La Revue

L'attachement : applications thérapeutiques chez l'enfant, l'adolescent et l'adulte
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°104 - Page 29-34 Auteur(s) : Frank Zigante
Article gratuit

Congrès organisé par l'Association pour le développement de la Recherche sur l'Attachement (ADRA), Pr Antoine Guedeney et Pr Abraham Sagi-Schwartz, 6-7-8 juillet 2005, Paris.

C'est le premier grand congrès en France sur l'attachement avec les grands noms et même les créateurs dans ce domaine comme Mary Main et Jude Cassidy qui, à la suite de John Bowlby et Mary Ainsworth, ont contribué au rayonnement et au succès de la théorie de l'attachement et de ses applications tant au niveau de l'évaluation que des applications thérapeutiques. Il faut souligner tout d'abord le succès de ce congrès qui a réuni plus de 800 participants et il faut ici féliciter ses organisateurs : Antoine et Nicole Guedeney et Abraham Sagi-Schwartz. Respect des temps d'intervention, des horaires, traductions simultanées pour toutes les interventions qui étaient en anglais et cohérence des interventions. Certains ont pu déplorer qu'aucune question de la salle ne soit permise mais la polémique n'était pas recherchée bien que Daniel Widlöcher et Daniel Stern, dans leurs interventions respectives, s'y soient lancés mais nous y reviendrons.

Le but était explicite : les auteurs américains venaient faire connaître à Paris la théorie de l'attachement et les nombreuses études s'y référant et des intervenants anglais, italiens ou allemands, venaient exposer leurs applications cliniques. Donc, pendant cinq demi-journées très denses, nous avons eu de très belles interventions avec de nombreuses illustrations par des diapositives ou des extraits vidéoscopiques. Visiblement la plupart des orateurs ont fait une présentation, presque une prestation, très professionnelle et très rodée pendant au moins 1 heure selon les orateurs, ce qu'a visiblement mal accueilli Erik Hesse qui n'avait qu'une demi-heure.

Mary Main, élève de Mary Ainsworth et créatrice de l'Adult Attachment Interview (AAI), a débuté ce congrès par un panorama assez général et didactique de l'attachement et de son évaluation. Après un rappel historique sur Bowlby, elle a rappelé la définition de l'attachement par Mary Ainsworth : "l'attachement est le lien qui unit deux personnes à travers le temps et l'espace". Ce qui permet de l'envisager bien sûr entre l'enfant et sa mère ou son substitut, mais aussi entre un patient et son thérapeute, ou entre les deux partenaires d'un couple.

Elle a ensuite exposé les différentes façons d'évaluer la qualité de l'attachement aux différents âges de la vie :

1/ chez le bébé entre 1 et 2 ans : la situation étrange qui permet de déterminer 4 catégories d'attachement : secure, insecure-évitant, insecure-ambivalent, insecure-désorganisé.

2/ à 6 ans : le test de séparation d'une heure où l'enfant reste avec un évaluateur et des jeux et la réunion avec la mère est évaluée ; le test d'anxiété de séparation mis au point par Kaplan qui évalue les stratégies pour faire face à la séparation ; le dessin de famille. A ce propos, Mary Main nous en a montré deux, l'un d'un enfant secure et l'autre d'un enfant désorganisé en nous proposant des interprétations un peu hâtives voire grossières. De même qu'elle nous a montré, comme Erik Hesse le surlendemain, des photographies de mères avec leurs enfants prises sans doute par Mary Ainsworth en Ouganda dans les années 50 et nous a démontré la qualité d'attachement de ces bébés en avançant des arguments bien minces sur la base de ces clichés instantanés. Ces enfants étaient sans doute désorganisés mais pour d'autres raisons que les seules interprétations de ces clichés. Nous ne remettons pas en cause la qualité de jugement de Mary Main pour catégoriser des personnes selon leur qualité d'attachement mais il nous a semblé que ce n'est pas servir la cause de la théorie de l'attachement que de nous faire croire que cela peut être fait sur la base d'interprétations assez grossières d'un dessin de famille ou d'un cliché photographique.

