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Psychopathologie du bébé
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°93 - Page 22 Auteur(s) : Sylvain Missonnier
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Psychopathologie du bébé

Il y a peu, pour se former à la psychopathologie du premier âge, il fallait s'inscrire à des DU ou à des formations privées. Depuis quelques années, des enseignants à l'université investis dans la recherche clinique défendent les couleurs de la périnatalité et proposent, enfin, aux étudiants en psychiatrie et en psychologie un enseignement qui fait partie du cursus de formation initiale. Et force est de constater le succès que rencontrent de plus en plus ces cours. En psychologie, on en tiendra pour preuve le très grand nombre de demandes de stages en maternité, néonatalogie, unité parents-bébé. ou encore la forte croissance des mémoires de recherche de tous niveaux centrés sur la psychopathologie périnatale.

Bien sûr, les enseignants conçoivent avec ingéniosité des polycopiés et des bibliographies raisonnées. Mais pour cet enseignement émergent, les manuels de référence qui permettent à l'enseignant de ne pas noyer trop vite l'étudiant débutant sous un flot paralysant de références innombrables n'existait pas. Signe de maturité en ce domaine, ce vide est en train de se combler grâce à plusieurs ouvrages de qualité. Parmi eux, ce Psychopathologie du bébé de Christelle Bénony et Bernard Golse mérite grande attention car, justement, il va répondre à la demande des étudiants qui découvrent ce champ et des enseignants qui les guident dans ce périple. Calibré pour une poche d'étudiant, il a aussi le volume parfait pour trouver une place dans son emploi du temps et séduire son portefeuille (127 pages, 8,50 Euros). Mais, soyons clair : petit mais costaud ! De fait, cette publication a toutes les qualités du bonsaï ! Pour produire cette substantifique moelle, les auteurs ont fait preuve d'un art consommé, bien sûr de la synthèse, mais aussi et surtout, d'acuité dans leur plan et le choix des axes organisateurs. Avec les deux premiers chapitres, on retrouve d'emblée les fondations solidement établies par Golse dans ses écrits successifs autour de deux thématiques princeps : le "double ancrage corporel et interactif" de l'épigenèse du bébé (de belles pages sur la bouche du bébé) ; les conditions et les avatars de la naissance de la vie psychique. Ceux qui se posent depuis longtemps la question "Pourquoi pense-t-on ?" trouveront une réponse concise page 24 !

Le contexte épistémologique partagé par Bénony et Golse est celui d'une psychanalyse de l'enfant bien vivante. Cela signifie simultanément ouverte à la richesse inépuisable des écrits des fondateurs et curieuse de la synergie de l'enfant reconstruit dans la cure et de l'enfant observé, des travaux de J. Bowlby et de ses héritiers, des apports des interactionnistes, des neurosciences et des explorations pluridisciplinaires de l'intersubjectivité. C'est la fécondité de cette orientation heuristique et la connaissance des travaux les plus récents qui donnent ici en si peu de volume leur épaisseur, leur pertinence aux différentes sections.

Le troisième chapitre est dédié à la classification et aux outils d'évaluation et le quatrième aux grandes entités morbides psychopathologiques. Dans le cinquième et dernier réservé aux approches thérapeutiques, j'ai ressenti avec émotion combien l'enseignement de la consultation thérapeutique par Serge Lebovici est d'actualité chez ces deux héritiers directs. Mais quelle est la valeur didactique de ce type d'enseignement livresque si il ne s'étaye pas sur une solide expérience clinique ? Sur ce point, le lecteur est rapidement rassuré. De fait, on sent bien au fil des pages la qualité de cet enracinement : Bénony la psychologue et Golse le pédopsychiatre alternent consultations et amphis et cela se perçoit sans ambiguïté à l'instar des nombreuses vignettes cliniques qui émaillent leur texte.

Un seul regret à l'issue de cette lecture passionnante : l'absence de la psychopathologie prénatale, premier chapitre de la biographie vraie de l'humain. Pourtant, à y regarder de plus près, cette impasse est plus la conséquence d'une limite inhérente au format imposée aux auteurs que le reflet de leur propre conception. À la fin du sommaire, l'avertissement va bien dans ce sens : "L'objectif de cet ouvrage étant une présentation de la psychopathologie du bébé, nous n'avons donc pas abordé, en tant que telle, la psychiatrie périnatale et, en particulier, la partie prénatale de celle-ci". De plus, certains passages du livre sur la prématurité, les pertes périnatales maternelles ou encore les conduites addictives révèlent bien l'attention des auteurs pour le prénatal. Rien de grave finalement, car, avec le succès mérité que va inévitablement rencontrer cet ouvrage, il suffira donc aux auteurs de négocier avec l'éditeur quelques pages en plus à l'occasion de la prochaine réédition. Ainsi, dès l'ouverture, l'étudiant inaugurera sa lecture avec un nouveau premier chapitre qui donnera à lire, sans détours, pourquoi l'anamnèse d'un bébé est incomplète si elle est privée de son versant prénatal.