La Revue

Psychanalyse du grand âge. Trois essais cliniques
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« Ai-je ainsi le choix entre mourir et me réaménager » Sandor Ferenczi, Lettre du 2 octobre 19321

Plus d’un siècle après la création de la psychanalyse, la correspondance solidement établie depuis Freud entre les maux de la société et les souffrances psychiques de nos patients2 trouve, en miroir, une illustration inattendue dans l’émergence d’une nouvelle catégorie clinique : des femmes et des hommes, bien au-delà de la soixantaine, entreprennent une analyse.

L’intérêt de la psychanalyse pour la période du grand âge connaît de manière générale la même évolution qui fut celle du travail analytique avec les enfants : encore marginal il y a peu, cet attrait crois­sant pour la discipline du grand âge répond aux modifications du champ social qui la rendent digne d’un objet d’études. L’émergence d’un quatrième âge dû à l’allongement de la durée de vie, l’iné­vitable dimension ludique et les offres de loisirs qui l’accompagnent, faisant de la tranche d’âge précédente une part de marché écono­mique non négligeable, suscitent dans la pensée collective un « retour en grâce » : le troisième âge heureux dont la sexualité n’est pas – ou plus – exclue. La psychanalyse peut alors investir la clinique sur la base théorique énoncée en son temps par Karl Abraham et selon laquelle « l’âge d’apparition de la névrose a plus de poids pour l’issue de la psychanalyse que l’âge atteint au moment du traitement3». Ou bien encore s’étayer sur les réflexions de Ferenczi énoncées dans son article « Pour comprendre les psychonévroses du retour d’âge4».

La perspective contemporaine de l’hyperconsommation installe par surcroît un priapisme consumériste – maintenir éveillé le désir du consommateur – où ce dernier « cherche moins à occulter la mort qu’à lutter contre les temps morts de la vie5 ». Notre époque reprogramme une réhabilitation des âges déclinants dont les mécanismes psychologiques sous-jacents puisent dans les ressorts de la sexualité freudienne : « la nouveauté sera toujours la condition de la jouissance6».

Signe des temps, les trois cas féminins exposés dans cette étude témoignent de cette « normalité » culturelle : fruit d’une génération où, comme elles l’expliqueront plus tard sur le divan, l’on « ne parle pas de cela », ces analysantes décident dans leur « grand âge » de consulter et de se lancer, passées les appréhensions d’un premier entretien, dans un travail sur elles-mêmes.

Rapport ambivalent à la mort

Présentons brièvement ces cas. Il s’agit de trois femmes, deux de soixante-dix ans et une autre qui s’en approche à grands pas. Que viennent-elles chercher sur le divan ? Aucune d’entre elles ne connaît de pathologie organique grave ou pour le dire autrement, elles se trouvent en « bonne forme physique7. Au cours des séances, il ne sera pratiquement jamais question des maladies dues à l’âge de leurs artères. Pour cela, elles voient « régulièrement » leur médecin traitant. L’une se plaît à prendre le train et, d’un pas alerte, à gravir à pied les deux étages pour accéder à mon cabinet. L’autre n’éprouve aucune gêne à faire deux heures de route, « écoutant de la musique classique dans sa voiture » pour venir parfois trois fois par semaine, à ses séances. La troisième exerce encore une activité à temps partiel pour des raisons économiques.

Leurs préoccupations sont essentiellement d’ordre psychique et leur relation physique à leur finitude – autant que cela puisse l’être – paraît assumée. Et ce, malgré le « rapport avec la mort8 » qui manque de franchise et verse souvent dans l’ambivalence narcissique lorsqu’il s’agit de celle de l’autre, « un grand plaisir qui n’est pas à négliger en vieillissant ». Dans son contre-transfert, l’analyste pourrait être tenté par cette dernière perspective non seulement pour se distancer lui-même du spectre de la destruction incarnée par son analysante. Mais aussi afin de contourner « le problème difficile » que la mort pose à la psychanalyse : « un concept abstrait au contenu négatif, pour lequel on ne saurait trouver une correspondance inconsciente9 ». Rien de tout cela pour ces patientes qui appliquent, sans le savoir, le précepte de Voltaire adressé à la marquise du Deffand : « je vous exhorte, autant que vous le pourrez, à jouir de la vie qui n’est pas grand-chose, sans craindre la mort qui n’est rien10 ».

S’il fallait un argument supplémentaire, nous pourrions ajouter que leur « demande » ne concerne pas leurs « vieux jours » mais leur prime-enfance : le point commun de ces femmes réside dans le fait qu’elles « veulent régler un problème », « mettre quelque chose au clair », « élucider une énigme », celle de « toute une vie ». Nous n’avons pas le sentiment de nous trouver dans ce qu’il est convenu d’appeler une « névrose d’involution11 ». Plutôt une remise en ordre, un nettoyage, un rangement : pour preuve, des dossiers, des vêtements et des objets, appartenant aux parents décédés et conservés jusqu’alors, sont « triés, classés, jetés ». Sans accès de sentimentalisme. Au cœur du grand échangeur autoroutier de la vie, un axis mundi à retrouver en faisant un « pas de côté ». Un pas en arrière peut-être.  Quel bouleversement en attendre ?

Référée par un psychiatre, la première, âgée de plus de soixante-dix ans, vient consulter pour « régler » un problème qui l’a « hantée toute sa vie » et qu’elle souhaite « solder ». Son éducation et son environnement ne lui permettaient pas en son temps de l’évoquer. Son mari décédé depuis plusieurs années12, elle se sent à même d’entreprendre cette démarche pour mettre un terme à ce qu’elle appelle un « mystère ». Depuis sa plus tendre enfance, des rêves ou plutôt des cauchemars lui font ressentir une « oppression sur son corps, une forme humaine allongée sur elle et qui la presse alors qu’elle dort ». Lorsqu’elle ne se réveille pas avec un profond sentiment de dégoût, elle rêve de manière récurrente de « draps souillés de sang ». Manifestations oniriques qu’elle a toujours supportées sans jamais rien en confier à ses parents ni à son mari. « Libre », elle entend « savoir » si quelque chose s’est « réellement » passé, et qui serait susceptible de mettre en cause son père ou un adulte dans l’entourage de sa famille. Ou s’il s’agit, hypothèse qu’elle aborde dès la première séance avec une culpabilité relativement maitrisée, d’un « fantasme sexuel de sa part ». Un « rêve d’angoisse » dont Freud a précisément défini la nature13. Son analyse revêt la forme d’un « cluedo » mêlant clinique du fantôme et problématique de la relation de l’être au savoir et à la vérité : enjeux contradictoires d’une « libération » psychique individuelle sachant, d’une part, que « Mémoire et conscience s’excluent mutuellement14 » mais que, d’autre part, « rien de ce que nous avons possédé une fois en esprit ne peut se perdre totalement15 ».