3/ chez l'adulte : l'Adult Attachment Interview qui est un entretien destiné à "surprendre l'inconscient avec des questions qui n'ont jamais été posées". Ces questions concernent essentiellement les relations avec les parents durant l'enfance. L'évaluation du discours pour catégoriser les représentations d'attachement (autonome, évitant, préoccupé ou désorganisé) se fait selon une grille basée sur le respect ou la transgression des caractéristiques conversationnelles de Grice. Elle nécessite une formation de 15 jours et des exercices pendant quelques mois dispensés par des formateurs agréés et Mary Main a fini son exposé en souhaitant que des formateurs agréés francophones puissent être opérationnels prochainement pour que de nombreux francophones puissent s'initier à cet instrument.

Mary Main a rappelé les corrélations assez extraordinaires et qui ont beaucoup contribué au succès de l'attachement entre la représentation d'attachement dans le discours du parent et la catégorie d'attachement de l'enfant évaluée à la strange situation : 76 % des parents qui ont un discours autonome (secure) ont un enfant qui est secure à la strange situation et 74 % des parents qui ont un discours incohérent (insecure) ont un enfant qui est insecure. Par ailleurs Main, Hesse et Kaplan ont suivi une cohorte de 42 sujets, évalués par la strange situation à 1 an et par l'AAI à 19 ans. Et ont montré une certaine stabilité des schémas d'attachement ou modèles opérant internes. Elle nous a enfin fait part d'études expérimentales où entre autre on démontre que les enfants évitants de 6 ans durant l'heure de séparation s'intéressent plus aux jouets qu'aux personnes alors que les ambivalents ne s'intéressent qu'à la relation et pas du tout aux jouets, les adultes évitants ont une sécrétion de cortisol plus élevée que les secure quand on les force à écouter des histoires traumatiques (abandon, etc .), les adultes préoccupés (du point de vue de l'attachement) ont un rythme circadien de sécrétion de cortisol inversé par rapport aux contôles avec un maximum de sécrétion le soir et la nuit, des bébés désorganisés à la situation étrange à 1 an deviennent à 6 ans des enfants désorganisés-contrôlant ou des enfants effrayés à la séparation, des femmes de catégorie désorganisée à l'AAI n'éprouve pas de différence de perception au niveau de leur traçé électroencéphalographique entre des photos montrant une mort explicite (cadavre) ou une mort symbolique (cimetière), ce qui montrerait le défaut de symbolisation chez ces femmes et le potentiel accrochage au traumatique.

Avi Sagi-Schwartz, co-organisateur du congrès, nous a montré les résultats d'une grande enquête épidémiologique effectuée en Israël comparant des femmes ayant vécu une expérience dramatique durant l'holocauste (parents tués, immigration après 1945) et des femmes ayant immigré avant 1939 et surtout leur descendance féminine et leurs petits-enfants. Cette étude avait pour but de déterminer dans la population générale la transmission transgénérationnelle du vécu traumatique de l'enfance car une méta-analyse de 32 études chez des échantillons cliniques ont montré une différence persistant à la deuxième génération entre les groupes "holocaustes" et les groupes "non-holocaustes".

Dans leur étude, Sagi-Schwartz et coll. ont bien sûr retrouvé une différence dans les discours des grand-mères, c'est-à-dire chez les femmes ayant vécu l'expérience catastrophique de l'holocauste, soit un "raisonnement désorganisé", soit un état de stress post-traumatique mais n'ont pas retrouvé de différence dans leur descendance : ni chez leurs filles, ni chez leurs petits enfants. Sagi-Schwartz a discuté ce résultat de non transmission du vécu traumatique contrairement à ce qui serait attendu dans la théorie de l'attachement en développant les facteurs de protection potentiellement à l'oeuvre dans cette résilience transgénérationnelle en insistant sur la différence entre des traumatismes individuels intrafamiliaux et l'expérience de l'holocauste (traumatismes collectifs infligés par des forces extérieures et non par les parents, système de support collectif, sentiment d'identité nationale.). Il a fini en proposant une catégorie Désorganisée-like pour interpréter des AAI d'adultes ayant des expériences de perte parentale catastrophique pendant l'enfance qui se caractérise par une absence de représentation d'attachement (manque de figure d'attachement de substitution persistant) qui perdure durant toute la vie adulte mais ne se transmet pas à la génération suivante.

