La Revue

Union Nationale pour la Prévention du suicide : https://www.unps.fr
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°224 - Page 50 Auteur(s) :
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Puisqu’il faut bien rire un peu de temps en temps, parlons du suicide. « Les romantiques furent les derniers spécialistes du suicide. Depuis, on le bâcle... Pour en améliorer la qualité, nous avons grand besoin d’un nouveau mal du siècle 1 ».  Publiant ces lignes en 1952, Cioran ne pouvait imaginer que ses projets personnels de suicide seraient retardés puis définitivement condamnés par ce mal dont on ne sait trop s’il est « du siècle » mais qui aura raison de lui en 1995 : la maladie d’Alzheimer.
Alzheimer, outil de lutte contre l’autolyse ? Voilà une proposition que l’on ne trouvera probablement pas sur le site de l’Union nationale pour la prévention du suicide (UNPS). Créée en 2001 dans le sillage de l’organisation annuelle, depuis 1996, des premières journées nationales de prévention du suicide, l’UNPS regroupe aujourd’hui une quarantaine d’associations.
Elle déploie son effort d’information, de coordination et de plaidoyer en direction de la population aussi bien que des pouvoirs publics. Son objectif : contribuer à diffuser l’idée d’une nécessité de la prévention, à faire connaître les outils de celle-ci et à développer une politique pertinente en la matière. On trouvera donc sur son site un très large éventail de ressources : notamment, de vivifiantes brochures destinées aux personnes endeuillées, un rafraichissant Guide méthodologique sur la conduite à tenir en cas de suicide d’un salarié sur le lieu de travail, une présentation de StopBlues, application pour mobile développée par l’INSERM à l’intention des personnes en souffrance psychique, mais aussi une généreuse collection de liens, rapports, études et bibliographies en tout genre, que peuvent mettre à profit chercheurs, acteurs sociaux et... professionnels du soin psychique, dans leur efforts d’anticipation active de l’irréversible.
« Celui qui, par étourderies successives, a négligé de se tuer, se fait à soi-même l’effet d’un vétéran de la douleur, d’un retraité du suicide », écrivait encore Cioran 2. Pourtant, de cette négligence dolente au refus sans nul doute illusoire mais déterminé de la mort, l’écart n’apparaît pas si infranchissable. Être immortel, au fond, n’est-ce pas simplement faire la grève de la fin ?

Christian Robineau
chris.robineau@free.fr

1. Cioran, Syllogismes de l’amertume (1952), Paris, Gallimard, Folio-Essais, 1987, p. 16.
2. Ibid., p. 119.