La seconde vignette procède d’une articulation semblable : née en France sous l’occupation, cette femme dont le groupe sanguin ne correspond pas à celui de ses parents dont elle s’est « occupée » (sic) jusqu’à leur décès, « sait » donc qu’elle ne peut-être la fille de son père social. Des lettres semblent attester des difficultés de ce dernier à procréer tandis que la mère se retrouve enceinte alors que son époux rentre à peine, très affaibli, d’un camp de prisonniers en Allemagne. C’est encore une fois le rapport à l’authenticité historique du sujet qui se trouve posé dans cette analyse car la certitude biologique en matière d’hématologie épuise, selon les spécialistes, toute interrogation dans le réel. Mais certainement pas dans le fantasme. En témoigne la dimension prise par ce dernier dans le roman familial : la liaison adultérine supposée de sa mère avec un officier supérieur allemand, les représailles incestueuses du père à sa pré-puberté, plongeront l’adolescente dans un grave épisode anorexique. Forte d’un parcours professionnel remarquable, la patiente oscille entre un sadisme salvateur pétri de reconnaissance sociale et une menace d’effondrement par extrême sentiment abandonnique.

Dernière analysante en date, cette femme de la soixantaine avancée vient en analyse après un fait déclencheur : le départ, du domicile familial, de son fils célibataire dans la trentaine et souffrant d’obésité. Ce dernier s’est installé, au grand dam de la mère qui s’interrogeait – et l’interrogeait sur « celle qui un jour lui prendrait son fils » – dans le même immeuble « maternel » avec une divorcée cinquantenaire. Le surpoids du fils, à laquelle la mère avait tenté de remédier en imposant au rejeton, d’abord un régime draconien puis une opération, aura trouvé un autre environnement d’adiposité et d’indétermination socio-psychologique grâce auquel il peut sans doute échapper, outre à sa mère invasive, à ses angoisses et diluer, noyer même son identité, voire sa sexualité.

Le travail analytique avec les personnes âgées

Comment appréhender, accueillir ces demandes ? Faut-il seulement aborder ces trois cas cliniques sous l’angle de la vieillesse et de la technique analytique ? Nombre d’analystes ont déjà écrit sur le travail avec les personnes âgées. Mais souvent au détour d’une autre approche : un tirage spécial des Editions Erès16 et un récent numéro de la revue « Le Carnet PSY17 » ont été consacrés au « vieillissement ». Dans le premier, les problématiques de la cure n’y sont étrangement abordées qu’en incidence, en contrepoint de la question du grand âge. Plus directement et en profondeur dans le second opus même si les présentations cliniques semblent trouver un soutien opportun dans les manifestations tangibles de la fin de vie. Qu’en disent donc leurs auteurs ? Galerie de portraits.

Un « travail psychanalytique est possible avec des gens âgés18 », explique Bernard  Brusset, « mais avec certaines précautions » : il faut éviter selon lui, « d’induire trop de régression (par exemple en position allongée), trop de silence » : la technique est plus proche de la psychothérapie psychanalytique19 ». Propos discutables comme nous le verrons. « On ne considère plus comme risquée l’idée d’accueillir une demande d’analyse au-delà de 50, voire de 60 ans dans la mesure où effectivement la société actuelle permet à des personnes de cet âge d’espérer une seconde, voire une troisième tranche de vie sentimentale ou parentale20, ajoute pour sa part Claude Dumézil. Raymond Cahn surenchérit : « il m’est apparu, sans même que je m’en rende compte (sic), qu’on peut faire un excellent travail à tout âge et que le degré et la qualité des résistances ne sont guère fonction de la date de naissance. Ainsi ai-je été en mesure de réduire d’une manière assez spectaculaire des restrictions de vie chez des patients qui avaient plus de 60 ans21». Dans son  « Traité de pédagogie », Emmanuel Kant écarte en une phrase toutes ces précautions oratoires : « Socrate qui se nommait l’accoucheur des esprits de ses auditeurs, nous donne dans ses dialogues que Platon nous a en quelque sorte conservés, des exemples de la manière d’amener même des personnes d’un âge mûr à tirer certaines idées de leur propre raison22».

Poursuivons notre modeste inventaire. Ces trois cas nous emmènent bien au-delà des interrogations portant sur la sexualité génitale, sur la Torschlusspanik, la peur panique d’une extinction du désir telle qu’elle est évoquée par Michelle Moreau-Ricaud explicitant le texte, somme toute décevant à sa lecture, de Balint sur le « vieillissement23». Aucune de ces trois analysantes ne rappelle cette propension, due à la vieillesse, au retrait du monde, cette Entrücktheit 24 également mentionnée par Balint. Ce serait même le contraire : séances régulières, très investies. Nous nous éloignons aussi des cas présentés dans un passionnant compte rendu de la Revue Française de Psychanalyse où les analysants âgés seraient « entrés brusquement dans une période de décompensation 25» avec un tableau clinique « quasi traumatique, fait de dépression avec angoisse, idées de suicide, insomnie, parfois anorexie ». Rien de tel dans nos vignettes. Il ne s’agit donc pas de prises en charge thérapeutiques, de soutien face aux appréhensions d’une disparition programmée pour ces patientes éduquées, voire très diplômées. Elles ne sont pas encore devenues la « limite de leurs corps26 ». Au-delà de leur ménopause, ces femmes ne se situent certainement pas encore à l’article de la mort, à l’image de ces thérapies ultimes d’accompagnement esquissées par Michel de M’Uzan27 Nous ne sommes ni dans « la persévérance finale » du Père Nouet28, ni dans la « vie urgente29 ». Ce qui les préoccupe réside bien davantage dans tout ce qu’il leur reste à parcourir avant cette disparition. Nous allons voir que ce n’est pas rien.

S’il ne s’agit pas de « mort » stricto sensu, nous ne pouvons toutefois pas nous ôter de l’esprit une intime conviction : ces trois vignettes mettent en jeu une mise au clair. Quelque chose d’important, de vital même, se joue dans leur quête : la « demande » se révèle explicite. Elle surprend par sa concision. Le besoin impératif d’un seuil à franchir au travers d’une écoute « autre » destinée à élaguer, désembuer, simplifier : une réélaboration de leur vérité, voire une distanciation vis-à-vis de celle-ci. Si au départ, c’est la question du savoir qui est en jeu, le travail analytique décentre, décolle, dévie cette interpellation vers l’intégration psychique30: s’opère alors un processus de remaniement d’un âge avancé de la vie.

Finalement, l’interrogation de ces analysantes épouse la formule choc de Ferenczi : « une question restée sans réponse : mais pourquoi m’a-t-on mis au monde si on n’était pas disposé à m’accueillir aimablement ?31 ». Inhabituels, ces « appels » témoignent de « ces relations du déplaisir, de la douleur et de l’angoisse » lesquels « risquent de nous apprendre quelque chose sur la relation du psychisme avec le corps32».

Retour de l’angoisse

Pour le comprendre, il faut nous tourner vers d’autres horizons théoriques et cliniques : « il y a un devenir, mais c’est autre chose », explique de manière encore trop sibylline Annie Anzieu à propos des patients âgés en analyse33. Peut-être devrions-nous nous rapprocher de la définition de la « douleur » telle qu’elle émerge, encore une fois, chez Ferenczi : « la révolte contre la pénible réalité » conduisant à ce qu’il nomme « voie d’acceptation34 ». Nous y associons une note obscure de ce brillant auteur intitulée « être mort, être femme35 » à propos de « l’intuition féminine » : « à savoir que le moment de mourir, au cas où l’inévitabilité de la mort, peut-être après un dur combat, est reconnue et acceptée, s’accompagne de cette omniscience hors du temps et de l’espace36 ». Nous ressentons en effet la nécessité d’interroger un « au-delà » du climatère, une intrusion dans un « grand âge » pour tenter une conceptualisation non sclérosante37 sur les cycles essentiels de la vie et ce, à partir des concepts de la limite, du pulsionnel et de l’angoisse. Cette triple articulation n’est d’ailleurs pas démentie par une approche classique : « On pourrait considérer que l’un des principaux objectifs d’une « gérontoanalyse », serait d’introduire des limites et de l’ordre dans la surabondance d’associations qui encombrent, accablent le patient et qui en même temps, par ailleurs, le nourrissent, le retiennent, l’enrichissent, l’étoffent38 ».