Jude Cassidy qui a beaucoup travaillé avec Mary Main notamment sur l'AAI, a développé de façon très claire et formalisée un élément essentiel de toute psychothérapie tant pour le patient que pour le thérapeute : "être ouvert à l'écoute d'un passé difficile". A partir de deux axiomes fondamentaux :

1/ le passé n'est pas un élément tyrannique de nos relations présentes

2/ le passé ne disparaît pas, ne meurt pas.

Jude Cassidy a exposé les différentes manières dont la douleur du passé peut être amenée dans le présent en se calquant sur les différents états d'esprit d'attachement :

1/ une reconnaissance de la douleur du passé lorsqu'elle est amenée dans le présent (secure-autonome)

2/ un déni de la douleur du passé (évitant)

3/ une transposition des émotions du passé vers le présent de manière préoccupée (préoccupé)

4/ une absorption dans une expérience effrayante du passé avec des défaillances du discours ou du raisonnement (désorganisé).

Ensuite elle a exposé les bénéfices de l'accès à un passé douloureux pour les relations actuelles. La sécurité dans ce domaine permet en effet de meilleurs relations de couple et une parentalité de meilleure qualité par l'intermédiaire de l'empathie, la reconnaissance de sa propre douleur facilitant une reconnaissance de la douleur de l'autre. Il peut exister dans ce domaine une sécurité acquise et J.Cassidy a énuméré 3 situations le permettant par l'instauration d'une base secure pour explorer ces zones douloureuses :

1/ des relations importantes extra-parentales dans l'enfance

2/ un attachement amoureux à l'âge adulte 3/ une relation thérapeutique. J. Cassidy a terminé par les implications thérapeutiques en déterminant les caractéristiques idéales du thérapeute reprenant une citation de Bowlby : "le thérapeute doit être fiable, attentif, empathique et essaie de voir le monde à travers les yeux du patient" et a conclu en citant Selma Fraiberg : "l'accès à la douleur de l'enfance va devenir un agent puissant contre la répétition dans l'exercice de la parentalité".

N. Guedeney a de façon très cohérente enchaîné sur les liens entre l'attachement et l'alliance thérapeutique en insistant sur la situation de rencontre entre les parents et le praticien en consultation de pédopsychiatrie. Cette situation est pour N. Guedeney un paradigme d'activation de l'attachement des parents vis-à-vis du thérapeute et elle a insisté sur l'importance de la première rencontre.

Charles Zeanah a exposé les études nord-américaines montrant le bénéfice pour les enfants issus de familles en grande difficulté du placement en famille d'accueil comparativement aux institutions et au maintien accompagné dans les familles d'origine. Yvon Gauthier a parlé de son expérience au Québec chez des enfants carencés placés en famille d'accueil avec la mise en place d'un suivi et d'une évaluation de l'attachement de ces enfants placés. C. Zeanah a ensuite présenté son exposé remarquable sur les troubles de l'attachement et leur traitement en prenant comme exemple les enfants adoptés ou placés en famille d'accueil. L'attachement sélectif se fait normalement chez le bébé entre 7 et 9 mois et C. Zeanah a proposé 2 types de troubles réactionnels de l'attachement (dans la catégorie désorganisée) dans des situations très défavorables : le type inhibé et le type désinhibé-indifférencié en les illustrant de vidéos très explicites. C. Zeanah nous a montré des vidéos d'enfants placés en famille d'accueil à leur arrivée et 1 an plus tard : les enfants avec un trouble de l'attachement inhibé s'améliorent très nettement en famille d'accueil chaleureuse quelque soit l'âge de placement de l'enfant et les enfants présentant un trouble désinhibé s'améliorent sensiblement surtout si la placement a lieu avant l'âge de 22 mois. C. Zeanah a conclu sur les bénéfices du placement familial qui permet la diminution des troubles réactionnels de l'attachement, surtout pour le type inhibé et également pour le type désinhibé en cas de placement précoce.

