La Revue

Archéologie du "copier-coller"
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°171 - Page 12 Auteur(s) : Christian Robineau
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Heureux les Montaigne, Shakespeare ou La Fontaine, qui écrivirent en des temps où le plagiat ne constituait pas un délit ! Nés quelques siècles plus tard, sans doute eussent-ils en effet été marqués au fer rouge de l’infamie contrefactrice, tels de vulgaires Jacques Attali, Calixte Beyala ou Alain Minc – pour ne citer que certains des plus célèbres condamnés de ces dernières années. Mais copier sur son voisin fut pendant longtemps une manière socialement autorisée de rendre hommage aux Anciens, avant que le développement de l’imprimerie et surtout de la notion de propriété intellectuelle (notamment avec la loi Le Chapelier en 1791) vînt permettre d’instituer juridiquement l’acte plagiaire. Le blog de Jean-Noël Darde, maître de conférences à l’université Paris VIII, nous rappelle, copieuse documentation à l’appui, que l’exercice plus ou moins habile du pillage, loin d’affecter la seule littérature, produit des effets tout aussi délétères dans le monde universitaire. Pas uniquement chez les étudiants, qui peuvent aujourd’hui beaucoup plus commodément, grâce à Internet, faire passer pour un mémoire ou une thèse quelque patchwork plus ou moins bien agencé d’« emprunts » non référencés. Mais également chez les  enseignants-chercheurs, dont les instances universitaires couvrent trop souvent les pratiques plagiaires, même judiciairement condamnées, de peur que soit entachée la réputation de la maison.

Le visiteur peut avec profit compléter cette édifiante exploration en visitant le blog d’Hélène Maurel-Indart (http://leplagiat.net/), auteure de plusieurs ouvrages de référence sur le sujet, ainsi que le site consacré plus largement à la fraude et à la déontologie universitaires (http://responsable.unige.ch/index.php) animé par Michelle Bergadaà, professeure à l’université de Genève. Non, toutefois, sans s’interroger sur ce « vol de mots » qu’est le plagiat et auquel Michel Schneider avait consacré un ouvrage (Voleurs de mots. Essai sur le plagiat, la psychanalyse et la pensée, rééd., Tel-Gallimard, 2011). Plagiarus, nous dit le Gaffiot, est en effet « celui qui vole les esclaves d’autrui, [ou] qui achète ou qui vend comme esclave une personne libre. » Mais qui, de l’homme ou du mot, est l’esclave de l’autre ?