La Revue

France Culture - Psychanalyse
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°220 - Page 42 Auteur(s) : Christian Robineau
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https://www.franceculture.fr/psychanalyse

À l’extrémité orientale du Périgord noir, sur la route allant de Périgueux à Brive-la-Gaillarde, plus précisément encore à Terrasson-Lavilledieu, se niche un musée du chocolat. Dans ce musée, une boutique. Et, dans cette boutique, mille raisons de croire avoir enfin trouvé le paradis de la gastronomie cacaoyère, et mille autres raisons - peut-être les mêmes, en réalité - de s’abîmer dans l’enfer d’une épouvantable gloutonnerie.

France Culture - Psychanalyse fait au chroniqueur webien sensiblement le même effet, soit celui qu’avoue Lord Darlington dans L’Éventail de Lady Windermere d’Oscar Wilde : « C’est plus fort que moi. Je résiste à tout sauf à la tentation. » Ce n’est pas un site, pas même un catalogue, tout juste une compilation des émissions dans lesquelles France Culture (radio et site) a fait une place, plus ou moins centrale, à la psychanalyse. Mais, de « La Grande Table » aux « Chemins de la philosophie », d’« À voix nue » à « Une vie, une œuvre », en passant par la captation de conférences données au Collège international de philosophie ou à la Maison de la recherche en sciences humaines, ce sont quelque sept cents documents sonores ou audiovisuels que l’on peut ainsi lentement savourer ou dévorer.

Parfois, l’on s’interroge sur la teneur en psychanalyse du chocolat que l’on nous sert : ainsi de la leçon inaugurale de Stanislas Dehaene au Collège de France ou de la conférence de Philippe Lazar (un beau titre, pourtant : « Les athées ont-ils une âme ? »). Mais, dans l’ensemble, l’éventail des spécialités à déguster s’avère d’une généreuse variété comme d’une délectable qualité. De Freud à Lacan ou Winnicott, de Green à Dolto en passant par Safouan, Widlöcher ou Kristeva, de Pontalis à Dejours, de Miller à Roudinesco, Oury, Regnault ou Bauchau, aucun cru de cacao transférentiel, nulle pâte à tartiner l’inconscient ne se trouvent évincés. La multitude des formats (portraits, entretiens, conférences, débats...) comme des angles d’approche défie le résumé.

Même l’élégance de certaines critiques évite l’excès de sucre aussi bien que l’amertume. Ainsi le dramaturge Wajdi Mouawad, auteur d’Incendies, sublime et terrible variation sur le thème œdipien, nous explique-t-il que « la psychanalyse (le) traumatise. Je ne peux pas supporter l’idée que quelque chose ou quelqu’un semble me dire que je ne m’appartiens pas. » Comment, pourtant, définir plus justement l’inconscient - et l’amour du chocolat ?
 
Christian Robineau
chris.robineau@free.fr