Dans le numéro spécial des éditions Erès, Alain de Mijolla traite, comme en écho à la sentence d’Annie Anzieu, du « devenir d’une autre liberté39» : ne serait-ce pas cette liberté même, cet espace qui sollicite un moi, désormais susceptible d’être débordé par cette défection annoncée de limites ? Nous faisons l’hypothèse d’un moi débarrassé, en partie, du surmoi tyrannique : « à mon âge, je n’en ai plus rien à faire », expliquent ces patientes dont l’entrée en analyse témoigne de leur absence – à tout le moins de leur atténuation – de préjugés existentiels. Ne serait-ce donc pas du côté du ça pulsionnel que se jouerait l’essentiel ? Si « la sexualité physique génitale n’est plus de leur âge » comme ces femmes l’expriment avec une rare aisance sur le divan, cela ne signifie toutefois pas une absence de sexualité psychique : « être en retraite, c’est se mettre sur le terrain de la jouissance. En espagnol, les « retraités » n’existent pas, on parle des « jubilados », de « jubilants40 ».

Nous avons le sentiment que le moi de ces patientes n’a plus à batailler comme il l’a fait tout au long de la vie : le climatère avancé remet en cause, mais sans l’abolir complètement, la servitude de cette instance vis-à-vis de ses trois maîtres. Il réévalue « la menace des trois dangers » : « le monde extérieur, la libido du ça et la sévérité du sur-moi41 ». L’analyse n’interroge-t-elle pas cette « capacité du moi à se remanier en parvenant à des compromis entre les trois exigences du ça, du surmoi et de la réalité extérieure42 » ? Une tendance d’autant plus accentuée que les « conflits antérieurs n’ont pas pu être traités ou perlaborés suffisamment43». « Que faire de cette liberté subie, moi qui ai consacré ma vie aux autres ? » déclare l’une des analysantes.

Nous touchons là, pensons-nous, au cœur du sujet : quelle est la nature de cette angoisse perceptible chez nos trois patientes ? Relisons Freud à ce sujet : « toute angoisse est en réalité angoisse de mort » affirme-t-il dans un paragraphe du « Le moi et le ça44 ». Et de préciser : « mon opinion est que l’angoisse de mort se joue entre le moi et le surmoi45 ». Mais à l’accoutumée, Freud nuance ses propres considérations : « L’angoisse de la mort, dont nous subissons la domination plus souvent que nous ne le savons nous-mêmes, est par contre quelque chose de secondaire, issu le plus souvent d’une conscience de culpabilité46 ». Et puisque nous avons précédemment exclu l’angoisse devant un danger réel, la Realangst (la mort), c’est donc de l’autre angoisse, la neurotische Angst (l’angoisse névrotique), l’angoisse devant un danger fantasmatique ou interne qu’il s’agit47. D’où pourrait surgir cette angoisse névrotique sinon de la prime enfance ? C’est bien « l’angoisse infantile » qui paraît faire « le lit » de l’angoisse « névrotique adulte48 ». Rien de contradictoire avec cette « conscience de culpabilité » infantile que Freud nommera dans un autre ouvrage « angoisse sociale », et qui était « originellement l’angoisse d’être châtiée par les parents, ou, plus exactement, de perdre leur amour49 ».

Ce refoulé infantile qui fait retour laisse percer un paradoxe : un avenir pulsionnel sans borne d’un côté mais fondé, de l’autre, sur une ultime occlusion. Un clivage insoluble50: rencontre impossible entre, d’une part, la constance et « l’inconciliabilité absolue de la pulsion51 ». Ce que Piera Aulagnier résume dans sa formule : « Condamnés à investir52 ». Et de l’autre, comme en suspens, l’immense inconnue de la relation objectale : investir dans quoi ? Le moi peut-il à la fois se contenter et surtout contenir l’ensemble de cet investissement ? En clair : que reste-il du moi affriolant de la jeunesse pour, sans aveuglément trahir son « Idéal du moi », supporter une libido d’objet ? À ce stade, nous souhaitons, au passage, questionner les théories de deux auteurs : ne conviendrait-il pas, contrairement à Paul-Laurent Assoun, de prendre appui sur les nouvelles approches du vieillissement afin de soulever la question analytique jamais résolue du stade « post-génital », sous la forme d’une « déconstruction », d’une « désorganisation » de la sexualité adulte ? Ce faisant, nous éprouvons aussi des difficultés à suivre Jean Bergeret et son idée d’une « latence » du sexuel, d’une « désexualisation » « ouvrant pour les personnages âgées la voie normale, sublimations et rationalisations53 ». Idée discutable, nous semble-t-il : dans un article de 1895, Freud reprend les termes d’une lettre adressée à son ami Fliess un an plus tôt : avec l’âge, explique-t-il, « la libido ne diminue pas mais il se produit une telle augmentation de l’excitation somatique que le psychisme est dans un état d’insuffisance relative pour maîtriser cette excitation54».

Poussée pulsionnelle, déliquescence objectale

Nouvelle rupture, nouveau déséquilibre entre une excitation somatique et une incapacité d’élaboration. La définition même de l’angoisse : « le fait que le développement du moi se laisse distancer par le développement libidinal est, à nos yeux, la condition essentielle des névroses55». Celle de tous les âges repose sur « l’inadéquation entre l’excitation sexuelle au niveau somatique et la possibilité d’élaborer cette excitation au niveau psychique 56». De la « libido inemployée 57 » précise encore Jean Laplanche à propos de l’angoisse infantile. Et d’ajouter : « la véritable violence qui crée l’angoisse serait cette violence interne, cette violence refoulée, que fait au sujet sa propre excitation sexuelle 58». Une libido « désaffecté 59 » en quelque sorte. Terme que nous déclinons doublement : il s’agit tant d’une « désaffection » dans le sens d’un détachement – une gare désaffectée, non reliée au réseau ferré – que d’une désaffectation au sens où, par exemple, un fonctionnaire détaché – « mis à disposition » dit la Fonction publique – demeure dans l’attente d’un poste et de nouvelles responsabilités. Ce dédoublement sémantique traduit à la fois, selon nous, la désorganisation des circuits économiques de « frayage60 » et l’absence de « but 61 ».