David Oppenheim a interrogé la pertinence des passerelles entre la recherche et la clinique et a proposé une évaluation de la sensibilité maternelle (déterminante pour la constitution d'une base secure pour l'enfant) avec l'utilisation de vidéos en posant une question à la mère "que pensez-vous qu'il se passe dans la tête de votre enfant ?". Robert Marvin a exposé un protocole d'intervention sur les comportements et les représentations des parents d'enfants préscolaires désorganisés en illustrant son propos de nombreux extraits vidéos. Il a d'abord défini le concept de cercle de sécurité pour l'enfant en insistant sur la sensiblité parentale, c'est à dire la capacité du parent à interpréter les signaux de l'enfant, d'évaluer ses besoins et d'y répondre de façon adéquate. Puis il a exposé les différents types d'attachement non ordonné, c'est-à-dire les enfants désorganisés où le parent est vécu comme terrifié/terrifiant avec comme conséquence fréquente l'inversion des rôles mais aussi les enfants présentant des troubles de l'attachement combinant différentes modalités d'attachement comme par exemple évitant/préoccupé-ambivalent. Robert Marvin a exposé le protocole du cercle de sécurité qui est un programme d'intervention précoce pour parents et jeunes enfants centré sur la sensibilité parentale et les modèles opérant internes et/ou les comportements des parents avec l'enfant. Il nous a montré des vidéos de ce programme proposé à des familles en difficulté et visiblement défavorisées : il s'agit d'un suivi sur 1 an associant successivement une situation étrange puis pendant 21 à 23 semaines, des réunions de groupe de parents qui visionnent les situations étranges et les commentent, éventuellement une psychothérapie des parents à partir de la vidéo de leur enfant puis une réévaluation par la strange situation 1 an plus tard. Il s'agit là d'une application thérapeutique de la situation étrange tout à fait originale et intéressante associant recherche et clinique.

Kai Von Klitzling a présenté un type d'évaluation de la qualité narrative de l'enfant par les histoires à compléter chez les enfants de 4 ans. 120 familles ont été évaluées en recherchant les corrélations entre les entretiens parentaux prénataux et les narratifs de l'enfant à 4 ans : les garçons dont les parents sont ouverts et chaleureux expriment davantage de thèmes agressifs. Des corrélations ont été recherchées entre la qualité des narratifs et les comportements externalisés et internalisés ; entre les narratifs et la sécrétion de cortisol : les enfants évitant le conflit ont un niveau de sécrétion de cortisol supérieur à ceux qui affrontent le conflit ; entre les narratifs à 4 ans et le comportement pro-social à 6 ans.

Elisabeth Fivaz-Depursinge a proposé une évaluation du niveau d'attachement familial dans l'enfance avec notamment le Family Attachment Interview à partir de ses travaux sur la triade père-mère-enfant. Elle n'a pas retrouvé de corrélation entre l'alliance familiale (attachement autour des séparations et retrouvailles, chaleur, intersubjectivité avec les jeux) et la sécurité d'attachement dyadique entre l'enfant et un seul parent.

John Byng Hall, de Grande Bretagne, nous a exposé son travail intégrant les références à la théorie de l'attachement et la thérapie familiale. Il a d'abord défini les notions de script familial (attentes et anticipations partagées d'une famille sur les rôles de chacun dans différents contextes), de script familial transgénérationnel (avec la tendance à la réplication du script de la génération précédente ou au contraire la tentative d'évitement de la réplication de ce modèle), de base familiale secure (qui permet d'explorer les relations entre les membres de la famille et les relations extrafamiliales), de conscience interactive (qui suppose la sensibilité à l'égard des autres membres de la famille et la conscience de ses propres comportements et sentiments et de leur impact sur les autres), de stratégies de distanciation et de rapprochement. Il a ensuite exposé très longuement un travail de thérapie familiale avec l'utilisation du génogramme et il était assez difficile de percevoir la spécificité du point de vue de l'attachement de ce travail familial systémique.

