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Allodoxia - Observatoire critique de la vulgarisation
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°188 - Page 50 Auteur(s) :
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Il ne faut pas croire tout ce qu’on lit dans les journaux (enfin, c’est ce que j’ai lu dans un journal). Il paraît, notamment, que les articles de vulgarisation scientifique sont parfois plus vulgaires que scientifiques. Voire pires, pour certains, si l’on veut bien suivre les démonstrations fort charpentées que nous livre Odile Fillod. Vingt-cinq articles en trois ans : une production inhabituellement maigre pour un blog. Mais considérons que certains de ces textes ont la taille de petits livres (avoisinant en effet parfois les 200 000 signes) et nous aurons une idée de la somme de travail ici exposée. L’objet, lui, en est fort simple : « (…) alerter sur certains écarts entre les données factuelles rapportées dans les articles de revues scientifiques et ce que divers intermédiaires culturels leur font dire. » Autrement dit, montrer, de manière extrêmement rigoureuse et documentée, comment les « vulgarisateurs » (journalistes ou scientifiques) font dire aux études ce qu’elles ne disent pas, généralisent des résultats Ïsans précaution méthodologique, ou encore assènent la conclusion d’une étude comme une « vérité » sans la replacer dans le contexte d’un débat entre scientifiques.

Des cibles non exclusives mais privilégiées : toutes les entreprises contribuant à « biologiser » ou à « naturaliser » de manière fallacieuse des processus relevant de la construction sociale (ou, en tout cas, dont rien n’a prouvé jusque-là qu’ils relevaient d’une cause uniquement biologique). Et, parmi lesdites entreprises, en particulier celles qui visent une naturalisation du genre aussi abusive que politiquement manipulable. Des manuels de SVT à la « psychologie évolutionniste », des singes à la neuro-imagerie, de la schizophrénie à la maladie d’Alzheimer, de la douleur à l’« instinct maternel », large est l’éventail des terrains sur lesquels Odile Fillod exerce sa minutieuse critique. Une mention spéciale pour les articles consacrés à Boris Cyrulnik : gageons que ce qui est ici dévoilé de ses petits arrangements avec la réalité – celle des travaux dont il parle ou celle de sa propre biographie – donnera du bon docteur une image un peu moins flatteuse et lénifiante que celle inlassablement reproduite à

Christian Robineau
chris.robineau@free.fr