Cette angoisse est d’autant plus infantile qu’elle prend naissance dans le ça, le « grand réservoir 62 » pulsionnel. Une angoisse « réactivée à l’occasion d’un événement qui déborde des défenses mentales mises en place de longue date 63», selon Marie-Frédérique Bacqué. Si cette approche rappelle les « deux temps du trauma » et le processus de « réactivation », de « sexualisation » génitale à la puberté, nous préférons néanmoins considérer, en écartant la psychologisation de l’étayage évoquée précédemment 64, le « débordement pulsionnel 65 » comme l’événement lui-même : l’accumulation de la surcharge pulsionnelle renverserait « la différence de potentiel entre intérieur et extérieur ». Au risque de faire couler le « baquet 66 ». Si déséquilibre il y a, c’est sans doute en raison d’une altération de l’homéostase, d’une déliaison des forces dont le moi, où réside le lieu d’expression « déplacé de cette angoisse 67 », devient la victime expiatoire.

Et comme nous suivons l’hypothèse que tous les âges de la vie réitèrent cette inadéquation, ce défaut d’élaboration psychique face à une excitation somatique, nous nous risquerons à affirmer que le vieillissement, tout comme les autres grands cycles de la vie, répète la première inadéquation dans la relation entre le bébé et l’adulte. S’y inscrit la même implacable logique de cette expérience originelle qui « entraîna chez le nourrisson la nécessaire invention » de l’inconscient 68. Tout comme les rêves de l’adulte répliquent des scènes de l’enfance 69, Freud confirme que « c’est d’ailleurs encore la même situation qui se trouvait au fondement du premier grand état d’angoisse, celui de la naissance, celui de la séparation d’avec la mère protectrice 70 ». Dans cette perspective, le fait de tenir la nostalgie, phénomène récurrent dans le discours du climatère, comme un « mécanisme de défense contre l’angoisse du vieillir 71» n’est pas contradictoire avec la place centrale de la sexualité prégénitale, ce « sexuel-présexuel 72» : chez nos patientes, le rapport aux adultes, parents et entourage familial, constitue le nœud gordien de leur perlaboration. Ces femmes effectuent une sorte de « rétrospective sexuelle 73 » de leur existence traduisant cette ré-adéquation impérative entre corps et psyché qui caractérise, dès la prime enfance, cette « confusion de langues 74 ». Et dont les hiatus successifs rythmeront les étapes de la vie. Il s’agit là d’un de ces processus conflictuels caractéristiques de la psyché humaine. Celui qu’elles expérimentent sur le divan n’en est pas forcément le dernier.

Remaniements et stades de la vie

Le professeur Laplanche insiste à ce sujet sur un fait : le schéma freudien des stades est « valable pour d’autres barrières et pour d’autres stades 75» que le pubertaire. D’où les inévitables « cousinages » entre cycles et remaniements qui interviennent dans d’imprévisibles et capricieuses temporalités : les schémas subséquents entre seuils, franchissements et remaniements ressemblent à ceux des vérités successives aléatoires 76 dont les apparences d’irrésolution ont valeur d’authenticité. Les patients du climatère qui viennent en analyse éprouvent une angoisse en rapport avec la temporalité : « Certaines étapes décisives doivent être instaurées comme les moments d’un ensemble plus vaste afin d’être dépassées au cours du développement psychique 77». Les expériences typiques rencontrées dans toutes les époques de la vie « séparation, deuil, douleur, poussées pulsionnelles diverses 78» sont enregistrées de manières différentes en fonction de l’évolution et de la maturation psychiques. Certes, mais un fait essentiel demeure : « l’acquis pulsionnel précède chez l’homme l’inné instinctuel 79 ».

Le problème du « remaniement 80» se pose autrement : « comment faire place au changement dans une structure qui demeure inchangée quant à sa constitution ? 81». Peut-être conviendrait-il de préciser : contrairement au pubertaire qui oblige la sexualité adulte à se frayer un chemin et occuper une place déjà prise par la sexualité infantile, le vieillissement renonce, retranche, ôte. Quelle incidence sur la structure psychique de ce « vacuum » rendu disponible, sinon un accroissement de la tension, une accélération, une intensification de ce « travail d’auto-élaboration toujours renouvelé » proche du processus de perlaboration défini par Freud comme des séries de répétitions et de remémorations. Lesquelles permettent au sujet de « passer de la simple conscientisation à une conviction réelle qui engage l’ensemble de sa psyché 82». « On est toujours dans la discontinuité psychique sur fond de continuité ou réciproquement : il y a les deux 83 » explique Cahn. Nous retrouvons l’idée précédemment évoquée d’une double oscillation entre poussée pulsionnelle et évanescence, voire déliquescence objectale. Dans l’interstice de cet aiguillage s’opère peut-être, à la marge, une modification structurale. Les patientes dont il est question dans les trois vignettes cliniques pourraient en témoigner : un remaniement psychique aura bien lieu mais elles le ponctuent, résistance ou aveu, d’un commun : « à mon âge, je ne me referai pas ». Peut-on parler d’analyse ? Nous avancerons deux arguments en ce sens. Dans ce travail sur le divan furent constamment « mobilisés » l’inconscient, le contre-transfert et la sexualité infantile. Le travail analytique a, en outre, rendu possible – et perceptible – un « changement de sens du rapport du sujet à son passé 84». Un peu comme le fait de lire un de ces grands livres « vivants » où, à dix ou quinze ans d’intervalle, nous découvrons un paragraphe, une ligne qui fait sens après être restés « neutre » à la première lecture. Ce n’est évidemment pas le livre qui change mais l’acuité et la clairvoyance du lecteur. Un « cadeau » – piètre consolation moïque – du climatère en quelque sorte : plus un moment qu’une cause, plus un « kairos 85» qu’un symptôme. Cet exercice s’apparente-t-il davantage à une « Aufhebung », un dépassement, une sortie par le haut, qu’à une « Erlösung », une solution, une dilution du complexe névrotique ?

Qu’en est-il de ces patientes ?

Malgré des structures psychiques différentes, l’analyse produira pour ces trois patientes ses effets en déplaçant, en décentrant serait-il plus exact d’écrire, cette recherche digne au départ d’une enquête de Sherlock Holmes. Ou de Miss Marple ! De la vérité, il ne sera plus question : malgré d’indéniables « mises à jour », nonobstant la découverte « d’indices » et une « réorganisation » des entrelacs familiaux, les analysantes réaliseront sur et pour elles-mêmes un travail de « réécriture », de « dépassement » et, oserions-nous dire si le mot ne véhiculait pas une connotation christologique, un « accomplissement 86». La première arrive un jour avec un rêve qui la convainc du fait qu’il s’agit probablement de sa dernière séance : la nuit précédente, elle rêve qu’elle « sort de sa machine à laver des draps immaculés et étincelants qu’elle étale pour les sécher au grand soleil de son jardin » : un sentiment de bonheur l’envahit. Une inquiétude aussi, bien connue des analysants en approche de fin de cure : cette perception durera-t-elle ?  Ultime réassurance qu’il n’appartenait pas à l’analyste de lui fournir puisqu’elle en détenait elle-même la clé.

