La Revue

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Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°232 - Page 42 Auteur(s) : Christian Robineau
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Nous sommes en mars mais, vous l’aurez sûrement noté : winter’s coming. Non, le chroniqueur webien ne vous entretiendra pas ce mois-ci d’une célèbre série avec trône de fer et marcheurs blancs. Il aimerait bien, pourtant, mais il est revenu tristement bredouille d’une exploration au-delà du mur à la recherche de sites un tant soit peu consistants développant une approche psy du genre sériel (ami(e) internaute, si tu as des pistes à ce sujet, n’hésite pas à m’envoyer un corbeau). De toute façon, les dragons, sauf à vraiment bien plier les ailes, pas sûr que ça puisse entrer dans les pages de Carnet Psy.

Winter’s coming quand même, donc. Mais l’hiver en question serait plutôt celui qui s’abat sur la psychiatrie depuis déjà nombre d’années, poussant en avant d’un même vent glacial, logique néolibérale des réductions budgétaires et arrogance scientiste, « managérisation » de l’hôpital et appauvrissement des études (des psychologues comme des psychiatres), priorité donnée au financement des dispositifs sécuritaires et protocolisation des traitements, destruction du secteur et exclusion de la psychanalyse comme des sciences humaines hors des disciplines censées permettre de penser la folie et son accueil. De quoi attraper un sacré rhume (des soins). Ainsi que le résume le manifeste du Printemps de la psychiatrie, « Ce qui est en crise, c’est notre hospitalité, l’attention primordiale accordée à chacun et à un soin psychique cousu-main, à rebours du traitement prêt-à-porter standardisé qui se veut toujours plus actuel ».

Proche, dans son inspiration, de l’Appel des appels ou du Collectif des 39, cette invitation à « réinventer une psychiatrie émancipatrice du sujet » a été lancée début 2019 pour fédérer les nombreux mouvements qui avaient émergé dans les hôpitaux durant les mois précédents (telle la grève de la faim de sept soignants à l’hôpital du Rouvray). Une quarantaine de groupes associatifs, syndicaux et politiques l’ont signée. On trouvera sur le site et la page Facebook du Printemps le détail des actions menées, des textes publiés, des projets en cours. L’enjeu n’est pas, on l’aura compris, d’obtenir une « simple » amélioration des salaires ou conditions de travail des soignants, mais de lutter pour la survie même d’une possibilité du soin psychique. Tout simplement refuser de se laisser congeler sur place par une hivernale perte d’espoir.

Ça tombe bien, nous sommes en mars. C’est le printemps !

Christian Robineau
chris.robineau@free.fr