La Revue

Histoire de la folie
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°192 - Page 50 Auteur(s) : Christian Robineau
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Il fut un temps où, tenez-vous bien, être clinicien n’équivalait pas à cocher cinq ou six critères d’une grille déessèmesque. Un temps où la psychopathologie dominante avait un peu moins courte vue. Mais ça, c’était avant. À l’époque où les cliniciens regardaient plus attentivement leurs patients que leur manuel et même, parfois, les écoutaient.

Une époque (très grossièrement, la fin du XIXe siècle et le début du XXe) qu’explore depuis lurette Michel Collée : auteur, avec Claude Quetel, d’un « Que sais-je ? » sur l’Histoire des maladies mentales, initiateur, en 1982, de la Société française d’histoire de la psychiatrie et de la psychanalyse, puis de l’excellente revue Frénésie (dix numéros de 1986 à 1993) et des éditions du même nom, il a entrepris ces dernières années de prolonger en ligne son exhumation au long cours de travaux anciens sur la folie (et la sorcellerie, son autre marotte) en nous faisant (re)découvrir des « textes princeps, souvent cités, ou rares, ou curieux, ou difficilement accessibles, ou même quelquefois méconnus. » Nous est ainsi offerte une collection d’environ quatre cents œuvres écrites ou iconographiques, régulièrement enrichie et qui fait se bousculer trésors et trouvailles à tous les étages : on y rencontre des classiques, comme les premiers textes de J. Cotard sur le délire de négation ou l’Atlas du Traité des dégénérescences de B.-A. Morel, des pièces inattendues, tels ces articles de Jules Romains et d’Henri Michaux glosant dans les années 1920 sur Freud et la psychanalyse, mais aussi nombre d’auteurs de la psychiatrie classique ou des débuts de la psychanalyse en France (Ph. Chaslin, J. M. Charcot, H. Claude, Th. Ribot, R. Allendy, E. Dupré, P. Janet, J. Capgras, H. Colin, etc.), sans compter de délectables curiosités telles que « Des érotismes agressifs par la griffe et par la dent » (M. Bonaparte) ou « Les possédées de Morzine ou le diable qui n’y voit goutte » (J. Tissot).

Ces cliniciens, quant à eux, y voyaient pour certains diablement clair et nous serions ainsi bien sots de ne pas nous laisser enseigner par des regards aussi judicieusement ranimés.

Christian Robineau
chris.robineau@free.fr