Pour la seconde, les événements transgénérationnels, de la grand-mère à l’arrière petite-fille 87, « substantialisent » les éléments jusqu’alors indiscernables de son histoire. À mesure des séances, la demande ne concernera plus l’authenticité d’un savoir dont l’analyste serait le garant 88. Filet dont les mailles sauteront progressivement : les angoisses puiseront plus leurs ressources dans la digestion que dans la confrontation avec cette vérité. Avant de disparaître : elles s’illustreront par un amenuisement de la culpabilité au travers de la reconnaissance et de l’acceptation post mortem d’un jeu d’autant plus séducteur vis-à-vis du père social que celui-ci se trouve privé de la barrière de l’inceste. Et d’une rivalité féminine d’autant plus exacerbée avec la mère que ce cheminement tortueux la guide vers « l’objet source » : le père identitaire. La patiente admettra le recours au sadisme dans la recherche d’un pouvoir phallique et à même de l’aider à construire son autorité sociale afin de se venger des souffrances infligées par les « deux hommes » de sa vie. La quête de distinctions sociales dont la patiente ne manque pourtant pas finit par s’apaiser dans des séances où la dose d’horreur de son anamnèse revêt peu à peu les couleurs de la banalité. Elle s’approprie peu à peu son histoire : « fille de boche » dira-t-elle un jour tout en interdisant à l’analyste de reprendre ce vocable à son compte 89. Un acting out marquera un tournant : la patiente qui, jusqu’alors, rangeait soigneusement plié et caché dans un recoin de son portefeuille, l’argent de la séance, l’oublie un jour en même temps que ses papiers d’identité. Et d’évoquer, la séance suivante, son sentiment « d’avoir perdu sa relation avec l’analyste ». Désormais, le numéraire sera directement accessible dans son sac à main.

Quant à la troisième analysante, notre introduction du cas pouvait suggérer une problématique éloignée des deux autres 90. Toutefois, après une longue litanie plaintive sur les malheurs du fils dont, oserions-nous dire, la patiente a « nourri » les séances, s’engage une période qui lui permet de couper le cordon filial, puis de se détacher elle-même de son propre maternel, afin de comprendre les raisons du fiasco familial. Elle veut enfin « s’occuper d’elle », se faire plaisir. Ses rêves agréables de « maison à elle », qu’elle « agence comme elle l’entend » bien que cette habitation soit située à « flanc de falaise », indique le saut qualitatif qu’elle s’évertue à franchir dans son travail analytique. Ses tenues vestimentaires, sans doute liés au transfert sur l’analyste – le bon fils 91? – en témoignent : elles « retrouvent ses tailleurs » à propos desquels elle se demandait « quand elle pourrait les remettre 92 ». Elle exhale de lourds parfums, expliquant en début de séance : « ça, c’est moi ».

Que nous suggèrent ces trois fragments d’analyses ?  Les analysantes évoquent le sentiment d’un « allègement », d’une « liberté retrouvée 93 ». Vérité sexualisée pour chacune d’entre elles : la première se débarrasse d’un fantôme – d’un fantasme ? – sexuel. La seconde joue de l’ambiguïté entre l’attractivité d’un positionnement social et le maintien d’une féminité énergique, surfant sur des offres de la gente masculine. La troisième « qui ne veut plus entendre parler des hommes » admet peu à peu qu’entre son père et son fils, la place pour un « troisième venait à manquer ». Elle se réveille une nuit, angoissée par la « vision d’un objet qui, malgré la foule présente, veut s’en prendre à elle, la poursuit et aux assauts duquel elle échappe en montant dans un bus ». Objet « phallique-serrure » que la patiente dessine avec réalisme en se réveillant et qu’elle apporte en séance. Elle y associe librement son refus de toute nouvelle rencontre masculine 94. Elle se « regarde à nouveau dans la glace » et « prend un soin esthétique de son corps ». Elle décide « d’occuper pour elle-même la chambre du fils, débarrassée du mobilier de ce dernier ».

Chacune d’entre elles illustre un besoin de confronter son nouveau rapport au savoir et à l’autre, intégrant une réassurance, notamment dans ce rapport particulier entretenu avec la parole de l’analyste, structurante du cadre : « je n’en avais jamais parlé avant, vous êtes la première personne à qui je me confie » dit l’une. « Vous au moins, c’est moi que vous écoutez » enchaîne l’autre. La troisième : « vous êtes mon seul interlocuteur… À qui d’autre pourrais-je demander conseil ? ». La parole analytique ferait-elle office de « stoppage narcissique » ?

Nous souhaitons à ce sujet revenir et tenter d’expliciter ce concept de liberté recouvrée tel qu’il appert dans ces psychanalyses du grand âge. Quelques temps après avoir débuté son analyse, l’une des patientes « apporte » un rêve qui la trouble : « sa mère vivante en réalité, était morte, bien en place dans le cercueil, tranquille et elle-même s'étonnait dans ce rêve de n'éprouver aucune peine, ponctuant ce constat d'une parole onirique : j'en ai bien profité ». Et d'associer à ce rêve, non pas la crainte de la disparition de sa mère mais ce qui allait advenir d'elle, tout ce qui s’offrait à elle, une fois que celle-ci serait partie : « elle est tout pour moi ». Comme si la présence de sa mère faisait à la fois barrage à sa propre mort et partant, la protégeait d’un champ des possibles, mêlant liberté et autonomie. Nous n’ignorons certes pas « l’accomplissement de souhait à propos du rêve de mort des personnes vivantes 95 ». Il est probable qu’à l’occasion des funérailles de sa mère, la patiente aspire à « revoir son fils » absent. Mais la surdétermination nous conduit aussi à y associer, interprétation que la patiente ne niera pas, la révélation de sa propre échéance qui conjoint la mort et, surtout, la latitude qui demeure avant d’y parvenir 96. Une des mes autres patientes dont le beau-père de plus de quatre-vingt-dix ans venait de disparaître, s'étonnait aussi du fait que son mari éprouvât ce sentiment d'immensité, ce ressenti d’un espace advenant devant lui après la perte de son ascendant. « Etonnement » de la patiente car elle-même avait, au moment de la disparition de ses parents, ressenti « un vide non pas devant mais derrière elle ». Nous visons bien la problématique de toute filiation qui interroge, en quelque sorte, à rebours. 

Traduction, passage : trahison du traducteur ?

Chaque période de l’existence apporte avec elle un nouveau langage, un nouveau mode d’élaboration, une nouvelle « batterie de signifiants ». Et, ajoute encore le Professeur Laplanche de manière plus directe pour notre sujet : « c’est justement dans le passage et dans la traduction d’un stade à l’autre que peut se jouer la défense névrotique 97». Dans les trois cas qui nous occupent, ont bien coexisté « confusion de langues entre l’adulte et l’enfant », perturbation du maternage et blessure de l’enveloppe corporelle-psychique. Autant de symptômes, d’intervalles et de fissures. L’énigme du message adulte, compromis par sa propre sexualité infantile refoulée, « incite l’enfant à développer une activité insolite de traduction 98». D’où le recours à l’analyse : ces patientes se confrontent à la complexité de ce « passage », à l’horizon duquel se profile « l’objet perdu ».