Giovanni Lotti de l'école de psychothérapie cognitive de Rome, fut le premier à faire un lien entre l'attachement et la psychopathologie à partir de son travail avec les adultes présentant une personnalité de type état limite border-line. Ces patients présentent souvent (50 à 60 %) des antécédents de traumatismes liés à des abus durant l'enfance et des expériences de dissociation avec des états de conscience non intégrés. G. Lotti a établi une continuité entre l'enfant à l'attachement désorganisé qui va mettre en place des modèles opérants internes dissociés et dramatiques qui vont ensuite le prédisposer à développer un trouble limite de la personnalité en développant des stratégies de contrôle pseudo-organisées fragiles.

L'enfant est effrayé par un parent, ou son substitut, présentant lui-même des traumas et pertes irrésolus de sorte que le parent devient à la fois la source et la solution de la peur de l'enfant d'où son expérience primaire de dissociation pathologique qui va le pousser à la fois vers une recherche d'aide et de fuite. L'enfant va développer des modèles opérants internes avec des représentations dissociées dramatiques avec 3 images très puissantes : victime, persécuteur, sauveur, ce que Lotti nomme le "triangle dramatique". A la suite de ces peurs sans solution, l'enfant va avoir des attentes catastrophiques et contradictoires et osciller entre l'hostilité et le désespoir. Ces déficits de fonction métacognitive de capacité de mentalisation et de régulation émotionnelle sont des facteurs de risque pour développer un trouble limite de la personnalité. Le sujet va développer des stratégies de contrôles pseudo-organisées en contrôlant les stratégies du parent ou en adoptant des stratégies punitives avec des rôles dominant/dominé. Ces stratégies dominant/dominé qui sont davantage interpersonnelles que les processus de défense psychique mis en place auparavant vont se substituer aux modèles opérant internes effrayant/effrayé. Cependant dans certaines situations traumatiques ou des événements rappelant des événements traumatiques de l'enfance, ces stratégies de contrôle s'effondrent et font réapparaître à l'âge adulte le modèle effrayant/effrayé. G. Lotti nous a exposé plusieurs exemples cliniques illustrant cet effondrement avant de développer les applications thérapeutiques et surtout les adaptations du cadre thérapeutique pour ces patients border-line. La peur sans solution doit être la cible du thérapeute et non l'hostilité et l'agressivité qui en sont la conséquence.

Ces patients ne manifestent des troubles dissociatifs que lorsque leur système d'attachement est activé et que leurs stratégies intersubjectives contrôlantes sont en échec, or c'est justement à ce moment là que la phobie de l'attachement alterne avec une dépendance insécure envers le thérapeute. Pour sortir de ce dilemme, Lotti propose les thérapies parallèles (ce que nous appelons thérapie bifocale) associant un suivi psychiatrique et une psychothérapie, une thérapie de groupe et une thérapie individuelle, une thérapie individuelle et une thérapie familiale, ou même deux thérapies individuelles. Il énumère les bénéfices de ces thérapies parallèles qui permettent aux patients de supporter le transfert négatif et dramatique envers le thérapeute mais il conclue en insistant sur la nécessaire capacité de coopération entre les deux thérapeutes.

Erik Hesse évoqua surtout les liens entre les adultes avec des troubles dissociatifs qui ont souvent été des enfants désorganisés, chez qui on retrouve souvent des antécédents de maltraitance (80% d'enfants désorganisés à la situation étrange chez les enfants maltraités) ou des parents avec des traumatismes non résolus. Ces adultes au discours non résolu, avec des ruptures liées à des idées effrayantes de traumatismes précoces, sont susceptibles de devenir des parents effrayés/effrayants pour leur enfant.

Jeremy Holmes, psychanalyste anglais, se positionnant à la fois en clinicien analyste et chercheur, a exposé de façon extrêmement vivante et joviale, ses applications de la théorie de l'attachement dans la psychothérapie d'adulte et plus spécifiquement chez les patients border-line. A partir du postulat que la relation thérapeutique est une exploration in vivo de l'attachement, J. Holmes a rappelé les conclusions de Bowlby sur la psychothérapie en décrivant le thérapeute comme base secure permettant de remodeler les modèles opérants internes. Pour Holmes, la première rencontre avec le thérapeute correspond à une situation étrange pour le patient qui souvent recherche la proximité avec le patient et inhibe son exploration. S'inspirant de l'Adult Attachment Interview, il a décrit quelques modalités pratiques pour favoriser l'exploration chez le patient, par exemple en demandant au patient de décrire ses parents avec 5 adjectifs et de développer. Chez le patient évitant il recourt aux images et aux rêves pour casser les narratifs stéréotypés, tandis que chez le patient ambivalent il recherche la distanciation par rapport aux émotions trop fortes en demandant par exemple "que pensez-vous de ce que vous venez de dire ?". Chez le patient désorganisé, le risque de rupture étant majeur, il travaille essentiellement sur le contre-transfert.

