La Revue

Cinéma et psychanalyse
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°216 - Page 42 Auteur(s) : Christian Robineau
Article gratuit

On sait le refus opposé par Freud, en 1925, au producteur américain S. Goldwyn, qui lui offrait 100 000 dollars en échange d’une éventuelle contribution à un film sur les amours célèbres (Antoine et Cléopâtre, entre autres). La même année, le créateur de la psychanalyse fustige la participation de H. Sachs et K. Abraham au scénario des Mystères d’une âme, dans lequel G.W. Pabst porte à l’écran pour la première fois une cure analytique. Et la réticence de Freud n’est pas liée au fait que le comédien incarnant l’analyste se nomme... Pavlov. Je ne tiens « pas pour possible de donner de nos abstractions une présentation plastique un tant soit peu respectable », écrit-il à Abraham le 9 juin 1925. Ces « séances manquées » (J.-P. Kamieniak 1), voire cette « cinéphobie » (R. Michel 2) de Freud n’ont heureusement pas empêché une flopée de cinéastes – de Huston à Cronenberg, d’Hitchcock à Desplechin, d’Allen à Jacquot – 
de s’intéresser tout de même à la psychanalyse, avec, il est vrai, une pertinence... variable. De même, un certain nombre d’analystes – M. Gagnebin, J.-Cl. Pollack, J.-J. Moscowitz, S. Tisseron et bien d’autres – ont tenté d’élaborer ce que ces deux champs peuvent présenter comme liens ou territoires communs, de quelle manière et en quoi ils sont susceptibles de s’enrichir mutuellement, et des numéros de revues (Le Coq-Héron, Topique, Savoirs et cliniques, Le Divan familial, CinémAction...) paraissent régulièrement sur ces questions.
D’où, ami internaute, l’étonnement du chroniqueur webien : pourquoi, sur la toile (oui, la toile...), trouve-t-on aussi peu d’équivalents de ce qui se publie en ce domaine sur papier ? Pourquoi le site Cinépsy, de Pascal Laëthier (www.cinepsy.com) ou la rubrique « Le Regard qui bat » sur le site de Psychanalyse actuelle (www.psychanalyseactuelle.com) sont-ils les seuls (sauf erreur) à fournir à ce sujet une nourriture un tant soit peu roborative ? 
Les psychanalystes internautes demeureraient-ils encore sidérés par cette cisaillante frayeur qu’exprime Freud à Ferenczi dans une lettre du 14 août 1925 ? « (...) la mise en film, semble-t-il, est aussi inéluctable que la coupe à la garçonne, mais à moi-même, on ne me coupera rien comme ça, et je ne veux pas non plus être mis en relation personnelle avec quelque film que ce soit ».
Mais si ! Coupez !

Christian Robineau
chris.robineau@free.fr

1. https://www.cairn.info/revue-le-coq-heron-2012-4-page-9.htm#no48
2. https://www.cairn.info/revue-savoirs-et-cliniques-2010-1-page-58.htm