Ce qui pose a fortiori, au-delà du langage évidemment 99, la question d’un « échec » de la traduction ou d’une « traduction erronée ». Rappelons-en l’importance : « traduire, pour l’enfant, cela ne consiste pas à traduire directement un message mais l’effet de ce message sur son corps 100». Pour cet auteur, entre le défaut de traduction, la traduction erronée et le résidu de la traduction, c’est le troisième, échappant de ce fait à la liaison qui sédimente dans l’inconscient sexuel refoulé. Traduire c’est « s’approprier, selon lui, cette aperception », la faire sienne et ainsi « accroître le moi corporel qui est aussi le moi érotique 101». Ce que Goethe traduit admirablement par la formule faustienne : « ce que tu as hérité de tes pères, acquiers le ». Paradoxe de l’héritage dont l’acceptation rend impératifs et simultanés, renoncement, perte et reconquête. Ces résidus non traduits ne manquent pas d’insister et de faire retour, de susciter aussi de nouvelles tentatives notamment à propos de la traduction et objet-source de la pulsion, apportés de l’extérieur comme objets par l’adulte 102. Au détour de ces lignes et à propos de nos analysantes, nous retrouvons l’explication ferenczienne : « Le développement du sens de réalité se présente en général comme une série de poussées successives de refoulement, auxquelles l’être humain est contraint par nécessité, par la frustration exigeant l’adaptation, et non par des tendances à l’évolution spontanée103 ». Les énigmes sexuelles infantiles de ces femmes ressurgissent lors du processus de remaniement, rendu plus sensible par la dilution des frustrations et l’émoussement du refoulement.

Ce hiatus dont parle Ferenczi dans le problème de l’affirmation du déplaisir ne serait-il pas à rapprocher de ces résidus de traduction, ce « même jeu cruel104 » qui se répète à chaque stade du développement : « L’ambivalence, cette désintrication pulsionnelle, est absolument nécessaire pour qu’apparaisse une perception de l’objet105 », affirme-t-il à propos du texte de Freud sur la dénégation. La personne âgée en analyse ne recherche-t-elle pas cette « reconnaissance de l’objet » qu’elle voudrait aimer et que seule la « malice106 » de l’objet l’en empêche? Ce que nous avons nommé précédemment la déliquescence objectale face à l’attaque pulsionnelle. Le disciple avant-gardiste de Freud ajoute : un « ajournement de l’action jusqu’à ce que réalité extérieure et réalité de pensée soient devenues identiques107». Or « la finalité première et seconde de l’épreuve de réalité n’est-elle donc pas de trouver un objet correspondant au représenté dans la perception réelle, mais de le retrouver, de se persuader qu’il est encore existant108 ». Si la sexualité adulte génitale, reproductive disparaît à cet âge, nul doute que subsistent ou que reviennent au premier plan des pulsions partielles, « en rapport avec le retour à une étape déterminée du développement 109».

S’agirait-il de lutter contre le retour de ce déséquilibre instauré en faveur des pulsions sexuelles de mort, cet « Eros libéré par la désintrication pulsionnelle110» ? Cette pulsion sexuelle de mort dont nous connaissons l’origine dans « la destruction, cause du devenir » chez Sabina Spielrein111. La psychanalyse du grand âge invite, pour ne pas y être contraint par la force des choses, à une destruction partielle du moi – les tristes renoncements – mais seulement dans le but de « construire, à partir de ce qui en reste, un moi capable d’une résistance encore plus grande 112 ». Aux trois femmes, elle entrouvre la perspective, à la fois lointaine et proche, d’appréhender au mieux ces retrouvailles avec le fantasmatique « objet perdu »,  substitut de l’objet tout court en pleine déliquescence, tout en exploitant pour elle-même la reviviscence pulsionnelle de l’asymétrie énigmatique des premiers instants de vie : afin de faire du temps qui persiste, un temps à conquérir./.

Jean-Luc Vannier
Psychanalyste
Chargé de cours à l'Université de Nice Sophia-Antipolis, à l'Edhec & l'Ipag


