connaissance de l’enfant par la psychanalyse, ouvrage qu’il a fait évoluer vers un Traité de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, véritable encyclopédie rééditée en 4 volumes et traduit en plusieurs langues.

Mais sa façon de transmettre était bien plus personnelle et originale. Le souvenir majeur de ceux qui se sont formés à son contact, est sa curiosité insatiable pour les petits faits de la vie quotidienne de l’enfance, pour l’abord animiste avec lequel les enfants appréhendent le monde.

Pour Michel Soulé, il ne s’agissait pas d’observation, mais d’une identification à la pensée infantile, d’une capacité à écouter les logiques animistes. Ainsi, avait-il le goût des anecdotes savoureuses en tout genre, le goût des petits détails qu’il racontait avec espièglerie, permettant ainsi la compréhension quasi immédiate des concepts abstraits, nous en montrant la validité sur le terrain de la clinique et de la vie quotidiennes.

Nous en trouvons la trace dans la longue série de journées qu’il a dirigé avec vivacité à l’Institut de puériculture, où toute une génération de jeunes praticiens, et de soignants engagées dans la santé mentale venaient se revitaliser, s’émerveiller devant sa façon de nous faire lire le monde à travers le regard, le ressenti, l’interprétation des enfants, à travers leurs contes privés. Il défaisait sans cesse l’adultomorphisme de nos pensées trop secondarisées et nous surprenait à chaque fois.

De l’enfance, il avait gardé et cultivé le jeu et la capacité de s’émerveiller ; son humour et ses trouvailles ludiques en témoignaient. Il a mis son inventivité au service des enfants, particulièrement auprès des plus défavorisés du point de vue affectif, et de ceux atteint de troubles psychosomatiques très précoces.

Il a su unir, ce qui est rare, la promotion concrète de nombreuses institutions vouées aux enfants et la rédaction de remarquables travaux portant sur l’adoption, la puériculture, les troubles fonctionnels de la petite enfance.

L’enfant et son corps rédigé pas à pas avec Léon Kreissler et Michel Fain, est devenu un ouvrage de référence pour tous les psychanalystes, et ceci pour la postérité.

Michel Soulé aimait les enfants, leur présence et leur appréhension du monde. Il aimait l’enfance en lui.