Holmes a décrit des études très intéressantes sur les effets de l'attachement du thérapeute sur la patient : un thérapeute insecure a tendance à renforcer le style d'attachement du patient (évitant ou ambivalent) mais pour une meilleure relation thérapeutique il faut que les scores à l'AAI du thérapeute et du patient ne soient pas trop éloignés ! Holmes a rappelé que la mentalisation ou théorie de l'esprit (conception du fonctionnement de l'esprit d'autrui) qui se développe à partir de 3 ans est une condition préalable pour servir de base secure en se référant à Bion et Fonagy. Holmes a illustré ensuite son propos en exposant ses stratégies thérapeutiques chez les patients adultes border-line en dénoncant les insuffisances des thérapies classiques (co-thérapies, groupes) et a prôné un recours à l'humour, à la connotation positive, au conseil pratique. Il a terminé son exposé en insistant sur le fait que l'attachement n'est pas une modalité de psychothérapie mais une méta-théorie avec des liens et des applications autant psychanalytiques que cognitivo-comportementaux en relevant sa proximité avec G. Lotti et dans une conclusion quelque peu oecuménique il a appelé à l'éclectisme pour intégrer la neurobiologie, la psychanalyse, la thérapie cognitivo-comportementale, etc ...

Daniel Widlöcher a beaucoup discuté l'intervention précédente de Holmes en dénonçant toute tentation oecuménique visant à tout rassembler et à tout confondre. S'il a reconnu qu'il existe dans toute thérapie des facteurs non spécifiques par la constitution d'une base secure, il a différencié les thérapies prescriptrices des thérapies interprétatives. Il a rappelé qu'il existe différentes formes de mentalisation (notamment les formes chaotiques, de Bion) et a souligné l'importance de l'objet de la mentalisation. En reconnaissant un continuum entre la psychanalyse (lieu de l'interne et de intersubjectif) et la psychothérapie basée sur l'attachement (basée sur les faits réels et l'interpersonnel), D. Widlöcher a insisté sur la place de la sexualité infantile qui est un fantasme et non un comportement. L'objectif d'une thérapie chez les patients border-line pourrait être de les aider à reconstruire une capacité fantasmatique hédonique concernant l'attachement, c'est-à-dire à avoir dans leur esprit une sexualité infantile pour compenser les traumas. Il a conclu sur la spécificité de la psychanalyse qui vise une meilleure intégration des deux formes d'éros en retrouvant une activité de rêverie hédonique qui intègre l'analyste. Daniel Widlöcher a donc introduit par son intervention les dimensions de sexualité, de plaisir, de rêves et de fantasmes.

Karl Heinz Brisch, psychiatre allemand, a longuement développé dans son intervention illustrée de nombreux extraits vidéos, les comparaisons entre la théorie de l'attachement et la théorie des pulsions dans des applications pragmatiques thérapeutiques allant du bébé à l'adulte. A l'aide d'extraits vidéos cliniques, Brisch nous a présenté de façon extrêmement didactique et donc un peu réductionniste des illustrations de symptômes spécifiques aux phases orale (troubles de l'alimentation, du sommeil), anale (constipation et agressivité), génitale (hyperactivité), à l'adolescence (anorexie) et à l'âge adulte (dépression, anxiété, stress post traumatique, états limites) avec leurs troubles de l'attachement respectifs et leur traitement spécifique. K. Brisch a ensuite évoqué un programme de suivi des parents pendant la grossesse et la première année (Secure Attachment Family Education).