Notes
1. Journal clinique, Paris, Payot, 1985, p. 284.
2 « L’élargissement de la conscience est ce qui permet à l’humanité d’exister, de faire face au progrès constant du refoulement ».  Séance de la Société Psychanalytique de Vienne du 10 mars 1909, NRF, Gallimard, 1978, p. 173.
3 K. Abraham, « Le pronostic du traitement psychanalytique chez les sujets d’un certain âge », Œuvres complètes, tome II, 1915-1925, Payot, Coll. « Sciences de l’homme », 2000, p.89.
4 S. Ferenczi, « Pour comprendre les psychonévroses du retour d’âge », Œuvres complètes, tome III, Payot, 1982.
5 G. Lipovetsky, Le bonheur paradoxal, Essai sur la société d’hyperconsommation, Gallimard, 2006, p.64.
6 S. Freud, « Au-delà du principe de plaisir », in Essais de psychanalyse, Petite Bibliothèque Payot, n°15, 2001, p. 87.
7 Rien à voir avec les « trois registres de plainte le plus souvent présentés dans le travail du vieillissement : la prise chronique de psychotropes, la perte d’un proche, la présence d’un cancer ou d’une maladie chronique », Marie-Frédérique Bacqué, « L’angoisse de mort dans le vieillissement, Pratique analytique avec des personnes de plus de soixante-dix ans », in Vieillir aujourd’hui, Le Carnet PSY, n° 180, mai 2014, p. 48.
8 S. Freud, Notre relation à la mort, Petite Bibliothèque Payot, n° 881, 2012, pp. 51-83.
9 S. Freud, « Le moi et le ça », Essais de Psychanalyse, Petite Bibliothèque Payot, n°15, 2001, p. 303.
10 Voltaire précise que la crainte vient de « l’idée de la mort » et non de la mort elle-même. B. Craveri, Madame du Deffand et son monde, Points Essais n° 378, Seuil, 1999, p. 263.
11 K. Abraham, op. cit. p. 86.
12 Ce qui écarte l’idée d’un phénomène déclencheur de l’analyse.
13 L’explication que j’ai donnée à cette angoisse, c’est qu’il s’agit d’une excitation sexuelle qui n’étant pas comprise par l’enfant, n’est pas maîtrisée, qui se heurte sans doute à une récusation parce que les parents y sont impliqués, et qui, de ce fait, se transforme en angoisse », S. Freud, L’interprétation du rêve, PUF, Coll. « Quadrige », 2013, p. 640.
14 S. Freud, Lettre 52 du 6 décembre 1896 à W. Fliess.
15  F. Scholz, « Schlaf und Traum », cité par S. Freud, L’interprétation du rêve, PUF, Coll. « Quadrige », 2013, p. 47.
16 D. Platier-Zeitoun & José Polard, Vieillir…Des psychanalystes parlent, Un désir qui dure,  Erès, 2009.
17 Vieillir aujourd’hui, Le Carnet PSY, n° 180, mai 2014.
18 B. Brusset, « Un nouveau mode d’existence, parfois le plus heureux », in Vieillir, Des psychanalystes parlent, Erès, 2009, p. 35.
19 Ibid., p. 35.
20 C. Dumézil,  « Qu’est-ce que vous appelez l’âge ? », in Vieillir…Des psychanalystes parlent, op. cit., p. 101.
21 R. Cahn, « Il serait vraiment dommage que je m’arrête maintenant », in VieillirDes psychanalystes parlent, op. cit. ,p. 41.
22 E. Kant, Traité de pédagogie (1803), traduction de Jules Barni, Gallica, BNF, p. 89.
23 M. Moreau-Ricaud, « Grandir jusqu’à la mort ?, A propos de M. Balint « The Psychological Problem of Growing Old », in L’Esprit du temps, Topique, n° 93, avril 2005, p. 12.
24 Ibid., p. 16.
25 C.-J. Luquet-Parat, « À propos de quelques psychothérapies de névroses de caractère », Revue Française de Psychanalyse, mai-juin 1968, n° 32, pp. 610-614.
26 Selon l’expression d’Annie Anzieu, « Est-ce la sagesse ? », in Vieillir, op. cit., p. 22.
27  M. de M’Uzan, Aux confins de l’identité, NRF, Gallimard, 2005, pp. 42-43.
28 A. Azar, « Du Deuil et de quelques états connexes », in Clinique de l’extrême, ‘Ashtarout, Bulletin volant n° 2014.0205, Beyrouth, Liban, 2014, pp. 8-9.
29  M. de M’Uzan, op. cit., p. 91.
30 Rien à voir avec la « psychanalyse intégrative » évoquée par Otto Kernberg. J.-L. Vannier, « Séminaire de psychanalyse autour d’Otto Kernberg à Berlin », in La psychanalyse en Suisse : une histoire agitée, Le Coq Héron, n° 218, Erès, septembre 2014.
31 S. Ferenczi, L’enfant dans l’adulte, Petite Bibliothèque Payot, n° 596, 2006, p. 16.
32 J. Laplanche, Problématiques I, L’angoisse, PUF, Coll. « Quadrige Grands Textes », 2006, p. 17.
33 A. Anzieu, « Est-ce la sagesse ? » in Vieillir, Des psychanalystes parlent…,op. cit., p. 22.
34 S. Ferenczi, cité dans la préface, in Réflexions sur le masochisme, Petite Bibliothèque Payot, n° 871, 2012, p. 33.
35 S. Ferenczi, « Etre mort, être femme » in Réflexions sur le masochisme, Petite Bibliothèque Payot, n° 871, 2012, pp. 99-104.
36 Ibid., p. 102.
37 Dans le sens où nous voulons débarrasser nos réflexions sur le grand âge des étayages sur la maladie ou sur la décrépitude physique qui souvent les bordent.
38 R. Dadoun, « Quant au vieillir », in Vieillir, Des psychanalystes parlent…, op. cit. , p. 71.
39 A. de Mijolla, « Aller vers cette liberté », in Vieillir, Des psychanalystes parlent…op. cit, p. 145.
40 B. This, « Ceux qui sont entrés en ‘jubilance’ », in Vieillir, Des psychanalystes parlent…op. cit., p. 213. Nous relevons d’ailleurs à ce propos la même référence à la Jubilacion des retraités dans le dossier Vieillir aujourd’hui, Le Carnet PSY, n° 180, mai 2014, p. 46.
41 S. Freud, « Le moi et le ça » in Essais de psychanalyse, Petite Bibliothèque Payot, 2001, p. 301.
42 F. Villa, « Quand la psychanalyse rencontre la question du vieillissement », in Vieillir aujourd’hui, Le Carnet PSY, n° 180, mai 2014, p. 21.
43  Ibid., p. 21.
44 S. Freud, « Le moi et le ça », in Essais de psychanalyse, op. cit., p. 303.
45  Ibid., p. 304.
46 S. Freud, « Notre relation à la mort », op. cit., p. 74
47 S. Freud, Introduction à la psychanalyse, Payot, 1970, p. 371 et J. Laplanche, Problématiques I, L’angoisse, op. cit., p. 52.
48 J. Laplanche, Problématiques I, L’angoisse, op. cit., p. 67.
49 S. Freud, « Pour introduire le narcissisme » in La vie sexuelle, PUF, 2011, p. 105.
50 Ou une confrontation entre « l’exigence de maintenir un sens donné à la vie, jusqu’au bout, et à l’épreuve de réalité de la fin de cette dernière », Bianchi cité par François Villa, in Vieillir aujourd’hui, op. cit., p. 25.
51 J. Laplanche, Le primat de l’autre en psychanalyse, Champs Flammarion, 1997, p. 11.
52 Cité par Michelle Moreau-Ricaud, in Vieillir, Des psychanalystes parlent…op. cit., p. 179.
53 Cité par F. Villa, in Vieillir aujourd’hui, op. cit., p. 24.
54  Lettre à Fliess de juin 1894, Manuscrit E, « Comment naît l’angoisse », in C. Masson, Résumé analytique des Œuvres complètes de Freud, Tome I, 1884-1905, Hermann Psychanalyse, 2006, p. 29.  Voir aussi S. Freud, « Sur la critique de la névrose d’angoisse », OC, vol. III, 1894-1899, PUF, 1989, pp. 59-78.
55 S. Freud, Abrégé de psychanalyse, PUF, 2010, p. 76.
56 J. Laplanche, Problématiques I, L’angoisse, op. cit., p.32.
57 Ibid., p. 69.
58 Ibid., p. 112.
59 Ibid., p. 37.
60 Au sens où Freud l’emploie dans Esquisse d’une psychologie, Entwurf einer Psychologie, Erès, Coll. « Scripta, Ecole de psychanalyse Sigmund Freud », 2011.
61 S. Freud, Pulsions et Destins des pulsions, OC, vol. XIII, PUF, 1988, pp. 163-187.
62 Voir à ce sujet A. Azar, Le grand réservoir de la libido, traduction française de la Standard Edition, 19, 63-66, par Amine Azar, ‘Ashtarout, Bulletin volant n° 2003.1213 et sa notule complémentaire, in ‘Ashtarout, Bulletin volant n° 2010.1025, Beyrouth, Liban.
63 M.-F. Bacqué, « L’angoisse de mort dans le vieillissement. Pratique analytique avec des personnes de plus de soixante-dix ans », in Vieillir aujourd’hui, op. cit., p. 47
64 Le fait de soutenir toute réflexion sur la psychanalyse du vieillissement à partir de la maladie ou de la mort.
65 J. Laplanche, Problématiques I, L’angoisse, op. cit., p. 69.
66 J. Laplanche, Le baquet, transcendance du transfert, Problématiques V, PUF , Coll. « Quadrige », 1998, p. 32.
