La Revue

Société pour l'action et la recherche en psychiatrie
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°99 - Page 38 Auteur(s) : Christian Robineau
Article gratuit

http://www.forumdespsychiatres.org

Rapport Pichot-Allilaire, rapport Cléry-Melin, amendement Accoyer, procédures d'accréditation de la Haute Autorité de santé (ex ANAES), "expertise" INSERM sur l'évaluation des psychothérapies, procès de J. Bénesteau contre E. Roudinesco, plan "Psychiatrie et santé mentale 2005-2008", etc. Autant d'éléments hétérogènes qui, considérés isolément, pourraient ne susciter que des inquiétudes modérées quant à l'avenir du soin psychique en France. Mais leur récente accumulation paraît justiciable d'une interprétation bien moins optimiste : une conjonction de tendances culturelles, politiques, économiques et "scientifiques" pousse désormais au devant de la scène des conceptions de la psychiatrie - et du soin en général - qui font fi de l'irréductibilité du psychique au biologique ou au comportemental, du caractère toujours singulier des modes d'expression de la souffrance, de la dimension qualitative du soin, de la fonction de la parole, pour privilégier les découpages nosographiques uniquement fondés sur la réactivité de certains symptômes aux médicaments, la normativité sociale, la standardisation des réponses, une évaluation qui mutile son objet pour se justifier elle-même, etc.

Le dernier numéro de la revue Cliniques méditerranéennes (2005, n° 71, Soigner, enseigner, évaluer ?) offre un contre-argumentaire essentiel à ceux qui considèrent que la résistance à ce mouvement constitue aujourd'hui une nécessité éthique et politique. Sur le web, le site de la SARP se situe en première ligne pour défendre les "professionnels du champ psy" qui "subissent une attaque frontale contre les pratiques de la parole qui intègrent l'apport majeur de la psychanalyse", attaque conduite au profit des "pratiques cognitivo-comportementales consubstantielles aux appareils d'évaluation et de quantification qui constituent l'horizon purement administratif et gestionnaire des sociétés dites modernes."

Ni syndicat, ni société savante, la SARP se veut plutôt outil d'information, de réflexion et d'intervention dans le débat public. Son site se présente ainsi comme un vaste forum fourmillant d'informations introuvables dans la presse médicale ou grand public, de témoignages et d'articles de fond richement argumentés. Un instrument indispensable, donc, pour une lutte qui ne fait que commencer.