Daniel Stern a commencé son intervention dénonçant le risque du devenir de l'attachement comme nouvelle force impériale en psychologie devant le succès de cette théorie et l'atteinte d'une masse critique des élèves. Il a ensuite distingué très nettement l'attachement qui commence comme un évènement physique, avec la recherche de proximité physique, de l'intersubjectivité qui est purement mentale, le partage d'une expérience vécue entre deux humains. Il a fait une revue des différentes interventions précédentes en relevant toutes les notions qui concernaient l'intersubjectif et pas seulement l'attachement comme la sensibilité maternelle, la disponibilité maternelle, la capacité de voir le monde à travers les yeux de l'enfant. Il a ensuite illustré son propos de façon très imagée par une expérience vécue avec une patiente adulte en psychothérapie en replaçant l'attachement dans le domaine éthologique et l'intersubjectivité dans le domaine du partage émotionnel entre la patiente et lui. D. Stern a conclu sur la complémentarité entre l'attachement et l'intersubjectivité qui se soutiennent l'un l'autre au début de la vie comme un échafaudage réciproque. D. Stern a visiblement souhaité amener dans ce congrès les notions d'amour et de partage émotionnel.

Le couple allemand Grossmann, bien connu pour ses travaux notamment de suivis de cohortes au niveau de l'attachement a présenté son travail sur la construction de la sécurité psychologique et donc aussi sur les possibilités de changement et l'influence de l'environnement. Klaus Grossmann a rappelé les notions d'attention conjointe chez le bébé de 9-10 mois, de sensibilité et de fluidité linguistique chez les parents et l'importance qu'apportait M. Ainsworth dans son observation des bébés à la douceur de la transition entre la tendre proximité avec la mère et le jeu concentré comme indicateur de la qualité de l'attachement. Il a distingué le type d'attachement au père qui soutient davantage l'enfant dans l'exploration de l'attachement à la mère qui soit réconforte, soit permet l'exploration par l'enfant seul. Le père serait donc plus sensible à l'enfant pendant l'exploration et des études montrent une corrélation entre la sensibilité du père durant le jeu à 2 ans et la représentation d'attachement à et la qualité des relations amicales à 16 ans. Par ailleurs des mères insécures mariées à des maris sécures sont aussi sensibles avec leur enfant que des mères secure. Karin Grossmann a ensuite exposé une étude chez 39 adolescents testés par l'AAI et chez qui ils ont recherché 4 mécanismes de défense négatifs (projection, acting-out (impulsivité), déformation, isolation des affects (intellectualisation)) et 5 mécanismes de défense négatifs (humour, réflexivité, altruisme, sublimation, capacité à différer) préalablement isolés par la méthode Q-sort. Les garçons utilisent davantage l'intellectualisation tandis que les filles privilégient l'altruisme et la sublimation. Il ne ressort pas de différences entre les sexes pour l'humour, la réflexivité et la capacité à différer. Il apparaît par ailleurs que les jeunes secure utilisent plus les mécanismes de défense positifs que les insecure et il n'y a pas de différence pour l'utilisation des mécanismes de défense négatifs. Karin Grossmann a conclu de façon optimiste sur les influences des relations extérieures et les défenses d'adaptation pour construire une sécurité psychologique.

Antoine Guedeney a conclu ces trois journées en insistant très justement sur le fait que la thérapie de l'attachement n'existe pas mais que l'attachement peut renseigner sur différentes formes de thérapie (psychanalyse, thérapies cognitivo-comportementales, thérapies familiales) notamment sur les raisons du blocage du changement. L'attachement est davantage une dimension d'Axe II qu'une dimension d'Axe I, c'est-à-dire un fond de personnalité plus qu'un symptôme. Il a rappelé à quel point la qualité d'attachement est importante dans les thérapies car il y a une recherche d'aide et il a souligné la nécessité de préparation et d'adaptabilité du thérapeute notamment quand l'attachement du patient est insecure, surtout désorganisé.

Ces journées de ce premier congrès sur l'attachement ont été riches et surtout très stimulantes car elles nous font mieux connaître des outils de réflexion et de recherche qu'il nous faut intégrer à nos références pour trouver sans doute une troisième voie qui ne nous oblige pas à un renoncement.