67 S. Freud, « Le moi et le ça », in Essais de psychanalyse, Petite Bibliothèque Payot, n° 15, 2001, p. 303 et J. Laplanche, Problématiques I, L’angoisse, op. cit., p. 151.
68 Notion que nous préférons à celle de « psychisme » mise en avant par François Villa, Vieillir aujourd’hui, op. cit. p. 24. Nous nous appuyons sur la note de bas de page de l’Abrégé de psychanalyse (qui débute page 19) : « la conscience ne constitue pas l’essence du psychisme…l’élément psychique demeure inconscient ».
69 S. Freud, L’interprétation du rêve, préface de François Robert, PUF, Coll. « Quadrige », 2013, p. 602.
70 S. Freud, « Le moi et le ça », in Essais de psychanalyse, op. cit., p. 304.
71 A. Azar, « Liminaire pour une approche analytique des climatères masculin et féminin », Cahier hors série n°7 Les figures de la déhiscence, ‘Ashtarout, 2006, pp. 74-101, Beyrouth, Liban.
72 J. Laplanche, Problématiques I, L’angoisse, op. cit., p. 60.
73. L’expression doit être précisée car elle ne signifie nullement un bilan physique en termes de satisfaction et de frustration. Rétrospective sexuelle doit être entendue comme une sorte de « travelling », déroulement filmé de l’existence où le sexuel psychique infantile fournit le prisme, faisant sans cesse retour et servant à décrypter l’ensemble des expériences et des éprouvés ultérieurs.
74. S. Ferenczi, Confusion de langues entre les adultes et l’enfant, Petite Bibliothèque Payot.
75. J . Laplanche, Problématiques I, L’angoisse, op. cit., p. 59.
76. C’est l’inconscient qui choisit en conformité avec les fins de l’intérêt », Hartmann cité par Freud, dans une exhaustive note de bas de page, L’interprétation du rêve, op. cit., p. 581.
77. B. Chouvier, « Temporalité et psychanalyse », in La temporalité psychique, Psychanalyse, mémoire et pathologies du temps, Dunod, Coll. « Inconscient et culture », 2006, p. 1.
78. R. Roussillon, « Du jeu dans la mémoire », in La temporalité psychique, op. cit., p. 12.
79. J. Laplanche, « Sexualité et attachement dans la métapsychologie », in D. Wildlöcher et Al., Sexualité infantile et attachement, PUF, 2000, p. 75.
80. Difficile de ne pas étayer la démonstration sur l’exemple d’un remaniement gouvernemental en France.
81. A. Azar, Défense et illustration des grands cycles de la vie d’un point de vue psychanalytique, Cahier hors-série n°7, ‘Ashtarout, février 2006, Beyrouth, Liban, p. 65.
82. B. Chouvier, « Temporalité et psychanalyse », in La temporalité psychique, op. cit., p. 2. C’est, pour changer de registre tout en illustrant mon propos, ce que n’a pas saisi Philippe Godefroid à propos de la musique wagnérienne : « l’incessante remémoration/prédiction, l’incessante introspection/prospection » que l’auteur attribue à « l’irruption du temps divin » dans la partition du compositeur alors qu’il s’agit, pensons-nous, de l’avènement essentiel, paradigmatique du temps nietzschéen, pulsionnel, de l’humain, « Wagner et le juif errant : une hontologie, Qu’est-ce qui est allemand ? –Donner la mort », L’Harmattan, 2014, p. 137. Voir J.-L. Vannier, Faut-il être antisémite pour aimer Wagner ? Réponse au « wagner et le juif errant : une hontologie » de Philippe Godefroid. 21 juin 2014. Musicologie.org. http://www.musicologie.org/publirem/faut_il_etre_antisemite_pour_aimer_wagner.html
83. R. Cahn, « Un désir qui dure », in Vieillir, Des psychanalystes parlent…, op. cit., p. 45.
84. R. Roussillon, « Du jeu dans la mémoire » in La temporalité psychique, op. cit., p. 19.
85. A. Azar, Défense et illustration des grands cycles de la vie d’un point de vue psychanalytique, op. cit., p. 66.
86. Le « vollbracht » allemand est nettement plus explicite et puissant.
87. Pour des raisons de discrétion, nous n’entrerons pas dans les détails mais sur trois générations, les femmes de cette saga ont « porté » le même stigmate psychique, sorte de marque de fabrique à la manière de Star Wars : la répétition sur son descendant Luke d’une blessure dont Anakin à été victime plus jeune. Une blessure génératrice d’un sens, fût-il caché et signant, comme le rappelle Jacques Hassoun, cette « part distraite » de tout héritage, cette « part d’oubli qui commande toute mémoire ». Jacques Hassoun, Les contrebandiers de la mémoire, Toulouse, Erès 2011 in J.-L. Vannier, « Star Wars au risque de la psychanalyse, entre l’absolu féminin de la psychose et la construction sexuée du sujet ? », Cinéma et Psychanalyse, Le Coq Héron, n°211, avril 2012, p.174.
88. Même si le bagage intellectuel de l’analysante a quelque peu tendance à la « fixer » sur ce point.
89. Des mots du vocabulaire allemand joueront le rôle d’une langue transitionnelle, de « pont » transférentiel. La patiente admettra « comprendre l’allemand », déplacement d’un « je l’ai toujours su » bien connu des analystes.
90. En raison notamment d’un élément déclencheur.
91. A moins qu’il ne s’agisse du « gendre idéal » dans son transfert régressif.
92. Une temporalité à mettre en rapport avec sa question initiale : « qui sera celle qui viendra lui prendre son fils ? ».
93. L’association explicite à l’objet perdu qu’il s’agit de « retrouver » prend tout son sens. Preuve qu’il s’agit bien, chez ces analysantes, d’une problématique sexuelle infantile.
94 Dans une note de bas de page ajoutée en 1919, Freud précise à propos des rêves d’angoisse qu’un accomplissement de souhait, en raison de la censure, ne peut pas apporter de plaisir mais le contraire : « L’expérience montre alors que ce contraire – qui est encore à expliquer – survient sous la forme de l’angoisse ». S. Freud, L’interprétation du rêve, op. cit., p. 636.
95 S. Freud, L’interprétation du rêve, op. cit. pp 187 et 288.
96 Nous nous souvenons d’une femme dans la soixantaine, en excellente santé et pleurant la mort de sa mère en disant : « la prochaine, c’est moi ».
97 J. Laplanche, Problématiques I, L’angoisse, op. cit., p. 59.
98 J. Laplanche, « Sexualité et attachement dans la métapsychologie », op. cit., p. 78.
99 L’évidence vise à rappeler les failles et les limites d’une trans-individualité du langage dans l’approche lacanienne.
100 C. Dejours, « Travail du rêve et enrichissement de la mémoire », in La temporalité psychique, op. cit., p. 47. Voir aussi du même auteur : Le corps, d’abord, Petite Bibliothèque Payot, 2005, pp. 166-170.
101 Ibid., p. 52.
102 Ibid., p. 45. Relevons aussi cette phrase de Freud dans sa Traumdeutung de 1900 : « Prenons le pendant de l’expérience de satisfaction primaire, l’expérience d’effroi venant de l’extérieur ». S. Freud, L’interprétation du rêve, op. cit., p. 656.
103 S. Ferenczi, « Le développement du sens de réalité et ses stades », in L’enfant dans l’adulte, Petite Bibliothèque Payot, n° 596, 2006, p. 66.
104 Ibid., p. 67.
105 S. Ferenczi, Réflexions sur le masochisme, Petite Bibliothèque Payot, n° 871, 2012, p. 57.
106 Ibid., p. 58.
107 Ibid., p. 60.
108 S. Freud, « La dénégation », in Trois mécanise de défense, traduction inédite, Petite Bibliothèque Payot, n° 897, 2013, p. 91.
109 S. Freud, « Au-delà du principe de plaisir », in Essais de psychanalyse, Petite Bibliothèque Payot, n° 15, 2001, p. 125.
110 S. Ferenczi, Réflexions sur le masochisme, op. cit., p. 73.
111 S. Spielrein, « Die Destruktion als Ursache des Werdens », Jahrbuch für psychoanalytische und psychopathologische Forschung, IV, 1912, trad. fr. « La destruction comme cause du devenir » in Aldo Carotenuto, Sabina Spielrein : entre Freud et Jung, Paris, Aubier, 1981.
112 S. Ferenczi, Réflexions sur le masochisme, op. cit., pp. 68-69.

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